Login

Faut-il revoir sa complémentation face à la baisse du prix du lait ?

Le prix du lait élevé a incité les éleveurs à améliorer la productivité des vaches par plus de concentrés et d’additifs. Son recul interroge sur la poursuite de cette stratégie. La réponse est nuancée.

Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.

Encouragés par les prix du lait élevés et le prix des aliments compétitifs, les éleveurs laitiers ont gagné en productivité animale. Des troupeaux à 10 000 litres par vache et bien plus font désormais partie du paysage français. Schématiquement, d’une logique de maîtrise des charges pratiquées durant des décennies, les éleveurs sont passés à une logique de production. Distribuer un peu plus de concentrés pour aller chercher les derniers litres, comme on dit classiquement, s’est avéré rentable. La baisse du prix du lait – a minima le premier semestre – remet-elle en cause les hauts niveaux par vache acquis ces trois dernières années ? En d’autres termes, faut-il accepter de perdre 1 ou 2 litres de lait par vache en étant plus économe en concentrés ou sur certains types de concentrés ?

La période d’incertitude économique dans laquelle la filière laitière est entrée est l’occasion de faire le point sur le rationnement des laitières, et peut-être gagner encore en technicité avec moins d’aliments achetés. « La réponse n’est pas binaire. Elle dépend du niveau de production du troupeau et des charges de structure de l’exploitation, estime Stéphane Lartisant, ingénieur-conseil au Bureau technique de production laitière (BTPL). Dans tous les cas, il faut prendre la main sur le calcul de la ration et le plan de complémentation. » Avec un préalable : apporter le confort nécessaire à l’expression du potentiel laitier des vaches (lire l’encadré ci-dessus).

La qualité des fourrages, premier levier

Selon Stéphane Lartisant, il est tout à fait possible de produire 34 à 35 litres/vache/jour sans graines de lin ni huile de palme et sans les acides aminés méthionine et lysine protégés. « Une bonne couverture des PDI par les tourteaux de colza et de soja et par le tourteau de colza tanné, choisi pour son action by-pass, valorisera correctement l’énergie que fournit la ration, argumente- t-il. Ces trois produits classiques sont aujourd’hui à des prix raisonnables. »

Bien sûr, ces correcteurs ne feront pas des miracles si les fourrages ne remplissent pas le b.a.-ba de la qualité. Celui-ci est principalement de trois ordres. Le premier : récolter au bon stade et bien conserver tout au long de la saison. Le deuxième, pour éviter entre autres le tri à l’auge : couper en brins de 8 à 12 mm pour le maïs-ensilage, en brins de 40 à 60 mm nets pour un ensilage d’herbe de 28 % à 32 % de MS, et de 15 à 20 mm au-dessus de 35 %. Le troisième : sécuriser l’affouragement par des stocks d’au moins six mois. Ces recommandations habituelles des nutritionnistes sont un défi que les éleveurs relèvent chaque année. « Il faut veiller à ce que les rations soient équilibrées en protéines et en énergie, cette dernière étant le premier facteur limitant pour des vaches hautes productrices », précise l’ingénieur-conseil. Le maïs-grain, les coproduits (corn gluten feed, gluten de blé, pulpes de betteraves surpressées…) et les aliments liquides (soluble de blé ou de maïs) sont de bons pourvoyeurs d’énergie. Une ration toujours à disposition et appétente (retrait des refus, distribution fractionnée l’été) et une eau accessible en abondance (jusqu’à 150 l/vache/jour l’été) complètent la liste des mesures indispensables.

Le prix d’équilibre aide à la décision

Si, par une conduite plus économe, l’objectif est de descendre à 35 litres, voire moins, pour résister à la baisse du prix du lait, il ne faut pas décider à partir de la seule marge brute. « Ces éleveurs, très souvent en zéro pâturage, ont engagé d’importants investissements dans les bâtiments et leur robotisation. Le coût de la place de vache est élevé. Sa rentabilité repose sur une stabulation saturée et le maximum de lait par logette. Diminuer par exemple de 2 litres/vache/jour revient à perdre 35 000 € de chiffre d’affaires annuel pour un lait payé 400 €/1 000 l. Il faut faire ses comptes et calculer son nouveau prix de revient. »

Dans cette logique, il est probable qu’un certain nombre d’éleveurs décident de ne rien changer. « Cela n’empêche pas de vérifier d’éventuelles consommations inutiles d’aliments. L’introduction de graines de lin, de colza gras ou d’huile de palme permet de sauter sur la marche des 38 litres par vache. En dessous, ce n’est pas la priorité », avance Stéphane Laristant. 

Utiliser les ressources locales

À partir de 40 litres, l’ajout des acides aminés méthionine et lysine protégés contribue à la synthèse des protéines et soutiennent donc le taux proétique. C’est la stratégie que suit le Gaec Losser (lire ci-dessous). Il a gagné un demi-litre l’an passé par rapport à 2024 : 41 litres/vache/jour, contre 40,5 litres.

L’autre particularité du Gaec est un recours important aux coproduits, dont les pulpes de betteraves surpressées. Dans l’étude du BTPL, sur 749 rations du réseau Ecolait de 2024, il est l’un des deux élevages qui affichent les meilleurs résultats, l’autre étant également utilisateur de pulpes (ration pulpes de betteraves surpressées + coproduits, voir l’infographie ci-dessus). Tous deux font partie des 23 élevages du réseau Ecolait enquêtés dépassant les 37 litres/vache/jour. « Ils ont un coût alimentaire plus faible grâce aux ressources locales de coproduits. »

A découvrir également

Voir la version complète
Gérer mon consentement