L'événement Agripanel Space 2025, initié par Ghassan Sayegh (PDG de MEAP), se positionne comme un rendez-vous engagé et non commercial, essentiel pour l'avenir durable de l'Afrique et de ses ressources naturelles.
L'édition 2025 a mis l'accent sur la valorisation durable et les cycles de renouvellement des ressources, en insistant sur le rôle central de :
- La technologie innovante.
- L'Intelligence Artificielle (IA).
- L'adaptation au changement climatique.
Les défis économiques et climatiques de la filière avicole
Alimata Sawadogo, figure de l'aviculture au Burkina Faso, a mis en lumière les défis économiques majeurs du secteur, en premier lieu l'accès au financement.
- Taux d'intérêt élevés : Dans les banques commerciales, le taux du crédit pour l'élevage ou l'agriculture peut avoisiner les 17 à 22 %, rendant l'investissement difficile.
- Résilience climatique : Les températures extrêmes (45 à 50°C) exigent une recherche perpétuelle de solutions adéquates.
Malgré ces obstacles, elle insiste sur le fait que le marché est là : la population jeune et l'augmentation de la classe moyenne au Burkina Faso garantissent une demande interne suffisante. Le pays a la capacité de nourrir sa population à condition d'avoir les outils nécessaires.
L'Intelligence Artificielle : un outil à adapter localement
Pour Hervé Pillaud, ancien éleveur et auteur engagé pour une agriculture connectée, le meilleur moyen pour les jeunes éleveurs africains d'intégrer l'Intelligence Artificielle est de l'utiliser activement, sans crainte de l'erreur, car "le risque pris n'est pas important". Il souligne cependant une condition essentielle pour l'Afrique : l'IA doit être entraînée avec des données locales. Les bases de données bretonnes ou nord-américaines ne sont pas pertinentes. Il est vital d'intégrer les savoirs locaux, l'expérience et les savoirs d'usage pour que l'IA soit au service de l'agriculteur. L'objectif est de personnaliser les grands modèles de langage (LLM) pour chaque pays (Burkinabé, Ivoirien, Sénégalais).
Valoriser la biodiversité et les ressources endogènes
Le professeur François Dijitie Kouatcho (Université de Ngaoundéré, Cameroun) a présenté ses travaux pionniers en aviculture durable qui visent la résilience au changement climatique. Il propose de se baser sur les connaissances et ressources locales.
· Substitution d'importations : De nombreux produits pour l'élevage sont importés. Le Cameroun, par exemple, valorise des ressources végétales locales pour substituer ces éléments importés, créant ainsi des emplois pour les jeunes et les petits éleveurs (75 % de la population est jeune).
· Réduction de l'impact carbone : Produire localement permet de réduire l'impact climatique lié au transport.
Dans la même veine, Armel Donkpegan (expert en innovation génétique) met en avant la filière entomocole (production d'insectes). C'est une filière qui a 10 ans en Europe, mais qui n'est quasiment pas développée en Afrique, alors qu'elle offre une ressource protéique locale. L'Afrique dispose de l'énergie nécessaire à la production d'insectes gratuitement, alors que l'Europe doit chauffer ses bâtiments. L'intégration des insectes dans les filières animales est un levier génétique important pour une production durable.
La formation comme pilier de la reconnaissance
Enfin, Pierre Cadot (Directeur Général de la WVEPAH) a souligné le rôle de la formation professionnelle pour l'élevage. La World Veterinary Education in Production Animal Health cherche à uniformiser et reconnaître le statut d'expert international pour les professionnels africains, notamment dans le diagnostic de terrain et l'audit en ferme. La formation permet de combler le complément de compétences et d'obtenir une reconnaissance officielle, validée par des institutions mondiales.
En conclusion, comme l'a résumé Ghassan Sayegh, après le constat, le temps est désormais à l'action pour concrétiser ces pistes d'autonomie et d'innovation.