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FoinSéchage en vrac ou en bottes : lequel choisir ?

L’air insufflé dans les bottes du séchoir de Jean-Marie Haude est réchauffé par le toit solaire et par des chaudières à bois en cascade alimentées (essentiellement) par les haies de l’exploitation. (©Terre-net Média)
L’air insufflé dans les bottes du séchoir de Jean-Marie Haude est réchauffé par le toit solaire et par des chaudières à bois en cascade alimentées (essentiellement) par les haies de l’exploitation. (©Terre-net Média)

Les systèmes de séchage de foin continuent d’intéresser plus d'éleveurs en quête d’autonomie protéique, notamment les bio (80 % dans le Grand Ouest). Les séchoirs en vrac sont très majoritaires, mais les systèmes de séchage en bottes, pour les plus petits élevages, commencent à se développer. Les deux ont chacun leurs atouts et faiblesses : des éleveurs en témoignent.

Séchoir de foin en bottes ou séchoir vrac ?  Au départ, Jean-Marie Gaude n’était « pas très convaincu » par la première option : trop peu connue, manque de recul. Et puis l’éleveur breton de volailles et de vaches limousines a opté pour le séchoir en bottes. C’était il y a deux ans. « Le séchoir en grange n’était pas adapté, tandis que le séchoir à balles rondes me semble convenir à tous types d’élevages ».

En vérité, « les deux systèmes ne s’adressent pas au même public », explique François-Xavier Babin, conseiller technique à l’association Segrafo, spécialisée dans le séchage de foin. La différence se fait essentiellement sur le tonnage.

Le séchoir de foin en bottes est adapté plutôt aux petits volumes (pas plus de 150 à 200 tonnes), aux éleveurs allaitants essentiellement qui apportent leurs rounds aux champs. Le séchage en grange (vrac) intéresse les élevages laitiers de 60 à 200 vaches. « Ce qui est important à regarder pour le choix, c’est la part de stock dont on a besoin », recommande l’expert.

Un coût de fonctionnement plus élevé en séchage bottes

Trois quarts des séchoirs sont en vrac bien qu’ils soient beaucoup plus chers à l’achat. Au Tremblay (Ombrée-d’Anjou), dans le nord du Maine-et-Loire, les deux associés du Gaec LG bio ont déboursé 480 000 euros pour leur séchoir en grange d’une capacité de 500 tonnes, il y a cinq ans. Un investissement qui comprend aussi l’autochargeuse et la faucheuse. « On s’y retrouve ! assure Franck Dalifard. On n’a plus cette charge d’ensilage et on est passés de dix – douze tonnes de concentrés à zéro, soit 6 000 euros d’économie. »

Le coût doit se calculer à la tonne de matière sèche.  « Il y a d’énormes variabilités d’un système à l’autre, il peut y avoir un rapport de un à deux », prévient l’expert de Segrafo François-Xavier Babin. Cela s’explique par le coût de construction, la technologie choisie, les aménagements et les équipements (bloc ventilo, capteur solaire, griffe). Sur les douze derniers mois, les installations accompagnées par Segrafo dans le grand Ouest « sortent un coût moyen hors subventions de 1 200 €/ t MS. »

Séchoir de foin en grange
Au Gaec LG Bio, le séchoir en grange, composé de sept cellules pour une capacité de 500 tonnes, dispose d’un déshumidificateur, « cela permet de faire du foin avec les premières coupes de mars » raconte Franck Dalifard. (©Terre-net Média)

Mais les prix des matériaux explosent, depuis quelques mois. Au Gaec LG bio, le séchoir est équipé d’un déshumidificateur d’air et d’une case à plat pour sécher les grains de maïs. Le déshumidificateur, conseillé dans les secteurs moins ensoleillés et plus humides, « permet de gagner deux jours de séchage », constate Franck Dalifard. « Cela nous permet de faire du foin avec la récolte du 15 mars plutôt que de l’ensilage ou de l’enrubannage ».

En séchage bottes, les coûts d’investissement varient aussi du simple au double, selon que l’on ait recours à l’autoconstruction par exemple.

Un coût de fonctionnement de 12 à 20 €/t MS en vrac et plus de 25 €/t MS en bottes.
Quant au coût de fonctionnement, il dépend aussi de l’état du foin récolté (son taux d’humidité). Il faut compter environ « 12 à 20 €/t MS » en séchage vrac, et « plus de 25 €/t MS » en séchoir bottes. Chez Jean-Marie Gaude, à Saint-Igeaux (Côtes d’Armor), le prix de revient s’élève à 75 €/t MS. Il est en autonomie complète sur son élevage.

En séchage de balles rondes, le coût de maintenance est très limité. Les capteurs solaires n’étaient pas généralisés jusque-là, alors le recours au fioul plombait la facture. C’est en train d’évoluer. Les économies, pour les deux systèmes, se font essentiellement sur l’autonomie protéique, mais aussi sur la diminution des achats de bâches et des prestations par tiers.

Manutention plus importante en séchage bottes

Le temps de travail est sans doute l’élément le plus dissuasif pour un séchoir de foin en bottes. La manutention est importante : ramassage, mise en place des bottes dans le séchoir, éventuels retournements puis stockage : il faut compter 8 à 48 heures environ pour un système 40 bottes.

Chez Jean-Marie Gaude, ça va vite : « Faire sécher 40 bottes, c’est 1h de travail pour les positionner et ensuite c’est sec entre 30 et 48 heures, assure l’éleveur. L’an dernier, j’ai fait 500 bottes à 250 tonnes de MS, par contre quand on est en train de sécher, il ne faut pas aller faire un autre chantier. » Pour lui, le séchoir en grange est beaucoup plus chronophage : « Il faut griffer, parfois dégriffer, tandis qu’avec une botte, une fois qu’elle est conditionnée, il n’y a plus de problème ». En séchage grange, « on ne peut pas toujours décaler les opérations de quelques heures, appuie François-Xavier Babin. Il faut être partout à la fois, charger aussitôt et 10-15 ha c’est du boulot ». Mais lissé sur l’année, « une fois que le foin est dans la cellule, il y reste ». Et quand on est en système à l’auge, « il n’y a aucun intérêt à avoir un séchoir bottes ».

Qualité inférieure en bottes ?

Quant au matériel, pas besoin de mécanisation supplémentaire en séchage bottes : le tracteur chargeur fait l’affaire. « Il faut bien maîtriser sa chaine de récolte de l’herbe, met en garde l’expert de Segrafo. Il faut avoir sa faneuse, son andaineur et pour la presse on peut déléguer à condition que les réglages soient bien faits ». Pour le séchage en grange, il faut avoir son autochargeuse et sa faneuse.

Il se dit aussi que la qualité du foin serait légèrement moindre en séchage en bottes. L’explication est la suivante : l’herbe est souvent récoltée un peu plus sèche, donc avec plus de risque d’effeuillage. Or c’est dans les feuilles que se concentrent les protéines. Jean-Marie Gaude ne semble pas avoir ce problème. Ce qu’il récolte, ce n’est pas du foin mais « de l’herbe séchée qui a gardé toute sa valeur alimentaire ».

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