« Cette année, ils ont envoyé les retraités » : chronique d’un Sia pas comme les autres
Mercosur, dermatose bovine… Les sujets sur le feu ne manquent pas au Salon de l’agriculture. Pourtant, l’édition 2026 se déroule dans une ambiance relativement calme. Sans vaches, les éleveurs se font plus rares.
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Dans le pavillon 1 du Salon de l’agriculture, l’odeur est plus légère qu’à l’accoutumée. Sans vaches, seuls les moutons et porcins assurent le spectacle. Et sans vaches, la probabilité de croiser un éleveur bovin s’amenuise. « Pas de vache, pas de cow-boy », aime-t-on à répéter en province.
Cela fait longtemps qu’il y a une relation ambigüe entre le Salon et les agriculteurs.
Dans les allées, des représentant des filières, des familles, et des retraités. Parmi eux, Pierre Goujon. L’ancien éleveur allaitant est à Paris pour représenter la Charolaise Label Rouge. « Cette année, ils ont envoyé les retraités », plaisante-t-il. « Cela fait longtemps qu’il y a une relation ambigüe entre le salon et les agriculteurs », analyse Pierre. « La dermatose bovine explique leur absence, mais il y a aussi beaucoup de considérations politiques. Les sélectionneurs ont l’habitude de monter à Paris parce que c’est une vitrine, mais le reste du monde agricole se déconnecte un peu du Sia ».
Pourtant, la plus Grande Ferme de France demeure une tribune particulièrement éloquente pour l’agriculture. « Mieux vaut venir pour informer nous-mêmes le consommateur » tranche Franck Gambino, également en retraite. Mais pour les deux acolytes, l’exercice est délicat. Associer communication avec le grand public et revendication politique relève du jeu d’équilibriste. « Il y a à la fois une forme de protestation, avec par exemple l’OS mouton Charollais qui a refusé de monter à Paris par solidarité avec les éleveurs, et la nécessité de parler aux consommateurs. Demandez-leurs s’ils savent ce qu’est une génisse, et vous serez surpris... C’est un bon point d’accroche », poursuit Pierre.
C'est une manière de garder un lien avec le métier.
Un peu plus loin, devant le parc des moutons de Vendée, Patrick Lecompte et Guy Lantez effectuent leur pèlerinage annuel. Également retraités, ils profitent de l’évènement pour « garder un lien avec la profession », lance Guy, qui arbore fièrement une veste Massey Ferguson. Et cette édition 2026 prend une couleur toute particulière. « Cette année, nous emmenons le petit fils de Patrick pour la première fois », poursuit le retraité. « Nous ne sommes plus en activité ni l’un ni l’autre, alors c’est une manière de lui montrer un peu ce qu’est le métier, et de rester au fait des sujets », ajoute Patrick.
On en profite pour expliquer notre métier.
Pour trouver des éleveurs, il aura fallu se rapprocher des stands. Chez Sodiaal, Maxime Jacob et Anthony Cizeron représentent les apportants. « D’habitude, on vient pour les vaches, cette année, c’est pour la laiterie », lancent-ils. « Il y a une maquette sur le stand. Elle permet de capter les visiteurs, puis on en profite pour expliquer notre métier », détaille Maxime. « Pour certains, l’agriculture d’aujourd’hui est la même que celle d’il y a 30 ans. Montrer ce qu’est un robot de traite, une logette… ça permet de donner une bonne image du métier. » Autre intérêt : faire le lien entre le travail des éleveurs et les produits de consommation. « Sodiaal, ça n’est pas forcément un nom qui parle au consommateur. Mais lorsqu’on parle de Yoplait, ils voient tout de suite à quoi on fait référence ! »
L'absence de vaches pénalise toutes les filières.
L’absence de vache n’impacte pas que la filière bovine. Quelques mètres plus loin, Christophe Taurine profite du calme du début de journée pour faire le tour du salon. Et le producteur de Whisky Tarnais est surpris de constater que la dermatose bovine impacte jusqu’à la vente de spiritueux. « Nous venons au Sia pour vendre, mais aussi pour nous faire connaître des revendeurs, passer de nouveaux contrats… Mais cette année, il y a un peu moins de monde », regrette le représentant de Whisky Vilanova. « Nous avons fait un dimanche relativement calme : le fait qu’il n’y ait pas de vaches pénalise toutes les filières »
Relativement calme, avec peu d’éleveurs, l’édition 2026 du Salon de l’agriculture s’apparente belle et bien à une édition de routine.
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