Maladies respiratoires des bovins : prévenir plutôt que subir
Les maladies respiratoires constituent la première cause de maladie et de mortalité en engraissement. Quels impacts économiques ? Comment éloigner le risque et identifier au plus tôt pour limiter la propagation ? Deux vétérinaires apportent leur expertise.
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« Une alimentation suffisante en qualité et en quantité permet de diviser par 12 le risque de pneumonie des veaux, parce que l’alimentation est notre première médecine », assure Anne Barbier, vétérinaire au sein de la clinique Vet Flandres à Hazebrouck, et référente technique des projets zones humides pour VET’EL.
À l’occasion d’une formation organisée par Avenir Conseil Élevage et la chambre d’agriculture de la Somme, dans le cadre du programme de maintien de l’agriculture en zones humides (PMAZH), les Dr Anne Barbier et Sara Ghazali (vétérinaire à Rue), ont échangé avec éleveurs laitiers et allaitants sur la thématique des maladies respiratoires rencontrées en élevage bovin.
Quels impacts ?
Les broncho-pneumonies infectieuses sont des maladies des voies respiratoires dues à une interaction complexe entre le bovin, les agents pathogènes et l’environnement. « C’est la maladie la plus répandue dans les feed-lots américains, et la première cause de maladie et de mortalité en engraissement, indique Anne Barbier. Si l’on observe des lésions pulmonaires supérieures à 3 cm à l’échographie des poumons, cela peut créer de réelles pertes économiques que l’on ne soupçonne pas. Par exemple pour une petite génisse laitière, les pertes se matérialisent par un taux de réussite à l’IA moindre, jusqu’à 15 % de longévité dans le troupeau en moins, ou encore 500 litres de lait produits en moins sur la première lactation ».
« Si ça tousse, on arrive après la bataille. »
Pour reconnaître les signes d’une maladie respiratoire, observer les animaux est indispensable. « En termes de symptômes, on retrouve la fièvre, l’abattement et l’anorexie, mais ils ne sont pas spécifiques aux maladies respiratoires, lance la vétérinaire. Parmi les plus caractéristiques, il y a ‘le coup de flanc’, qui correspond à une respiration accélérée – plus de 40 respirations par minute –, des nasaux sales (jatage), des larmoiements, et la tête baissée ». Pour la vétérinaire, la prise de température est le premier réflexe à avoir, « 39,5°C, c’est le seuil à partir duquel on peut parler de fièvre. La toux est un symptôme tardif, à J+4 après l’arrivée de la fièvre, alors si ça tousse, on arrive après la bataille ».
Diagnostiquer et traiter
L’identification des agents pathogènes incriminés est préférable avant la mise en place d’un protocole de vaccination ou en cas d’échec vaccinal contre les 2 agents pathogènes les plus fréquents et les plus graves : RS et Mannheimia.
Plusieurs techniques peuvent être proposées à l’éleveur :
Pour Anne Barbier, avant de traiter, le thermomètre est le premier des outils à mobiliser. Si l’on en vient à piquer l’animal, elle recommande « d’utiliser des aiguilles jetables et des seringues adaptées au contenu ». Aussi, elle insiste sur la nécessité d’isoler les animaux malades, d’estimer le poids au plus proche – dans l’idéal avec un ruban – pour approcher au mieux la dose nécessaire, et sur le respect du protocole de soins (dose, voie d’administration et durée). Enfin, « évaluer tous les animaux du lot, traités ou non, le lendemain et le surlendemain, permet de déceler une potentielle propagation avant qu’il ne soit trop tard ».
« Le RS, ennemi public respiratoire n°1. »
Parmi les nombreuses menaces que sont les virus, bactéries, champignons et parasites, une étude espagnole en date de 2024 portant sur 60 000 bovins a constaté que trois microbes ont un effet significatif sur le GMQ et le poids à l’abattage, à savoir : la BVD (aujourd'hui bien détéctée et contrôlée chez nous), le RSV et la pasteurelle Mannheimia haemolytica.
« Dans 50 % des recherches d’agents pathogènes par écouvillons, le RS est diagnostiqué et dans 25% des cas, il est diagnostiqué en association avec d’autres pathogènes, détaille Anne Barbier. Ce qui fait du RS l’ennemi public respiratoire n°1, alors si on vaccine à l’aveugle, il faut absolument chercher une couverture contre le RS. »
La vaccination diminue la fréquence, la gravité et les conséquences économiques des broncho-pneumonies, mais elle suffit rarement à elle seule. Pour une vaccination « probabiliste », la vétérinaire conseille de traiter le RS et Mannheimia a minima, puis les mycoplasmes en ateliers d’engraissement ou veaux de boucherie.
« Dans l’idéal, il convient d’établir un protocole propre à l’élevage, de respecter les deuxièmes primovaccinations et rappels. Prendre les devants en vaccinant avant la période à risque et des animaux sains est très important, tout comme le respect de la chaîne du froid avec remise à température avant injection. »
Le stress, facteur aggravant
Parce qu'il induit une diminution de l’immunité, étaler les stress diminue les risques. « Dans la pratique, mieux vaut attendre entre le sevrage des broutards allaitants et la vente. Le sevrage, le transport et l’allotement créent un réel stress chez les animaux ». La vétérinaire conseille également de limiter les provenances des animaux lors des achats, et si possible de privilégier l’achat d’animaux déjà écornés.
Concernant les conditions de logement, Anne Barbier insiste sur l’importance du confort thermique et d’une bonne ventilation. Enfin, parce que « l’alimentation est notre première médecine », répète-t-elle, l’importance du colostrum n’est pas en reste. « D’après la vétérinaire, un échec de transfert d’immunité passif coûte en moyenne 60 € en élevage laitier, 90 € en élevage allaitant, et jusque 130 € si on inclut les pertes de croissance et le temps passé à soigner » (Raboisson et alii 2016).
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