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Dans le Rhône, le marché aux veaux reprend vie après l’épisode DNC

Pendant les six mois de fermeture du marché, les éleveurs ont parfois dû brader leurs veaux.

Après une pause de quatre mois, liée à la situation sanitaire, le marché aux veaux de Saint-Laurent-de-Chamousset a rouvert ses portes le 23 février dernier. Un soulagement pour les éleveurs du secteur.

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« On a réattaqué il y a un mois… Petit-à-petit, les négociants reviennent », se réjouit Fabrice Bonnet, coprésident du marché aux veaux. A Saint-Laurent-de-Chamousset, ce rendez-vous est historique. Depuis 500 ans, chaque lundi, les éleveurs se réunissent dans cette commune de 2 000 habitants au cœur des monts du lyonnais, pour tenter de vendre leurs veaux au meilleur prix. 

« Ce marché maintient les cours de toute la région, assure l’éleveur et coprésident de l’événement. On a vraiment eu très peur qu’il soit menacé. » Le 18 septembre dernier, un cas de dermatose nodulaire est détecté dans un élevage laitier de la commune. Le verdict est sans appel : le troupeau doit être abattu et le marché n’ouvrira pas le lundi suivant. Une fermeture maintenue jusqu’au 23 février dernier.

Désormais, dans cette « zone bleue », le protocole est renforcé. L’accès au marché reste limité aux éleveurs issus de la zone vaccinale. Les apporteurs venus de la Loire, du Rhône, de l’Ain ou du nord de l’Isère doivent, toutefois, attester de la vaccination de leur animal, via une autorisation délivrée par la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). La mairie valide alors l'inscription pour que les veaux soient autorisés à entrer sur le marché le lundi suivant. Autre nouveauté, la désinfection complète des remorques à l’arrivée sur les lieux. Une tâche assurée, là encore, par la municipalité. « Il y a cinq agents mobilisés et une dizaine de bénévoles », précise le maire, Pierre Varliette, qui soutient corps et âme ce rendez-vous capital pour la commune.

Des bêtes vendues entre 500 et 1 000 euros

En ce lundi ensoleillé, plus de 70 veaux sont amenés, un à un sous la halle couverte, avant que ne résonne la cloche. Commence alors le ballet des transactions. Carnet à la main, une dizaine de négociants observent les bêtes sous toutes leurs coutures avant de faire leur offre aux éleveurs, qui attendent patiemment derrière la barrière. « Ici on peut marchander et obtenir un bon prix puisqu’il y a plusieurs acheteurs, atteste un éleveur qui vient de vendre son veau charolais croisé montbéliarde. Après une rapide conversion, il annonce : « il est parti à 850 euros ! On commence à parler en euros sur le marché mais c’est récent », précise-t-il. 

Ce jour-là, le prix des veaux se situait entre 500 et 1 000 euros. Des cours satisfaisants pour ces éleveurs qui ont dû parfois brader leurs bêtes pendant l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse. « A l’automne, on les vendait 200 euros de moins », souligne un éleveur qui se réjouit du retour du marché de Saint-Laurent-de-Chamousset, « ça tient les prix, on l’a encore vu ces derniers temps ! »

Un constat partagé par le Gaec Mauvernay, venu de Gézieu-le-Marché : « Pendant l’épisode de DNC, les maquignons nous achetaient les veaux beaucoup moins cher… Il fallait davantage anticiper les naissances et quand ils étaient là, on n’avait pas vraiment le choix : soit on les laissait partir au prix, soit on les gardait. » Aujourd’hui Bruno Mauvernay affiche un sourire radieux, ses deux veaux ont été vendus à 650 et 900 euros. A ses côtés, un autre se réjouit « des cotations qui sont remontées dès le deuxième marché ». Venu de Haute-Loire, une zone indemne, cet éleveur n’a pas pu inscrire de veaux au marché. « Mais je viens ici pour connaître un peu les prix », précise-t-il.

Aujourd’hui, le marché aux veaux de Saint-Laurent-de-Chamousset est l’un des derniers du secteur. Et s’il a perdu de sa superbe, son existence reste essentielle pour les nombreux éleveurs laitiers du secteur. « Il y a vingt ans, on avait jusqu’à 400 veaux », se souvient Gilles Raynard. Retraité et conseiller municipal, cet homme est fidèle au poste, chaque lundi matin. Un engagement essentiel pour perpétuer l’héritage, que son père a aussi fait vivre en son temps : « Dans les années 70, les veaux gras ne se vendaient plus, avec d’autres il a participé à monter un marché aux veaux naissants. » Désormais, ce sont des veaux d’environ un mois qui sont vendus sous la halle construite en 2008 « pour répondre aux normes sanitaires », précise encore Gille Raynard.

« Ici on a les meilleurs veaux de France »

Parmi les négociants qui réunissent les veaux achetés dans des parcs à l’extérieur, David Pachoux, venu de Saint-Loup, à une vingtaine de kilomètres de là. Cet habitué du marché aux veaux se rend chaque semaine depuis 35 ans à Saint-Laurent-de-Chamousset « pour avoir une tendance du marché régional ». A ses côtés, Maxime Bernard, jeune négociant, acquiesce en parquant les huit veaux achetés au cours de la matinée : « Ici on a les meilleurs veaux de France ! C’est une fierté pour les éleveurs, ils prennent soin de leurs bêtes. »

Si les cours semblent avoir retrouvé leur niveau d’avant DNC, la masse de travail, elle, n’est pas revenue à la normale. « On est obligé de continuer de demander des autorisations pour déplacer les bêtes d’une zone à une autre, ça prend beaucoup de temps », témoigne David. Pour le négociant, la situation est encore incertaine, « avec les chaleurs, ça peut redémarrer », prévient-t-il. « D’autant plus qu’un cas a été détecté en Espagne », ajoute un éleveur d’une voix inquiète.

Aux alentours de 11h, les curieux ont disparu et les derniers éleveurs et négociants se préparent, aussi, à quitter les lieux. Vêtus d’un uniforme jaune fluo, les agents de la ville patiente au soleil. Pour eux la journée continue : passage au Kärcher, désinfection… Le marché couvert sera nettoyé du sol au plafond pour s’assurer qu’aucune mouche ne vienne coloniser les lieux et que le marché puisse se poursuivre encore pour de longues années.

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