Les traitements antibiotiques systématiques au tarissement sont courants dans les ateliers laitiers français. Pourtant, ils sont en contradiction avec la réglementation européenne : l’usage des antibiotiques à titre préventif est, en effet, interdit par le règlement européen 2019-6. « Les éleveurs sont peu au fait de cette réglementation, mais une vache saine au tarissement ne doit pas recevoir d’antibiotiques », commente Patrice Ratier, responsable technique animaux de rente chez Vétoquinol.
Pour préciser cette réglementation, un texte a été publié en 2022. Il est écrit qu’une vache qui ne présente pas de mammite clinique, mais qui a des comptages cellulaires individuels (CCI) élevés et/ou un résultat bactériologique positif peut être considérée comme « non saine » et donc recevoir des antibiotiques.
La réglementation, qui se met en place dans un contexte général de réduction des antibiotiques, incite donc les éleveurs à réaliser des traitements sélectifs au tarissement lorsque le contexte infectieux de l’élevage est maîtrisé. « Si la pression infectieuse est trop grande, le vétérinaire peut justifier de traiter tous les animaux. Et mettre en place des mesures correctives. »
Traitement sélectif au tarissement : la nouvelle norme
Le traitement sélectif au tarissement représente une opportunité pour les éleveurs de réduire à la fois leurs dépenses médicamenteuses et la pression antibiotique. Mais cela oblige à des arbitrages. Arbitrage dans le choix des élevages d’abord. Les troupeaux dont la pression infectieuse est trop élevée (comptages cellulaires de tank supérieurs à 250 000 cellules, présence de Streptococcus agalactiae ou de facteurs de risques trop élevés) ne pourront pas appliquer cette stratégie.
Dans les élevages qui présentent une faible pression infectieuse le tarissement sélectif est la nouvelle norme. Il faudra alors arbitrer entre les vaches saines, qui recevront uniquement un obturateur, et les autres qui recevront un antibiotique associé à un obturateur. « Les vaches saines sont celles qui ont des CCI inférieurs à 150 000 cellules pour les multipares et à 100 000 cellules pour les primipares et qui n’ont pas eu de mammites cliniques sur la lactation », précise Patrice Ratier, citant les préconisations les plus récentes d’experts vétérinaires (à noter, que ces références varient d’un pays européen à l’autre, certains sont plus sévères que la France).
Les vaches infectées sont celles qui durant les deux derniers mois qui précèdent le tarissement ont des comptages cellulaires individuels supérieurs à 150 000 cellules pour les multipares (100 000 cellules pour les primipares). « Une prise en charge au tarissement se justifie, avec un antibiotique et un obturateur, après avoir estimé leur potentiel de guérison selon leur historique infectieux, leur âge, la qualité de l’attache arrière de la mamelle… »
L’arbitrage est plus difficile pour les vaches qui ne sont pas dans ces normes. Ce sont celles qui durant leur lactation possèdent un ou plusieurs CCI supérieur à 200 000 cellules avec des retours à un niveau inférieur, celles qui ont fait une mammite clinique, cliniquement guérie, celles qui sur leur lactation étaient avec un niveau très bas en cellules et qui montent anormalement en fin de lactation. Ces vaches seront qualifiées de douteuses et la bactériologie avant de les tarir permettra de lever le doute. En cas de résultat bactériologique négatif, la vache pourra être considérée comme saine et recevoir alors uniquement un obturateur interne du trayon.
Pour les éleveurs qui gèrent leur troupeau sans avoir recours à l’utilisation des CCI, la bactériologie avant de tarir sera une solution pour distinguer les vaches saines des vaches infectées.
Une bactériologie simplifiée et connectée, comme celle fournie par le Mastatest de la société Mastaplex distribué par Vetoquinol, trouve sa place en routine chez le vétérinaire et à la ferme dans la gestion du tarissement, à la place ou en complément des CCI. L’enregistrement des résultats au fil du temps constitue d’ailleurs l’un des meilleurs moyens pour suivre la dynamique des infections mammaires, pouvoir la comparer à des modèles scientifiques, et ajuster les traitements et mesures à mettre en place.