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DNC : un protocole sanitaire justifié, mais une communication « perfectible »

Les indemnisations des pertes indirectes des éleveurs laitiers sont insuffisantes estime, entre autres, la mission flash sur la DNC

Lancée le 12 novembre, avant que la crise sanitaire ne devienne également politique, la mission « flash » réunissant des parlementaires de bords différents a rendu ses conclusions le 4 février. Si le protocole sanitaire, notamment l’abattage total, s’avère selon elle justifié, davantage de pédagogie aurait été nécessaire pour faire accepter « une décision administrative froide », estiment les rapporteurs. Dans un rapport publié quelques jours plus tôt, l’OPECST concluait à des recommandations similaires.

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« La stratégie sanitaire a fait ses preuves », estime la mission flash mise en place par la commission des Affaires économiques du Sénat sur les enseignements pouvant être tirés de la gestion de la crise sanitaire de la DNC. Néanmoins, les « mouvements illicites de bovins » constituent le « talon d’Achille du protocole », indiquent les parlementaires.

Ces derniers, qui ont rendu le 4 février leurs conclusions, proposent un cœur de zone dans un rayon de 5 km autour des foyers, où les contrôles pourraient être accrus, et demandent surtout un effort accru dans l’accompagnement et la pédagogie. Il s’agit de « trouver les mots justes et les arguments rationnels pour que les éleveurs acceptent une décision administrative froide », alors que certains d’entre eux ont reçu par email l’annonce de l’abattage de leur troupeau. Par ailleurs, « des réponses scientifiques plus en amont de la crise auraient apporté des réponses nécessaires aux interrogations persistantes et légitimes des éleveurs », estiment les rapporteurs, constatant que ce qui aurait dû rester un problème strictement sanitaire a, en raison d’une communication « perfectible » du ministère, dégénéré en crise politique généralisée.

Ce besoin de pédagogie a également été mis en avant par un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), publié le 29 janvier. Ce dernier préconise ainsi de « poursuivre ce travail de pédagogie en expliquant le bien-fondé des mesures et en utilisant tous les moyens de communication, notamment les réseaux sociaux ». L’office incite également à « imposer le respect du protocole national visant l’éradication de la DNC ».

Anticiper la revaccination

Face à la possibilité de généralisation de la vaccination, la mission considère que ce n’est pas souhaitable, car cette décision entraînerait la perte du statut indemne de la France, et donc des conditions d’exportation drastiques qui engendreraient des pertes de l’ordre de 5 à 10 milliards d’euros par an, le pays étant le deuxième exportateur mondial d’animaux vivants et de génétique.

En revanche, la question de la revaccination des zones vaccinales au printemps reste en suspens, en l’attente du prochain Parlement du sanitaire prévu le 9 février. « Nous considérons qu’il convient d’anticiper dès à présent le déploiement de ces opérations », notamment en s’assurant du stock et de la disponibilité des vaccins. En parallèle, et à plus long terme, la mission propose à l’Anses de réaliser une « cartographie vaccinale » pour renforcer la souveraineté française en la matière.

Revoir les aides aux éleveurs laitiers

Au total, la crise sanitaire aura coûté, au 9 décembre, 42 M€, auxquels s’ajoutent les 22 M€ du fonds d’urgence. La mission s’estime globalement satisfaite par le dispositif d’indemnisation mis en œuvre, regrettant néanmoins que les pertes de production en élevage laitier soient sous-estimées. Les aides prévoient en effet une indemnisation des pertes de production pendant trois mois, une durée que les rapporteurs proposent de faire passer à six mois.

La mission recommande également au gouvernement de solliciter la réserve de crise européenne pour « tenter d’obtenir un cofinancement ». À plus long terme, la crise et son coût financier ont également mis en lumière « notre très forte dépendance aux échanges commerciaux et aux exportations », incitant à relocaliser l’engraissement des jeunes bovins en France. C’est également l’une des conclusions de l’OPECST, qui constate que « les modèles économiques de certains systèmes d’élevage reposent sur une circulation importante des animaux, les rendant vulnérables en cas de crise sanitaire », et incite à adapter les stratégies de filière.

Davantage de recherche… et de vétérinaires

À plus long terme, la mission flash souligne les risques que font peser la DNC ou de prochaines épizooties sur la très grande diversité génétique française, et notamment les races à petits effectifs. Elle recommande ainsi de lever les freins réglementaires et financiers pour la conservation de ces races.

La recherche sur ces questions, qui englobe celle des vecteurs telle que les insectes, doit également être renforcée, estiment la mission flash comme l’OPESCT qui recommande d’investir dans la recherche sanitaire animale afin d’assurer une meilleure connaissance des maladies, de leur dépistage et de leur suivi.

En parallèle, le rôle des vétérinaires ruraux pendant la crise s’est avéré primordial, ce qui doit encourager les pouvoirs publics à renforcer l’attractivité de la profession afin d’assurer une présence suffisante auprès des éleveurs, constatent les parlementaires.

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