À 50 km au nord-ouest de Berlin, à Tietzow, dans le Brandebourg, l'EARL Luch s'étend sur 650 ha, possède 200 holsteins et produit 1,8 million de litres de lait par an, du colza et des céréales. Pourtant, Karin Beuster, principale associée, craint l'après-quotas et souhaite une implication de l'État fédéral pour parer à la volatilité des prix. Elle n'est pas pour rien adhérente du BDM (créateur de l'EMB qui avait conduit, il y a deux ans en Allemagne, une grève du lait), l'une des rares dans son secteur.
Le Land du Brandebourg, au nord-est de l'Allemagne, ne compte qu'un peu plus de 800 exploitations laitières. Mais celles-ci possèdent, en moyenne, 200 vaches laitières. Les structures du nord et surtout de l'est, héritières des grandes coopératives de l'ancienne République démocratique allemande (RDA), souffrent moins directement des prix bas que les exploitations familiales de Bavière (qui concentrent près de la moitié des 93 500 producteurs allemands – en mai 2010 – mais avec une moyenne de 29 laitières par exploitation).
L'exploitation Luch compte sept associés et emploie sept salariés, qui gagnent entre 1 500 et 1 600 € brut par mois. « Ils n'ont été augmentés qu'une seule fois depuis 1998 », précise Karin Beuster. C'était en 2008, après l'augmentation du prix du lait de plus de 23 %, par rapport à 2006, ici comme dans toute l'Allemagne.
Un tiers de revenu en moins
Cette année-là, les 1,8 Ml produits par l'exploitation ont généré un chiffre d'affaires de 616 000 €. La baisse du prix du lait, de 342 €/1 000 l en 2008 à 227 € de 2009, a amputé les recettes laitières d'un tiers, l'exploitation se contentant de 409 000 € avec le même volume produit.
À long terme, en Allemagne non plus, personne ne peut y arriver avec ces prix. Il y a un proverbe allemand qui dit : « Les plus grands meurent plus lentement. » Le prix est remonté en 2010 à 285 €/1 000 l en juin, puis 300 € en août pour l'exploitation Luch. « Il nous faudrait au moins ces 300 € pour nous en sortir. »
Le programme d'urgence (Sonderprogramm), lancé par l'État fédéral fin 2009, comporte, en plus d'une prise en charge partielle des cotisations d'assurance, une prime à la vache laitière de 21 € et une à l'hectare d'herbe destinée à la production laitière de 37 €. L'EARL va donc recevoir 7 000 € d'aides supplémentaires. « Ce n'est rien rapporté à notre production annuelle. » Le nombre de producteurs laitiers a baissé de 4 % en Allemagne entre mai 2009 et mai 2010.
RACHEL KNAEBEL
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