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« Je suis passé de 180 à 140 vaches laitières pour faire face au changement climatique »

« En 2019, on s’est demandé si on allait pouvoir trouver assez de nourriture pour les animaux. »

En 2019, André Montmayeur se demandait comment il allait faire pour nourrir son troupeau alors que la sécheresse faisait rage. Si bien que l’éleveur a fait le choix de diminuer son chargement : « il a fallu faire un énorme travail sur soi pour changer de système », confie-t-il. Mais l’éleveur ne regrette pas. Le nouveau dimensionnement de la structure lui a même permis de faire progresser son EBE.

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Éleveur de vaches laitières en Savoie, André Montmayeur a vu la fréquence des épisodes de sécheresse augmenter au fil des ans. Dans sa région, la répartition des précipitations change, et l’été devient un nouvel hiver. « J’ai fini par me dire que je devais prévoir du stock pour les deux mois d’été, comme je le fais pour l’hiver », résume l’éleveur. Le déclic ? La campagne 2019. « Nous avions beaucoup trop d’aliments à acheter. C’était stressant », explique l’éleveur, dans une vidéo de la chambre d’Agriculture Auvergne-Rhône-Alpes.

La décision a été prise de réduire le cheptel. De 170 à 180 vaches laitières, l’exploitation est passée à 140. Le nombre de génisses a été revu à la baisse, avec la suppression de 50 têtes. Un choix difficile pour André, qui l’a obligé à repenser son métier d’agriculteur. « Il a fallu faire un énorme travail sur soi pour changer le système. Nous sommes passés de la production à tout prix à une production adaptée à la ressource ».

La structure est passée de 300 à 240 UGB sur 308 ha dont 260 ha de prairies sur des sols très hétérogènes, soit un chargement de 0,8 UGB/ha. La baisse du cheptel a été pensée pour permettre à l’exploitation d’être autonome en fourrage sans altérer les performances économiques. Et le pari est gagnant. Avec 20 % d’animaux en moins, l’éleveur a vu son EBE progresser.

« En 2019, on s’est demandé si on allait pouvoir trouver assez de nourriture pour les animaux. » (© Chambre d'agriculture Auvergne-Rhône-Alpes)
Depuis qu’on a baissé en effectif, économiquement, ça n’est que mieux !

Si la production laitière a diminué d’environ 50 000 litres, André fait de grosses économies sur les achats de fourrage. En 2022, avec une sécheresse équivalente à celle de 2019, il n’a eu que 19 tonnes de fourrage à acheter. « Les leviers mis en œuvre ont permis de réduire les achats de fourrage de 285 t par rapport à 2019 », note la chambre d’agriculture : une économie de l’ordre de 40 000 €. À cela s’ajoute une diminution des achats en concentré, avec une économie de 27 000 €. Si bien qu’en 2022, la structure affiche un EBE de 317 000 € malgré la sécheresse. Il était de 201 000 € en 2019. Sans parler du gain de temps. « Depuis qu’on a baissé en effectif, économiquement, ça n’est que mieux. On n’a pas un revenu moins important, et on a plus de confort de travail. Mais le prix du lait a aussi augmenté en parallèle. »

Adapter le système fourrager

La baisse d’effectif n’est qu’un levier parmi d’autres pour s’adapter au changement climatique. En parallèle, André a repensé son système fourrager. L’objectif : valoriser autant que possible l’herbe de printemps et d’automne. « On sort le plus tôt possible pour profiter de la pousse de l’herbe, et on prolonge autant que possible en automne parce qu’on sait qu’il y aura un creux en période estivale. » Au pâturage, les vaches sont complémentées avec de l’ensilage de maïs épis, distribué seul jusqu’au 30 avril. Initialement, il était distribué avec du foin, ce qui pénalisait l’ingestion d’herbe sur pied.

L’allongement de la durée de pâturage en fin de campagne permet également de gagner quelques semaines, entre 3 et 4. Une manière de rogner sur l’affouragement hivernal.

Enfin, André mise que 6 ha de moha-trèfle pour la période estivale. « Il permet de nourrir 45 génisses pendant un mois lorsqu’il y a moins d’herbe. » L’éleveur implante également 1 à 2 ha de maïs en dérobée derrière les orges à la faveur d'une pluie d'orage, qu’il distribue aux vaches laitières en vert durant 30 à 40 jours, quand les prairies temporaires ne poussent plus.

Gérer l’excédent en année humide

Mais avec moins d’effectifs, il doit aussi gérer les excès en année humide. « En 2024, j’avais beaucoup de surface que je ne savais pas valoriser, notamment sur des parcs pentus qui se prêtent surtout au pâturage. » Lorsque le tracteur ne passe pas, c’est aux éleveurs d’entretenir les parcelles. La question est de savoir si le chargement permettra d’assurer l’autonomie alimentaire du cheptel, tout en évitant l’embroussaillement des parcelles difficilement mécanisables. « Lorsqu’il y a beaucoup d’herbe, nous avons plus de travail d’entretien l’hiver, mais il vaut peut-être mieux en avoir trop que pas assez. »

Avec 140 vaches laitières, André estime avoir trouvé un point d’équilibre. « On ne diminuera pas plus, il faut aussi entretenir le parcellaire. »

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