Chaque année, la ferme expérimentale des Trinottières (Maine-et-Loire), accueille 1 200 visiteurs. Avec une telle affluence, éviter la transmission de maladies des animaux à l’homme est au cœur des préoccupations. La fièvre Q, détectée dans l’élevage, a motivé la prise de précautions supplémentaires… et la vaccination du troupeau.
Avec 1 200 visiteurs par an, la ferme expérimentale des Trinottières, située à Montreuil-sur-Loir (49), a fait de l’accueil du public une mission à part entière. Piloté par la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, le groupe Seenergi et l’Institut de l’élevage (Idele), le site travaille sur l’efficience alimentaire des vaches et l’élevage des génisses avec des équipements de mesure spécifiques, notamment des auges peseuses ou un système de bascule automatique en post-traite.
Ferme expérimentale des Trinottières
- 145 vaches Prim’Holstein à la traite
- 100 génisses
- 180 ha de SAU
- 80 ha de prairies
- 100 ha de cultures fourragères variées conduites en irrigation de précision
« Les Trinottières ont vocation à être une vitrine : nous accueillons des éleveurs, des techniciens, mais aussi des scolaires, allant des petites sections de maternelles à des élèves ingénieurs ! », pointe Pascal Salvetti, responsable du site. « L’accueil du public a forcément des conséquences sur l’organisation du travail et notre activité. Nos bâtiments incluent des circuits de circulation, des couloirs de visite et une mezzanine surplombe le roto de traite. Elle permet d’assister à la traite sans interférer. »
Un nombre anomal d’avortements
Dans ce contexte, les zoonoses sont particulièrement surveillées. Après une série abortive liée à la fièvre Q, l’équipe a renforcé les mesures habituelles de biosécurité. « C’est un nombre anormal d’avortements qui nous a mis la puce à l’oreille », raconte Benoît Vaillant, en charge du troupeau laitier. « Nous avons fait venir le vétérinaire de Seenovia. On suspectait cette maladie. Après analyse, on l’a effectivement trouvée. » La décision est alors prise de vacciner tous les animaux dans une logique d’assainissement et de maîtrise du risque.
Les femmes enceintes, un public à risque
Provoquée par la bactérie Coxiella burnetii, la fièvre Q se transmet principalement par voie aérienne. Les poussières et aérosols contaminés peuvent exposer l’homme et contribuer à la contamination d’autres troupeaux, parfois même au-delà du périmètre de la ferme, portés par le vent. La maladie est aussi transmise par les sécrétions lors des vêlages ou des avortements. Sur un tel site accueillant des publics variés, le sujet est pris au sérieux. « Les personnes fragiles sont à risque. Nous avons aussi des salariées femmes, qui, si elles étaient enceintes, pourraient courir un risque », mentionne le chef d’exploitation.
« Pro-actifs sur la surveillance, le dépistage et la vaccination »
Côté troupeau, la maladie peut rester discrète : si les avortements ne sont pas systématiques, la fièvre Q impacte sournoisement la reproduction (retours en chaleurs, échecs à l’IA, métrites post-partum). Lorsque de tels signaux sont décelés, le dépistage est fortement recommandé. « C’est un aspect d’autant plus important que nous menons des projets de recherche appliquée et qu’il faut pouvoir s’affranchir des biais amenés par des maladies », ajoute Pascal Salvetti. « Nous sommes donc très vigilants et pro-actifs à la fois sur la surveillance, le dépistage et la vaccination. »
Une hygiène scrupuleuse des box
Potentiellement vecteurs, tous les visiteurs doivent passer par un pédiluve. « Tout le site se visite et doit rester propre », insiste Benoît Vaillant. « Nous devons aussi protéger nos animaux. » La propreté des box est renforcée : « Comme il y en a beaucoup sur la ferme, ça nous permet de tourner et de les nettoyer régulièrement, poursuit le responsable du troupeau. On les passe au nettoyeur haute pression et un asséchant est épandu après chaque vêlage. » En cas d’avortement, les avortons sont tout de suite enlevés et placés dans un bac spécifique destiné à l’équarrissage.
Limiter l’accès si la maladie est confirmée
Ces bonnes pratiques (gestion rapide des délivrances et des produits d’avortement, nettoyage/désinfection des cases, port de protections lors des interventions, désinfection des bottes…) doivent impérativement être intégrées dans les exploitations qui accueillent des scolaires, pratiquent le woofing (accueil de travailleurs en échange du gîte et du couvert), prennent des stagiaires, font visiter la ferme à leurs clients ou lors de journées portes ouvertes. Lorsque la fièvre Q est confirmée dans le troupeau, limiter voire interdire l’accès aux visiteurs est conseillé, tant que les mesures appropriées de gestion n’ont pas été mises en place.