Mieux nourrir les poissons d'élevage réduirait les pollutions provoquées par les fermes marines et permettrait de vaincre les réticences de l'opinion publique face à un secteur économique en plein essor, soulignent des spécialistes de l'aquaculture.
L'équation est simple: on ne peut pas pêcher plus sans menacer la survie de nombreuses espèces et la consommation mondiale de poisson, qui a doublé en 40 ans, continue de croître. L'aquaculture, une activité qui pèse 2,5 milliards d'euros par an dans l'Union européenne, apparaît comme la seule solution. Mais beaucoup s'inquiètent des conséquences écologiques, essentiellement le volume des déjections relâchées dans le milieu marin. Les écologistes viennent ainsi de monter au créneau pour s'opposer à un projet de parc d'engraissement de thons rouges au large de Port-Vendres (Pyrénées-Orientales).
« Eviter la pollution directe sur le lieu d'élevage »
Une diminution de la pollution liée à l'aquaculture était donc logiquement au centre des recherches présentées durant le congrès international sur la nutrition des poissons, qui s'est tenu du 29 mai au 1er juin à Biarritz. « Les efforts faits ces dix dernières années pour éviter la pollution directe sur le lieu d'élevage sont bien plus importants en milieu aqueux que dans le domaine de l'agriculture », affirme le spécialiste Sadavisam Kaushik, interrogé au téléphone par l'Afp.
« L'idée est d'améliorer les méthodes de distribution des aliments, et leur qualité, pour réduire au maximum la quantité de produit qui n'est pas transformée en chair comestible et qui passe dans le milieu marin », explique le scientifique, qui dirige une unité associant l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) et l'université de Bordeaux I. L'amélioration des mécanismes de distribution des aliments a déjà permis d'assurer que près de 97 % des aliments dispensés soient effectivement ingérés.
Modifier les aliments fournis
La deuxième étape consiste à modifier les aliments fournis, afin de limiter les substances non assimilées. Des traitements permettent désormais d'extraire des éléments tels que l'amidon et la cellulose, non digérés par les poissons. Enfin, il s'agit d'optimiser le menu des poissons pour qu'un maximum d'aliments fournis soient effectivement transformés en chair comestible. « Nos collègues en nutrition ont vraiment fait des progrès extraordinaires ces dernières années », confirme Philippe Gaudin, directeur de recherche dans un laboratoire spécialisé dans l'écologie des eaux douces de l'Inra. « Et pas uniquement dans le développement d'aliments mieux adaptés aux poissons, mais aussi économiquement plus rentables ».
« Ces mesures permettent d'améliorer la préservation de l'environnement immédiat de l'élevage. Nous cherchons aussi à préserver les ressources halieutiques de façon globale », souligne Sadavisam Kaushik. Son équipe a en particulier démontré qu'il est possible de remplacer de façon substantielle l'huile et la farine de poisson par des huiles et des protéines d'origines végétales. Si les industriels suivent, on peut s'attendre à une diminution de la pêche destinée à la confection de farines de poisson. Délaissées en Europe pour l'alimentation animale terrestre, ces farines constituent toujours une part importante du menu des poissons d'élevage.
Enfin, les recherches portent également sur le contrôle de la valeur nutritionnelle et gustative des poissons issus des élevages. Elles visent à contrôler, et si possible supprimer, les contaminants qu'on peut retrouver dans les poissons, tels que les dioxines et les métaux lourds.
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