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Opération pour rupture de l’urètre chez un jeune veau

Une grosseur douloureuse sous le ventre chez un jeune veau est à l'origine de l'appel du vétérinaire.

À la suite d’une rupture de l’urètre consécutive à un choc, l’urétrostomie a offert une rémission à un jeune veau mâle, jusqu’à un âge présentant un intérêt économique.

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« J’ai un mâle laitier de trois semaines que je garde pour engraissement. Il a une grosseur sous le ventre, ça lui fait mal, il reste couché. Avec quoi est-ce que je peux le piquer ? » C’est à peu près en ces termes qu’un éleveur me sollicite pour la prise en charge de l’un de ses animaux. C’est toujours un bon réflexe de demander conseil lorsque l’on est confronté à des cas inhabituels dans son troupeau. Alors, une visite paraît plus indiquée qu’une piqûre. Sur place, à l’examen, le veau est couché, il frémit dès qu’on touche son ventre. En soulevant la cuisse, je constate que le bas du ventre est violacé, du scrotum jusqu’au nombril. La zone est gonflée et infiltrée. Par acquit de conscience, une échographie est réalisée : les tissus sont bien infiltrés en sous-cutané, la paroi musculaire n’est pas lésée. Il ne s’agit pas d’une torsion testiculaire, ni d’une hernie ni d’un nombril infecté. Cela ne correspond pas non plus à un abcès, qui se collecterait dans une cavité sans infiltrer à ce point le tissu. Enfin, ce n’est pas un simple hématome, la palpation et les images échographiques seraient différentes.

Devinez-vous ce qu’il reste comme possibilité ? Un indice : c’est un mâle… Eh oui, le liquide qui s’accumule dans les tissus est de l’urine ! Qui se retrouve libérée là à la suite d’une rupture de l’urètre, le petit canal qui conduit l’urine de la vessie à l’extérieur en passant tout le long du pénis. Comment se produit la fuite ? À cause d’un choc ou d’un calcul ? À l’échographie, la vessie est visualisée, elle n’a pas été rompue et aucun calcul n’est visible. Sans doute est-ce un choc, mais pas assez violent pour atteindre la vessie. Il s’agit d’un accident très rare sur de jeunes animaux. On le rencontre plus fréquemment sur des taurillons, ou sur des boucs en présence de calculs coincés dans l’urètre et qui empêchent l’animal d’uriner. Un phénomène favorisé par la castration chez ces derniers.

En clinique, l'opération a consisté à inciser la peau entre l'anus et la cuisse, pour atteindre et sectionner l'urètre et permettre l'évacuation des urines. (© Ségolène Rodier)

Une opération de section du pénis

Le veau reçoit une injection d’anti-inflammatoire et d’antispasmodique. Trente minutes après, il est debout. Quelques heures plus tard, il est revu pour être opéré à la clinique (voir photo). La masse sous le ventre a encore augmenté de taille : c’est logique, l’urine s’écoule. Après une injection épidurale, la peau entre l’anus et les cuisses est incisée. Les muscles sont disséqués jusqu’à tomber sur le pénis qui est coupé. La plaie est laissée ouverte, l’urine s’écoulera par là. Il ressemble un peu à une femelle maintenant !

Au bout de quelques jours la masse sous le ventre se résorbera, mais les tissus peuvent en souffrir avec l’apparition d’une nécrose. Un drainage serait idéal. Car la plaie d’urétrostomie aura tendance à se refermer spontanément. Toutes les six semaines environ, l’éleveur sera donc chargé de rouvrir un peu la peau. Dans les jours qui suivent l’opération, il devra bien sûr contrôler l’état général de l’animal, mais aussi nettoyer la plaie et dégager les caillots sanguins à l’aide d’un simple chiffon mouillé. Cela lui permettra de vivre et, certes, pas d’arriver à un âge normal d’abattage, mais au moins d’être amené jusqu’à un âge présentant un intérêt économique pour l’éleveur.

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