Login

Ébourgeonnage des veaux : les techniques recommandées par deux vétérinaires

Arnaud Triomphe et Boris Boubet, tous deux vétérinaires sont unanimes ; s’il y a une technique d’ablation des cornes à privilégier, c’est l’ébourgeonnage.

Avec le développement de la génétique sans cornes, l’écornage ou l’ébourgeonnage des animaux n’a pas le vent en poupe, mais ces opérations relèvent des actes de conduite d’élevage. Entre méthodes chimiques, thermiques et anesthésies générale ou locale, choisir la "bonne" méthode n’est pas toujours évident. Deux vétérinaires apportent leur éclairage.

Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.

Pour Boris Boubet, vétérinaire conseil et directeur du Groupement de Défense Sanitaire (GDS) de la Creuse, « l’avenir n’est pas l’écornage mais la sélection génétique sans cornes ». Les bénéfices sont multiples : bien-être animal, bien-être de l’éleveur… Mais en attendant le déploiement de la génétique « polled », autant essayer d’ébourgeonner de la manière la moins traumatique qui soit.

Arnaud Triomphe, vétérinaire et vice-président de la SNGTV (Société Nationale des Groupements Techniques Vétérinaires), assure « si l’éleveur décide de garder les cornes sur son troupeau, il faut que tout le monde en ait ». Autrement, « les dominants le savent et en profitent ». Cela peut créer un réel stress lors de la période en bâtiment.

Techniques chimiques ou thermiques ?

Les deux vétérinaires sont unanimes ; s’il y a une technique d’ablation des cornes à privilégier, c’est l’ébourgeonnage. Par abus de langage, il se dit que l’on "écorne" des veaux. Or, on écorne uniquement les bovins adultes. Sur les jeunes animaux, on détruit simplement le bourgeon cornual.

Il existe plusieurs techniques d’ébourgeonnage :

Elles plaisent à certains éleveurs dans le sens où elles paraissent "moins traumatisantes". En réalité, la douleur est moins intense mais plus étalée dans le temps. « C’est à choisir si on préfère avoir une brulure "rapide" avec un ébourgeonnage thermique, ou une brulure chronique qui va se ressentir pendant 15 jours », rapporte Boris Boubet.

D’autant que le résultat n’est pas garanti. « Il y a des animaux où ça écorne mal et on peut observer une repousse des cornes parfois anarchique ». Aussi, lorsque ces techniques sont utilisées sur des veaux allaitants, de l’acide peut se retrouver sur le pis de la vache, ce qui peut donner lieu à des lésions de brulures.

Pour les deux vétérinaires interrogés, l’écorneur à gaz est la technique la plus optimale. Contrairement à l’écorneur électrique, celui-ci permet « une température constante, sans avoir le fil dans les pieds ».

Côté coût, l’écorneur représente un investissement lors de l’achat, mais reste plus rentable que les systèmes de pâtes ou crayons.

Quelle anesthésie et à partir de quel âge ?

Bien que d’après le code rural (article L 243.1), le vétérinaire ait le monopole d’exercice de la médecine et de la chirurgie vétérinaire, des dérogations existent pour les éleveurs et leurs salariés (article L 243.2). Attention, il est formellement interdit à un technicien de pratiquer une injection. Depuis le 31 décembre 2021, des anesthésiques et anti-inflammatoire non stéroïdiens peuvent également être utilisés par les éleveurs.

D’après la réglementation européenne, il n’y a aucune obligation d’anesthésie avant 4 semaines, mais l’analgésie reste conseillée pour calmer la douleur. Au-delà de 4 semaines, il convient de faire au moins une anesthésie locale et une analgésie pour gérer la douleur différée.

« Cette injection relève du geste technique »

Dans la pratique « on injecte 2 à 3 cc d’anesthésiant dans la fosse temporale, idéalement dans le nerf cornual pour une anesthésie locale. Cette injection relève du geste technique, qu’un technicien ne peut pas faire, assure Boris Boubet. Les vétérinaires organisent des sessions de formation à destination des éleveurs pour leur apprendre à faire cette anesthésie du nerf cornual », poursuit-il. Dans le cas de l’écornage adulte, les contraintes sont les mêmes à l’exception près que l’injection doit être plus profonde et la dose plus importante.

« L’anesthésiologie n’est pas une science exacte, affirme Arnaud Triomphe. La dose dépend du niveau de calme des animaux, leur race, leur âge, leur poids… Il y a autant de doses qu’il n’y a d’animaux et d’exploitations ».

Certains éleveurs pratiquent l’ébourgeonnage sans anesthésie ou même sans anti-inflammatoire, « C’est dommage. On s’aperçoit que les veaux ayant reçu un anti-inflammatoire sont beaucoup moins impactés dans leur croissance que ceux qui n’en ont pas eu, déplore Boris Bobet. Ils retournent téter plus vite, et secouent moins la tête », poursuit-il.

Bien préparer le chantier

Une bonne contention des animaux est nécessaire. Tondre le tour des cornillons au préalable est idéal, de manière à être « plus précis dans la phase de cautérisation et limiter le risque d’infection avec le poil et la peau ».

Aucune nécessité d’enlever le bourgeon une fois qu’il est brûlé, pour Boris Boubet, c’est une « porte ouverte aux infections ». Enfin, un spray antiseptique est appliqué pour éviter toute infection au niveau du cornillon.

Certains éleveurs font appel à des techniciens pour pratiquer l’ébourgeonnage par manque de temps ou de main d’œuvre, ou encore parce qu’ils ont une certaine "répugnance" à l’idée de réaliser cette tâche. Il arrive aussi que des éleveurs apprennent aux côtés d’un technicien pour se lancer eux-mêmes par la suite.

A chacun sa méthode ! Quand Boris Boubet, préfère injecter un anti-inflammatoire le matin de l’intervention, puis un anesthésiant local quelques minutes avant la phase d’ébourgeonnage, Arnaud Triomphe cumule les avantages de l’anesthésie locale, générale et de l’anti-inflammatoire. « En faisant le mix des trois, on peut travailler tout seul, les veaux ne sentent rien, et quand ils se réveillent, ils reprennent le cours de leur vie », assure-t-il. Avant de poursuivre « sans anesthésie locale, le veau ressent quand même les 400°C. Il remue un peu la tête quand on lui brûle les cornes ».

Pendant que l’écorneur chauffe et qu’il tond la zone du bourgeon cornéen, les anesthésies font effet ! « Avec le protocole intégral, si on est à 4-5 €/veau c’est le bout du monde, lance-t-il. Et puis quand les éleveurs y ont goûté, ils ne reviennent pas en arrière », poursuit-il.

Les cornes, un processus de défense naturel

Certains éleveurs perçoivent les cornes comme un processus naturel de défense contre les prédateurs, notamment contre les loups. « D’autres éleveurs ne tiennent pas à voir disparaitre les cornes sur leurs animaux pour des raisons esthétiques, ou de tradition des races », rapporte Boris Boubet, vétérinaire conseil au GDS. « Historiquement, on avait des stabulations entravées donc les cornes étaient bien pratiques pour attacher les vaches. Avec des stabulations libres, aujourd’hui c’est très compliqué d’avoir des animaux avec des cornes », poursuit-il.

A découvrir également

Voir la version complète
Gérer mon consentement