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Semence sexée et croisementHolstein x Blanc Bleu Belge : profiter du revenu viande

Holstein x Blanc Bleu Belge : profiter du revenu viande

L’offre de taureaux laitiers, disponibles en semence sexée femelle, ouvre de nouvelles pistes d’amélioration de revenus. Ces doses sexées peuvent être utilisées préférentiellement sur les génisses et les meilleures vaches en vue d’assurer le renouvellement. Ce qui permet d’opter pour le croisement industriel sur les vaches restantes. La race Blanc bleu belge (Bbb) s’avère particulièrement adaptée à ce type de croisement avec la Holstein. L’avantage de cette pratique : dégager un revenu viande supérieur à celui généré par la vente des veaux mâles holsteins à bas prix.

Croisement holstein blanc bleu belge
D’après l’Unceia (Union nationale des coopératives d’élevage et d’insémination animale), les inséminations
faites en croisement représentent, en France, 11,9 % du total des IA sur vaches laitières. (© Ctbbh)
  
Christophe Thévenot
Christophe Thévenot éleve 110 vaches holsteins et jersiaises, 90 veaux de lait/an, trois taureaux blanc bleu belge. 1.200 porcs/an, une unité de méthanisation, sur 230 ha. (© DR)

Christophe Thévenot, éleveur en Gaec à Souarce (Territoire de Belfort) :

« J’ai commencé à inséminer mes Holsteins avec de la semence sexée il y a plus de trois ans car j’avais de gros problèmes de renouvellement dans mon troupeau. Il naissait beaucoup plus de mâles que de femelles et je devais acheter des génisses, ce qui me coûtait cher. J’ai débuté avec quelques doses et, désormais, toutes les inséminations sont effectuées avec de la semence de taureaux holsteins sexée afin d’avoir 90 % de femelles.

Avant que j’opte pour la semence sexée, obtenir une femelle me coûtait environ 400 euros en achat de doses et en insémination compte tenu du grand nombre de mâles noirs qui naissaient. Aujourd’hui, cela me revient à 150 euros avec 2,2 paillettes par vache en moyenne. Les doses sexées sont moins fécondantes mais, en sélectionnant des taureaux sur leurs index fonctionnels, notamment en fertilité, j’ai remarqué que les génisses issues de semence sexées sont plus fertiles que les autres.

En général, les deux premières IA sont réalisées avec de la semence sexée et, si la vache ne retient pas, je la mets avec l’un de mes trois taureaux blanc bleu. J’élève 45 génisses laitières par an et les veaux croisés sont engraissés au lait sur l’exploitation. Ces derniers sont commercialisés entre 115 kg pour les femelles et 140 kg pour les mâles, environ 850 € (6,5 à 7 €/kg), alors qu’un veau mâle holstein sera vendu aux alentours de 500 € (4,5 €/kg) ».

 

Veaux holstein croisés Blanc bleu belge (à gauche) et Charolais (à droite)
Veaux holstein croisés Blanc bleu belge (à gauche) et Charolais
(à droite) (© Terre-net Média)
« Les engraisseurs apprécient les veaux croisés holsteins x blanc bleu belge (Bbb) pour leur bon rendement à l’abattage. Toutefois, il n’y en a pas suffisamment pour approvisionner le marché », explique le Docteur vétérinaire belge Hubert Brismée, en charge du projet "Croisement terminal de Blanc bleu belge sur Holstein" (Ctbbh), dont le rôle est d’indexer les taureaux Bbb sur leurs aptitudes au croisement et d’étudier les performances des animaux croisés.

La pratique du croisement industriel semble moins répandue depuis 2007, suite aux fluctuations importantes du prix du lait et dans la perspective de la suppression des quotas laitiers. Néanmoins, l’utilisation des taureaux Bbb progresse depuis plusieurs années (+ 10,3 % sur 2010-2011), au détriment des races à viande françaises. « L’arrivée de la génomique et surtout le recours à la semence sexée dans les élevages, couplés à une forte demande en viande bovine, devraient donner un nouvel élan au croisement industriel », estime Hubert Brismée. 

Peu de souci au vêlage

Les veaux issus de croisement Bbb sur Holstein rencontrent peu de souci au vêlage, contrairement à ce que pourrait laisser penser l’impressionnante musculature paternelle. « Généralement, les taureaux les plus "viandeux" avec une ossature fine possèdent de meilleurs index de facilité de naissance que les taureaux de type mixte », indique le vétérinaire wallon.

Certains éleveurs préfèrent acheter un taureau Bbb plutôt que des doses de mâles testés pour leurs aptitudes au croisement. C’est le cas de Christophe Thévenot (voir l’encadré ci-dessus) : « J’ai eu de la chance, car mes taureaux Bbb font des veaux qui naissent relativement petits ; ce qui me permet de les utiliser également sur génisses. Vu que j’ai peu de temps pour surveiller celles-ci, je préfère grouper les chaleurs. J’essaie une première IA avec de la semence sexée holstein, parfois une deuxième, et lorsque cela ne fonctionne pas je les mène au taureau. Avec la monte naturelle, les taux de réussite sont meilleures. Mes taureaux Bbb sont très calmes et aident à la détection des retours en chaleurs des génisses, qui viennent alors à proximité de la case du mâle, située dans le même bâtiment. »

 De la semence sexée de Blanc bleu belge pour obtenir des mâles

Le croisement industriel en chiffres :
• 80 % de vêlages faciles sans assistance sur multipares.
• 3,4 % de césariennes sur multipares ; 10 à 15 % sur génisses.
• Poids à la naissance : 48,6 kg ± 7,4 kg.
• Prix de vente moyen à dix jours : 315 € ± 81 €.
Selon le Dr Hubert Brismée, l’option la plus intéressante pour un éleveur laitier est de vendre des veaux croisés âgés d’une dizaine de jours. « La plus-value entre un veau croisé de dix jours et un mâle holstein du même âge est de l’ordre de 200 euros. Néanmoins, les mâles croisés valent entre 50 et 140 euros de plus que les femelles ». C’est là tout l’intérêt d’employer de la semence sexée de taureaux Bbb pour faire naître 90 % de veaux mâles. « Le sexage engendre un surcoût de l’ordre de 35 € et diminue la probabilité d’obtenir une IA fécondante d’environ 12 %. Mais, grâce au prix de vente plus élevé des mâles croisés, les éleveurs y gagnent ».

Les croisements industriels sont à privilégier sur les multipares et les femelles de valeur génétique moindre. En employant de la semence sexée pour le renouvellement, le taux de croisement industriel peut monter jusqu’à 50 %, voire 70 %, si l’élevage a de bons résultats de reproduction. « Il faut commencer par une utilisation raisonnée du croisement industriel, en gardant une marge de sécurité pour le renouvellement », conclut Hubert Brismée.

IA sexée holstein : privilégier les génisses

Les inséminations en semences sexées en race pure doivent être destinées en priorité aux femelles les plus fertiles. Pour renouveler le troupeau, mieux vaut donc réserver les doses de taureaux holsteins sexées aux génisses laitières. En effet, celles-ci présentent un taux de réussite en IA sexée de 54 % contre 44 % pour des vaches ayant déjà vêlé.

Les IA sexées femelles limitent le risque de vêlage difficile. De plus, en inséminant préférentiellement les génisses et les meilleures vaches avec des doses sexées, le niveau génétique du troupeau s’accroît plus rapidement qu’en conservant ses femelles de renouvellement parmi les filles issues de vaches plus âgées.

Taureau Blanc bleu belge
Certains taureaux blanc bleu sont disponibles en semence sexée pour obtenir des mâles. Les taureaux à la robe blanche ne possèdent pas le gène "rouan" et donnent des veaux bleus en croisement avec la Holstein.
Car les veaux croisés de couleur noire seraient moins appréciés des acheteurs. (© Fabroca)

Pour en savoir plus sur le croisement Blanc bleu belge :

Le site du Bbg avec les taureaux disponibles

Elevage de reproducteurs Blanc bleu belge : Fabroca

Croisement terminal de Blanc bleu belge sur Holstein » (Ctbbh)

Cet article est extrait de Terre-net Magazine n°18

Si vous ne l'avez pas reçu chez vous,
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