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Des matières premières pour densifier la ration

Annelise et Lionel Beaud, Mathieu Cornayre et Gilles Barthomeuf (de gauche à droite). « Au-delà de l’économique, l’achat en groupe participe à entretenir le lien entre nous, c’est très important, d’échanger et de savoir que l’on peut compter sur les autres en cas de coup dur. »

Grâce à l’achat groupé, quatre exploitations de Haute-Loire ont couvert leurs besoins en soja pour cette campagne au prix de 352 €, tout en complétant leurs approvisionnements avec d’autres matières premières pour soutenir la productivité laitière.

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Dans le département de la Haute-Loire, un groupe d’éleveurs de quatre exploitations, dans un rayon de 5 km, mise depuis plus de quinze ans sur l’achat groupé de matières premières par semi-remorque de 30 tonnes, pour la complémentation énergétique et azotée de leurs troupeaux. 

L’objectif : réduire leurs coûts d’approvisionnement en couvrant leurs besoins en fonction de la tendance du marché, diluer les coûts de livraison et les besoins en trésorerie. « Plutôt que de faire rentrer un semi tous les trois à quatre mois sur ma ferme, l’intérêt de l’achat groupé est d’avoir des livraisons plus régulières et donc moins de trésorerie à débloquer à la livraison, moins de surface de stockage nécessaire et aussi un aliment plus frais à distribuer aux animaux », souligne Rémi Pastre, de l’EARL des Galets, l’un des membres du groupe.

Un gain moyen de 50 à 60 € par tonne

Cette stratégie concerne principalement le correcteur azoté. Les livraisons mensuelles se font en ferme sur une dalle bétonnée, soit une dizaine de semi-remorques de tourteaux de soja par an, plus deux de colza destinés à l’engraissement de génisses croisées. Ce jour-là, chacun fait le déplacement avec sa remorque et charge sa part au godet. La pesée de l’attelage sur la balance d’un entrepreneur du BTP local permet ensuite d’établir les factures. Sur ce principe, début octobre, les éleveurs n’ont pas hésité à couvrir leurs besoins en soja jusqu’au mois d’avril au prix de 355 €/t, puis jusqu’au mois de juillet à 352 € (il faut compter un surcoût de 10 €/t au minimum lié au transport, comparativement aux régions proches des ports de livraison). « À partir du mois de septembre, qui correspond à la récolte en Amérique du Sud et aux États-Unis, il s’agit d’être vigilant à l’évolution des prix, afin de définir une stratégie pour la campagne. Nous travaillons avec un négociant (la SARL Avena) qui nous transmet des informations sur les tendances du marché et des conseils. Cette année, compte tenu du niveau de prix du soja et des incertitudes géopolitiques, il nous a incités à couvrir nos besoins à long terme », explique Lionel Beaud, du Gaec Monchazel. Plus particulièrement chargé de la veille des marchés au sein du groupe, l’éleveur suit aussi l’évolution des cours du blé et de l’énergie, pour renforcer son analyse. Les informations sont partagées via un groupe WhatsApp avant une prise de décision collective. « De cette manière, nous gagnons en moyenne de 50 à 60 €/tonne sur le coût de nos approvisionnements. » Lorsque, comme en 2024, les éleveurs ont dû acheter plusieurs semi-remorques de soja à 400 €, le groupe a permis, là aussi, de partager le surcoût sur une courte période.

Du tourteau d’amande douce et de lin extrudé

Sous un microclimat « difficile » et dans un contexte de prix du lait favorable, les éleveurs s’intéressent à d’autres matières premières, pour soutenir la productivité laitière et l’état corporel des animaux. En effet, à quelque 500 mètres d’altitude, coupée par le relief des influences océaniques à l’ouest et des épisodes cévenols au sud, la pluviométrie pluriannuelle est seulement de 630 mm. Une situation qui conduit à faire évoluer la stratégie fourragère : sécuriser les stocks avec des surfaces importantes en prairies temporaires ensilées en premières coupes précoces, tout en menant une réflexion sur l’intérêt d’associer aux semis de maïs précoces, avec des variétés à indices élevés, des semis plus tardifs de variétés à indices courts, avec une part de la récolte sous forme de maïs épis.

Cette année, Lionel et sa compagne Annelise n’ont rentré que 7 tonnes de MS/ha d’ensilage de maïs. Exit donc le maïs épi, toute la surface a été ensilée, afin d’assurer les stocks. Pour renforcer la densité énergétique de la ration des laitières et des « prépas vêlage », les associés ont complété leurs approvisionnements par l’achat de farine de maïs. Soit deux semi-remorques pour la campagne, partagés avec un autre éleveur, au prix de 220 €/t rendu ferme.

" Ma stratégie est de miser sur les matières premières mélangées à la ferme : cette année de la farine de maïs et du tourteau d'amande douce, pour redensifier la ration et compenser les rendements du maïs ensilage", dit Lionel Beaud. (© Jérôme Pezon)

À cela s’ajoute une livraison de tourteau d’amande douce, toujours commandé avec un autre éleveur, « le prix de 350 € m’a convaincu de faire un essai avec cet aliment riche, très appétent, contenant de la matière grasse (8 % de MG, pour 1,1 UFL et 40 % de MAT), explique Lionel. Je le gère individuellement comme une VL 5 litres, à raison de 1 kg/vache/jour en début de lactation. Avec la farine de maïs, les premiers résultats répondent bien en matière de production, mais aussi d’état corporel, avec des conséquences déjà visibles sur la santé des pieds ». Au dernier contrôle de performance – à partir d’une ration complète comprenant 35 % de maïs ensilage et 65 % d’herbe + 3 kg de farine de blé autoconsommé + 2 kg de farine de maïs + 2,5 kg de soja –, le troupeau montbéliard affiche une production de 28,8 kg de lait, à 5 mois moyen de lactation, 43,1 de TB, 34,7 de TP, avec une consommation de 282 g de concentré/kg de lait, légèrement supérieure à la moyenne de groupe du contrôle laitier (267 g), mais un coût alimentaire moindre : 144 €/1 000 litres (versus 172 €), dont 91 € de coût de concentré (versus 101 €).

Farine de maïs ou maïs épi enrubanné

Au Gaec Élevage Cornayre, Mathieu a adapté sa stratégie fourragère au prix bas du soja : d’une ration à base d’ensilage d’herbe complété par du maïs épi, conçue pour réduire le coût de la correction azotée, il est repassé à une ration plus classique à 50 % ensilage d’herbe et 50 % ensilage maïs. À la tête d’un troupeau holstein, il complète ses achats de matières premières par du tourteau de lin extrudé (1,77 UFL/kg de MS, 31 % de MG et 20,4 % de MAT), en dehors de toute filière oméga et malgré un coût de 990 €/t. « L’enjeu est de densifier la ration complète mélangée pour soutenir la production, mais aussi l’état corporel des vaches », insiste-t-il (lire l’encadré ci-dessus). Ainsi la ration de base, complétée par 500 g de paille + 2,8 kg de soja + 3,5 kg de céréales autoproduites + 500 g de lin autorise une production de 34,5 kg de lait/jour, avec un coût alimentaire de 130 €/1 000 kg de lait.

En plus de l’achat de soja avec le groupe, Gilles Barthomeuf, du Gaec Circaetes, privilégie un aliment complet, enrichi en MG, pour la distribution au robot de traite et redensifie sa ration de base par l’achat de maïs épi enrubanné auprès d’agriculteurs de la région (150 €/t). « C’est un aliment plus digestible dans le rumen que la farine de maïs, estime-t-il. Distribué au troupeau à hauteur de 5 kg/vache/jour, son prix est aussi plus abordable. »

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