Lactalis : « La baisse du prix du lait est sans doute conjoncturelle »
La forte hausse de la collecte laitière mondiale fin 2025 a surpris et la géopolitique n’en finit pas de perturber les marchés. Malgré les incertitudes, Serge Moly, directeur des approvisionnements de Lactalis, estime que la dégradation actuelle de la conjoncture n’est que temporaire.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
Quand il revient sur les évolutions récentes des marchés laitiers, Serge Moly reconnaît humblement qu’il n’a pas vu venir la dégradation. « La production laitière mondiale a connu une croissance exceptionnelle et imprévisible au second semestre », constatait-il le 3 mars à l’occasion de l’assemblée générale de l’OPLB. Cette hausse de 4 à 5 % de la production mondiale représente un volume de près de 3 Md de litres en six mois, que la consommation ne peut absorber, même si elle se tient bien en Europe.
Ce déséquilibre entre l’offre et la demande a fait chuter la valorisation beurre-poudre de 450 € à 250 €. Début 2026, le prix du lait à la production est tombé autour de 410 €/1 000 l en France quand il plongeait à 350 € en Europe du Nord. « Il n’y aura pas d’éclaircie sur le prix tant que ce déséquilibre perdurera. » Mais quand cela se produira-t-il ? Serge Moly ne connaît pas la réponse mais livre son analyse. On le sait depuis 2015, les marchés sont très volatils, et cette volatilité est désormais imprévisible. Ainsi, fin février, le cours de la poudre a repris 300 € en trois semaines, soit 15 %, alors que la production laitière n’a pas baissé. Ce rebond peut se traduire par un coup de pouce de 30 €/1 000 l sur le prix du lait, mais nul ne sait s’il va se confirmer. Il a beaucoup surpris et pourrait s’expliquer par une volonté de reconstituer des stocks privés à la suite d’achats par anticipation au printemps dernier. Les stocks publics se trouvent, eux, au plus bas.
Les impacts incertains de la guerre en Iran
La géopolitique influe elle aussi sur les marchés laitiers. Quelques jours après le début de la guerre en Iran, le prix du pétrole est reparti à la hausse. Or, il est très corrélé à celui du lait. La durée des hostilités reste inconnue, de même que son impact sur le prix de l’énergie à moyen terme ou encore sur les achats de poudre de lait du Moyen-Orient. Car cette région est traditionnellement un acheteur important. De plus, la parité euro/dollar et les barrières tarifaires fluctuantes jouent aussi sur les échanges internationaux.
Dans ce brouillard, Serge Moly se risque néanmoins à penser que la baisse actuelle du prix du lait n’est que conjoncturelle. « Il s’agit d’une rupture, pas d’une crise », estime-t-il. Son raisonnement s’appuie sur les caractéristiques de la production laitière en Europe et dans le monde. « Partout, il existe des difficultés de transmission des exploitations, des contraintes environnementales qui pèsent sur le développement, des accès limités à la main-d’œuvre et aux investissements, des niveaux de profitabilité modestes, et des problèmes climatiques croissants. » Dans ces conditions, il est peu probable que la production augmente suffisamment pour déséquilibrer les marchés durablement.
Pour les livreurs de Lactalis, la chute du prix devrait être amortie par le maintien du niveau des PGC France (476 €/1000 l au 1er mars) en 2026. L’industriel en a pris l’engagement devant ses OP. Ce paramètre entre pour 50 % dans le prix du lait, soit la part des PGC dans le mix-produit. Le prix allemand pèse 20 % et est pris en compte avec un décalage de trois mois. C’est donc à partir de mars 2026 que l’impact se fera vraiment sentir (380 €/1 000 l). Quant à la valorisation beurre-poudre qui détermine les 30 % restant, elle accuse une forte baisse au premier trimestre mais l’évolution reste imprévisible.
Le numéro un du lait enregistre une hausse de sa collecte de 2 %, inférieure à la moyenne donc, mais contraire à son objectif de stabilisation. La stratégie de désengagement d’une partie de la collecte l’an dernier a certes été douloureuse, mais elle s’avère bénéfique. Un avantage par rapport aux autres poids lourds laitiers français.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :