Avec 11 % de vaches improductives, le cheptel allaitant en a encore sous la pédale
Côté productivité, le cheptel allaitant français a encore de belles marges de progression. D’après les données de l’observatoire reproscope, sur un troupeau de 100 vaches allaitantes, 11 n’ont pas fait de veau durant la dernière campagne, et 35 affichent un IVV supérieur à 400 jours.
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Épizootie, sécheresse, hausse du prix des intrants : chaque campagne offre de quoi justifier la productivité moyenne du troupeau allaitant français. Si les éleveurs regrettent les impacts de la FCO ou de la MHE sur les dernières campagnes, avec la diminution du nombre de veau sevré par vache présente, force est de constater que la productivité du troupeau français est une question plus vaste. Les données issues de l’observatoire reproscope le montrent : les épizooties secouent des exploitations dont la productivité était déjà perfectible.
1 vache sur 10 est improductive
D’après ces données, le cheptel allaitant français affiche en moyenne 11 % de vaches improductives. « Cela représente un manque de 6 veaux par an pour un troupeau de 55 vaches », lance Guillaume Loustau, conseiller bovin viande à la Chambre d’agriculture du Lot à l’occasion du Grand Angle Viande, organisé par l’Institut de l’élevage. Les passages des différentes vagues épizootiques n’ont rien arrangé à l’affaire, mais la part d’animaux improductifs n’est jamais descendue en dessous de 10,6 % au cours des 10 dernières années.
1 vache sur 3 a un IVV de plus de 400 jours
Cette proportion de vaches sans vêlage pénalise l’intervalle vêlage-vêlage (IVV) moyen de la ferme France, avec 35 % des animaux affichant des IVV moyens au-delà de 400 jours. « Une vache vêlée sur trois a un IVV de 13 à plus de 16 mois », illustre Guillaume Loustau. 13 % des vaches ont même une IVV de plus de 500 jours.
Si bien que l’indice de productivité des exploitations allaitantes (le nombre de veaux sevrés, sur le nombre de vaches présentes), présenté par Bovin Croissance, se détériore. « Sur la période 2014-2023, les races ont perdu entre 1,6 et 2,3 points de productivité, et la tendance s’est encore amplifiée sur l’année 2024 du fait des épizooties ».
Dans ce domaine, certaines races affichent de meilleures performances que d’autres. L’Aubrac affiche un niveau de 99 veaux sevrés pour 100 vaches présentes en 2023. Vient ensuite la Charolaise, avec 95 veaux sevrés pour 100 vaches. Les Limousins suivent, avec 93 veaux sevrés. Puis la Blonde d’Aquitaine, et ses 89 veaux sevrés par tranche de 100 vaches présentes.
Enfin, si l’avancée de l’âge au premier vêlage est souvent présentée comme un moyen de limiter le nombre d’animaux improductifs sur les troupeaux, force est de constater qu’il est peu appliqué sur le terrain. Dans les fermes, l’âge moyen du premier veau reste stable, autour de 36 mois.
La productivité pour contrer la décapitalisation
Pourtant, productivité et résultats économiques vont souvent de pair. Sur notre cas type (exploitation spécialisée naisseur en repousse d’Aubrac), le travail sur la productivité est ce qui permet le meilleur retour sur investissement. Si le prix des engrais ou de l’énergie est souvent pointé du doigt comme engendrant des coûts supplémentaires, une hausse de 20 % du prix des engrais ne génère qu’une baisse d’EBE de 828 € sur la structure. À l’inverse, « un gain de 5 % sur la productivité numérique entraîne une hausse de l’EBE de l’ordre de 3 900 € », explique Aurélie Blachon, du service production de viande de l’Institut de l’élevage. Pour se situer, une baisse du prix des broutards entraîne un manque à gagner de 2 216 € sur la structure.
Sans parler des conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre, ou d’organisation du travail.
Mais gagner en productivité, c’est également une manière de fournir une filière en mal d’approvisionnement. 3 % de vaches qui vêlent en plus, c’est environ 100 000 veaux en plus pour la filière à partir de nos 3,4 millions de vaches allaitantes. Sans parler de l’impact de la réduction des IVV. Dans un contexte où la France ferme un abattoir par mois faute d’approvisionnement, le travail sur la productivité des troupeaux apparaît comme un levier pour contrer la décapitalisation bovine.
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