« On ne peut pas garantir que la viande importée du Mercosur soit sans hormones »
Pour Patrick Bénézit, président de la Fédération nationale bovine (FNB), l’accord UE-Mercosur soulève de sérieuses inquiétudes quant à la capacité de l’Union européenne à garantir l’absence de viande traitée aux hormones sur son marché. Si la réglementation interdit formellement l’importation des viandes issues d’animaux traités aux hormones de croissance, les failles dans les dispositifs de contrôle ont été observées par la Commission européenne.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
La signature de l’accord UE-Mercosur ouvre-t-elle la porte à l’importation de viande aux hormones ? La question a été posée à Baptiste Bucsinski, agroéconomiste à l’Institut de l’élevage. La réponse est complexe. « Traité de libre-échange ou non, la réglementation européenne ne permet pas l’importation de viande traitée aux hormones de croissance, de quelque pays que ce soit », tranche l’économiste. Mais encore faut-il être capable de faire respecter cette réglementation.
Au Brésil, l’œstradiol 17 ß est relativement accessible pour les agriculteurs. « Comme en Europe, l’hormone est interdite en tant qu’activateur de croissance, mais elle peut être utilisée sous prescription vétérinaire pour du groupage de chaleurs », décrypte Baptiste Bucsinski. Le fait qu’elle soit présente sur le marché facilite son usage, détourné ou non. « Une délégation interprofessionnelle s’est rendue sur place cet automne, et a constaté qu’il y avait une utilisation quasi-systématique de ces produits, parfois même sans ordonnance », lance Patrick Bénézit, le président de la Fédération nationale bovine à l’occasion d’une conférence de presse le 19 mars.
Des failles avérées dans les contrôles brésiliens
Dans un rapport de la DG Santé mandaté par la Commission européenne en date du 25 février, les auditeurs font état de cas d’animaux brésiliens traités à l’œstradiol 17 ß exportés vers l’Europe. Une visite de ferme a notamment permis d’identifier un lot de 179 femelles traitées à l’œstradiol 17β envoyées vers l’UE, malgré l’utilisation de l’hormone. « Démonstration est faite que les dispositifs de contrôle supposés garantir le respect de cette norme européenne ne fonctionnent pas », commente la FNB. « Fait aggravant sur ce dossier édifiant, les autorités brésiliennes ont délibérément masqué la situation en ne déclarant pas à la Commission la détection de cas avérés d’animaux entrés dans la chaîne d’export vers l’UE », poursuit le syndicat.
Si l’Union européenne demande au MAPA (Ministère de l’agriculture brésilien) de mettre en place des filières de viande sans hormone pour le marché français, force est de constater que des failles subsistent. D’autant qu’il est particulièrement difficile de détecter l’utilisation d’hormone lors des contrôles douaniers au port. « Les hormones de croissances ne sont pas détectables dans la viande », rappelle Patrick Bénézit.
La FNB organise des contrôles en GMS
« De notre point de vue, une bonne partie des volumes, pour ne pas dire la totalité est traitée de cette manière », lance l’élu. Un soupçon qui invite le syndicat à demander au gouvernement la suspension immédiate de toute importation de bœuf brésilien au sein du territoire national.
En parallèle, la FNB entreprendra des actions de contrôle des provenances de viandes la semaine prochaine, en grande surface comme en restauration. « Beaucoup de distributeurs se sont engagés à ne pas vendre de viande du Mercosur. Nous allons voir ce qu’il en est en rayon. Je ne pense pas que nous en trouverons, mais il y a certains produits sur lesquels nous avons des doutes… On trouve qu’il y a beaucoup de viande étiquetée des Pays-Bas par exemple », estime Patrick Bénézit. Le syndicat envisage également de contrôler la composition des steaks hachés, attaché au respect du cahier des charges 100 % muscle sur ce produit.
Une concurrence déloyale au-delà des hormones
La question de la viande issue des pays du Mercosur est plus globale. « Les hormones sont une chose, car elles sont explicitement interdites pour l’export vers l’UE, mais c’est un élément de distorsion de concurrence parmi d’autres », insiste l’économiste. Entre autres figure l’utilisation d’antibiotiques utilisés comme activateurs de croissance. Une pratique interdite en Europe pour des raisons de « gestion de l’antibiorésistance ».
Au-delà du différentiel de compétitivité, c’est l’éventuelle application de clauses miroir qui pose question. Demandées par les agriculteurs, elles visent à imposer aux produits importés les mêmes standards de production qu’au sein de l’UE. « Actuellement, rien n’est en place, et il n’est pas dit que ça le soit un jour. Et quand bien même elles seraient effectives, le flou qui règne autour de la filière de sans œstradiol sème le doute sur la capacité des États à mettre en place une telle traçabilité », estime Baptiste Buszinski.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :