M
es collègues éleveurs laitiers manifestent face à la crise, et vu les drames que vivent beaucoup d'entre eux, ils ont raison ! » remarque Éric Favre(1), producteur de lait à Blain (Loire-Atlantique). Mais lui souffre moins : « Avec le niveau des prix, mon revenu aussi a baissé en 2015. Mais bien moins que chez d'autres : il reste de 24 000 € (32 000 € l'année précédente) alors qu'il est proche de zéro chez beaucoup ».
Cet ancien conseiller agricole s'est installé il y a vingt ans en lait conventionnel, avec 190 000 l, mais en système herbager économe en intrants. « En temps de crise, le réflexe est de produire plus pour limiter la baisse de recettes. Pourtant, diminuer sa production peut permettre de limiter la perte de revenu... à condition que les charges baissent encore plus. C'est une balance toute bête, mais difficile à accepter... » Également formateur à ses heures, il prêche ce credo à des collègues partout en France. « Car la demande de formation en ce sens explose tant les gens s'interrogent. » Même s'il n'utilise chez lui que de l'herbe (et un peu de concentrés achetés), Éric Favre ne prône pas le non-maïs absolu. Mais il constate : « Développer l'herbe et diminuer le maïs, c'est réduire les coûts de mise en culture, de récolte et de mécanisation, et des phytos. Avec des associations de prairies bien choisies, on peut même se passer d'engrais azoté... »
« Il faut produire moins pour gagner plus »
Quant à la moyenne d'étable (chez lui à moins de 5 000 litres), « si on la baisse, on réduit parallèlement les achats d'aliments... surtout si l'herbe est riche, équilibrée et bien valorisée par une génétique ad hoc ». Ce raisonnement, on peut aussi le conduire en grandes cultures. S'il affirme haut et fort : « Même en ce moment, le lait, j'en vis encore très bien ! », il estime qu'il faut tirer les leçons de la crise. « Lors de la Pac de 1996, et lorsque l'on a décidé de primer le maïs, on a loupé le train d'une évolution vers des systèmes plus économes qui auraient rendu les exploitations plus résilientes. »
Selon lui, on peut encore renverser la vapeur : « En s'appuyant sur les MAEC SPE(2) pour engager ce virage. À condition qu'elles soient étendues à tout le territoire (sans zonage pénalisant), et que les enveloppes financières soient suffisantes... » C'est la suggestion qu'il vient de faire dans des courriers adressés au président de la République et au ministre de l'Agriculture. Il attend la réponse.
GWENAËL DEMONT
(1) Auteur de Devenir un agriculteur d'aujourd'hui aux éditions Ouest-France, 2011. (2) MAEC SPE : mesures agroenvironnementales et climatiques-systèmes de production économes.
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