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Grippe aviaireQuand la France a été débordée par les abattages de volailles

« Jamais on veut revoir ça » : l'explosion des foyers de grippe aviaire a dépassé l'an dernier les capacités d'abattage et d'élimination des cadavres de volailles. Un scénario susceptible de se répéter si le virus prend de court les autorités.

Chaque jour, dans sa ferme de Vendée, Christian Drouin passe à côté de l'endroit où il a dû enfouir, en mars 2022, 18 000 cadavres de poulets sous une couche de chaux pour accélérer leur décomposition. La grippe aviaire s'était déclarée quelques jours plus tôt. « Le premier matin, il y avait déjà 40 morts, le lendemain 200, le surlendemain 500, puis 1 000... » décrit-il.

Les animaux restants devaient être abattus au plus vite et leurs cadavres éliminés, pour éviter qu'ils n'excrètent une grande quantité de virus et que l'infection ne se diffuse.

Ces opérations font intervenir des vétérinaires et prestataires privés (en particulier l'entreprise GT Logistics, titulaire d'un marché avec le ministère de l'agriculture) pour la mise à mort et le ramassage des volailles. Canards et poulets sont euthanasiés par injection létale ou gazés au CO2 dans des caissons.

Les cadavres sont ensuite collectés, en principe, par des équarrisseurs et évacués par camion étanche vers les usines de ces spécialistes du traitement et de la valorisation des matières organiques. Là, les volailles sont transformées en farines pour servir de combustible, essentiellement dans les cimenteries. S'agissant d'abattages sanitaires, elles ne peuvent pas être recyclées dans l'alimentation animale.

Sauf qu'en mars 2022, le système s'est trouvé débordé avec des dizaines de nouveaux foyers chaque jour. « Le vétérinaire sanitaire m'a dit que la seule solution était de fermer la ventilation du bâtiment un soir, pour laisser les poulets mourir d'asphyxie dans la nuit », retrace Christian Drouin.

Un de ses associés s'y résout. « Il fallait ramasser les cadavres. On a appelé les voisins, la famille, des techniciens de la coopérative pour venir nous aider. Chez GT Logistics, les personnes dédiées au ramassage sont en combinaison, elles ont des gants, des masques. On n'avait rien de tout ça. On était en contact direct avec des animaux morts de la grippe aviaire », dit l'éleveur, encore étourdi par un moment « inhumain ». « Jamais on veut revoir ça », reprend ce membre de la Confédération paysanne.

« Très exceptionnellement »

Dans une réponse à l'AFP, le ministère de l'agriculture reconnaît que les autorités peuvent, « lorsque l'ensemble des moyens (techniques et humains) de mise à mort à disposition ne suffisent plus et quand la maladie tue déjà beaucoup dans le bâtiment (...) autoriser très exceptionnellement l'éleveur à couper la ventilation dans ses bâtiments d'élevage pour accélérer la survenue de la mort des volailles atteintes ».

Pour l'heure, poursuit-il, « les capacités mobilisables sont suffisantes : nous planifions et étalons dans le temps les abattages et nous organisons avec le prestataire le travail des équipes ».

« Jusqu'à six équipes » peuvent être mobilisées quotidiennement, et des renforts arriver d'une entreprise spécialisée des Pays-Bas « si les besoins l'exigent ».

Dans un rapport publié en juin, l'agence nationale de sécurité sanitaire Anses souligne que « le débordement des capacités d'euthanasie, tel qu'il a été constaté lors de cette épizootie, a pu parfois conduire au maintien d'animaux contaminés, malades et en souffrance, pendant de longs jours dans les élevages ».

« Ce sont des situations incompatibles avec le respect du bien-être animal, mais également sources de mal-être et de traumatisme pour les éleveurs », pointe l'agence.

Plus de 20 millions de volailles avaient été abattues entre fin 2021 et le printemps 2022, un record pour la France. Cela représente un volume de 42 400 tonnes, dont 5 000 enfouies directement dans des fermes, selon le ministère.

Depuis la reprise de l'épizootie cet été, 4,6 millions de volailles ont été euthanasiées dans les élevages français.

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