Clap de fin aux « 1 000 vaches », propriété du groupe Ramery. Sa responsable communication a annoncé l’arrêt du lait au 1er janvier. « Au bout de six ans de procédures, nous ne savons toujours pas quand nous pourrons atteindre la taille de 1 000 vaches, seuil de rentabilité du projet. Si nous avions eu une perspective, nous n’aurions pas arrêté. S’ajoutent deux autres raisons. Milcobel, notre collecteur, nous a fait savoir qu’il fallait réfléchir à son désengagement à terme. Or, aucune autre laiterie française ne nous a jamais soutenus. Sous la pression des GMS, elles se sont toujours refusé à prendre notre lait. » Le discours, bien rodé, a été repris à l’unisson dans tous les médias. Pourtant, tout n’est pas aussi limpide.
Aucune visibilité juridique
Le manque de visibilité sur la date à laquelle aurait pu être atteint le seuil de 1000 vaches – sur la base duquel le modèle économique a été réfléchi – est une évidence. La responsabilité en incombe à l’État et à la préfecture de la Somme. Ils ont joué la montre, face au groupe Ramery obligé de renflouer l’activité lait avec ses 20 salariés. En tout état de cause, après la décision, fin 2019, de la cour d’appel de Douai de casser le jugement du tribunal d’Amiens (qui, de facto, autorisait les « 1 000 vaches » à en détenir au maximum 880), la préfecture aurait dû réparer son manquement dans la procédure et organiser, cinq ans après, une réunion du Coderst (1). Fort de son avis consultatif, elle aurait pu alors statuer sur ces 880 vaches. Il n’en a rien été. L’arrivée de Barbara Pompili au ministère de la Transition écologique, hier députée de la Somme et farouche opposante aux « 1 000 vaches », n’a pas mis de l’huile dans les rouages.
La prime volumes Milcobel divisée par deux, rien d’autre
Milcobel en revanche, comme l’explique, Eddy Leloup, son responsable collecte, « n’a jamais eu l’intention de ne plus y ramasser le lait ». Tout comme elle n’a aucune intention de casser les contrats coopératifs de ses autres sociétaires français. Oui, Milcobel a changé de stratégie pour en finir avec la course aux volumes. Oui, elle ne fait pas de difficultés à ceux qui veulent la quitter.
Mais la coopérative n’a poussé personne dehors. Elle vient de décider de baisser de 50 % sa prime quantité… un manque à gagner de 85 000 € par an pour les 8,5 Ml des « 1 000 vaches », qui émargeaient au bonus de 21,1 €/1 000 l. Ajoutons-y un prix du lait au ras des pâquerettes depuis le printemps, des problèmes techniques très coûteux sur le troupeau (antibiotiques dans le lait)… la pilule commençait à être dure à avaler pour le successeur de celui qui avait rêvé et porté ce projet, feu Michel Ramery.
Jean-Michel Vocoret
(1) Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques.
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