Commerce. Depuis l’embargo en 2014, la Russie n’a pas réussi à compenser ses importations en provenance d’Europe par sa propre production ou d’autres achats.
Souvenez-vous. C’était en août 2014. En réponse aux sanctions internationales à la suite du conflit en Ukraine, la Russie décrétait un embargo sur des produits alimentaires provenant de plusieurs pays, dont l’Union européenne. Quasiment tous les produits laitiers étaient concernés. L’UE assurait 41 % des approvisionnements laitiers de la Russie avant l’embargo, juste devant la Biélorussie (39 %). Et ses ventes étaient en croissance.
L’Europe a perdu 1,13 md€ de marchés. L’Allemagne fut le pays le plus affecté (256 M€). Six mois avant la fin des quotas laitiers, cette perte de débouchés a coïncidé avec une baisse des achats de la Chine, conduisant à une crise laitière majeure.
Peu d’autres fournisseurs
Depuis, chacun s’est adapté. La Russie a cherché à développer sa propre production. Vladimir Poutine avait fait de l’agriculture une priorité nationale dès 2005. Il avait lancé un plan quinquennal pour la développer avec un budget de 26 md$ (2008-2012), qu’il a doublé sur la période suivante. Car la réforme agraire lancée par Boris Eltsine en 1991 avait entraîné une chute de la production alimentaire russe dans les années 1990.
Les plans de Vladimir Poutine ont permis un réel décollage, en particulier pour les céréales, le porc et la volaille. Pour les productions bovines, en raison de la durée du cycle de production qui a freiné les investisseurs, l’évolution est plus lente. S’y sont ajoutés un manque de fourrages et des coûts de production trop élevés au regard du pouvoir d’achat des ménages.
La Russie a cherché d’autres fournisseurs avec un succès mitigé. La hausse des importations en provenance de Biélorussie représente un tiers de la perte des Européens (370 M€). Celles en provenance d’Amérique du Sud n’ont augmenté que de 37 M€. Les États-Unis et la Nouvelle-Zélande sont restés des fournisseurs marginaux.
Ainsi, « dans le secteur laitier, la Russie n’a donc pas été en mesure de trouver de nouveaux fournisseurs à la hauteur du repli de ses importations induit par l’embargo, ni de développer rapidement son offre intérieure de lait », constate Vincent Chatellier, ingénieur de recherche à l’Inra et auteur d’une étude sur ce sujet(1). L’Union européenne est partie à la conquête de nouveaux clients. Ses exportations totales de lait et produits laitiers sont passées de 11,3 md€ avant l’embargo à 14,1 md€ en 2016 (+ 25 %), surtout grâce à la Chine et aux États-Unis.
Si l’embargo était suspendu et si le pouvoir d’achat russe augmentait, l’UE retrouverait très probablement une partie de ses marchés d’avant. Cela représente environ 2,05 mdl, soit 1,3 % de sa production.
(1) Les relations commerciales agroalimentaires de la Russie avec l’Union européenne, l’embargo russe et les productions animales. Inra Productions Animales, 2018, 31 (2), 83-103. https://tinyurl.com/y92xcaus
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