Crise. Malgré une interprofession ouverte au commerce et à la distribution, les Suisses restent englués dans la crise.
Alors que le président Macron, le 11 octobre à Rungis, a appelé de ses vœux les acteurs de la chaîne de valeurs (laiteries, GMS) à jouer le jeu, l’expérience suisse devrait nous éclairer.
Dans ce pays qui a une longueur d’avance en matière de dérégulation du marché laitier (la fin des quotas date de 2009), l’interprofession rassemble non seulement des représentants de la production et de la transformation, mais aussi ceux du commerce et de la distribution. Les producteurs sont représentés par leurs OP et par la FPSL (Fédération des producteurs suisses de lait, l’équivalent de la FNPL). Une fois par trimestre, les membres de l’IP lait (1) fixent ensemble un prix indicatif du lait de centrale pour le segment A (lait d’industrie valorisé sur le marché intérieur) et pour le segment B (lait d’export dont la seule matière grasse est valorisée en Suisse).
Alléchant sur le papier, ce dispositif ne suffit pas pour autant à rémunérer correctement les éleveurs de lait industriel.
En août dernier, à la demande de l’amont, l’interprofession a relevé le prix du lait A de 0,56 à 0,59 €/kg d’octobre à décembre 2017. Un niveau qui ferait rêver vu de l’Hexagone mais qu’il faut ramener au contexte suisse avec des coûts très supérieurs aux nôtres. Cette annonce intervient après un été tendu au cours duquel l’Union suisse des paysans (syndicat majoritaire) avait demandé aux acheteurs de lait d’industrie de respecter le prix indicatif et de mettre un terme aux déductions diverses « injustifiées » sur les fiches de paie. Migros, propriétaire d’une laiterie (Elsa) et l’un des deux grands distributeurs, avait alors quitté l’interprofession.
Des OP bien trop atomisées
La décision récente de l’IP lait suffira-t-elle à redonner des perspectives ? Ancien producteur et président de Prométerre, équivalent d’une chambre d’agriculture, en pays vaudois, Claude Baehler n’y croit pas : « Alors que les entreprises construisent des usines flambant neuves dont elles écrasent les coûts avec les volumes supplémentaires, les producteurs de lait d’industrie tirent la langue (N.D.L.R. : pas ceux en filières AOP ou bio). Ce qui manque vraiment, c’est un système de régulation des volumes avec un organisme qui fédère de manière digne les producteurs. Avoir accepté l’existence d’OPU (producteurs livrant directement aux laiteries) aux côtés des OP (OP commerciales) a constitué un facteur de division qui entretient une situation détestable. »
Ici comme en France, les rapports de force entre les différents acteurs de la filière, la gestion des volumes et la difficulté à jouer collectif restent au cœur du problème.
(1) 21 représentants des OP, 3 pour la FPSL, 12 industriels, 7 artisans fromagers et 3 du commerce et de la distribution (Coop, Migros, Aldi).
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