À l'initiative du BTPL (Bureau technique de promotion laitière), une quarantaine d'éleveurs du grand Est sont partis à la découverte de la filière laitière allemande. Une journée et demie, certes c'est un peu court pour vraiment appréhender ce qui se passe outre-Rhin. Malgré tout, la visite de deux exploitations et l'intervention du directeur des approvisionnements de la coopérative Hochwald ont laissé des impressions fortes.
Beaucoup d'éleveurs ont noté un vent d'optimisme de l'autre côté de la frontière. « Ils croient au lait dans ce pays », s'exclame l'un d'entre eux. Le fait que les producteurs allemands ont pu développer leur atelier laitier a frappé plus d'un. « Ils ont augmenté leur référence à travers des attributions de lait ou du rachat de quota important, analyse une agricultrice alsacienne. Nous avons été bloqués très longtemps par la gestion départementale des volumes. » La visite de la première exploitation illustre parfaitement cet avantage.
« Ils ne construisent pas des cathédrales »
À quelques kilomètres de la frontière luxembourgeoise, en Rhénanie, Rudolf et Christoph Manz produisent 1,5 Ml sur 134 ha. Après avoir construit un bâtiment de 102 places en 2001, ce dernier a dû être rallongé en 2007 pour accueillir une cinquantaine de places supplémentaires. « Ils sont prudents lors de leurs investissements, analyse un producteur. Ils rallongent le bâtiment existant et ne construisent pas des cathédrales. » Le fait que les Allemands bénéficient d'aides à l'investissement est vécu comme un coup de pouce non-négligeable, tout comme le fait qu'il n'y a pas de rémunération minimale en cas d'embauche d'un salarié.
Nombreux avaient fait le déplacement pour découvrir le biogaz. « Je me sens bloqué dans l'agrandissement de mon exploitation, confie cet éleveur alsacien. La méthanisation pourrait être une opportunité de me développer. » Un autre de la Meuse y voit la possibilité de réaliser une seconde mise aux normes. Le groupe a été gâté avec la visite de la seconde exploitation. Celle-ci a investi dans une importante installation de 500 kW. De quoi apporter un complément de revenu appréciable en cas de crise laitière. Le boom de ces installations a quand même interpellé les Français. D'importantes surfaces sont implantées pour alimenter les digesteurs au détriment de la production laitière. « Est-on agriculteur pour nourrir nos animaux ou pour produire de l'électricité ? », s'interroge une personne du groupe. À l'issue de ce voyage, les éleveurs ont été surpris par le tempérament de leurs voisins. « Leur mentalité est différente de la nôtre. Ce sont des entrepreneurs qui n'ont pas peur du changement, de s'engager dans de lourds investissements… »
NICOLAS LOUIS
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