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La race normande finalise la réforme de son Isu

La normande a gagné 529 kg de lait par vache entre 2018 et 2023 sans détériorer les taux.

Les 315 éleveurs qui ont répondu à l’enquête de l’Organisme de sélection en race normande et les 17 associations normandes consultées veulent donner plus de poids à la production laitière dans le futur Isu. Sa refonte sera définitivement validée au premier trimestre 2026.

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L’index de synthèse Isu que les Normands utilisent aujourd’hui a été élaboré il y a huit ans. En 2018, la race y introduit l’aptitude bouchère en complément de la musculature des vaches. La part de la reproduction et de la santé de la mamelle (STMA) y est légèrement réduite, celle des aplombs légèrement accrue. La production laitière est traduite par les matières protéique et grasse, avec un renforcement de cette dernière. Quant à l’évolution de la taille, l’objectif est de la contenir car il est désormais bien connu que la sélection d’animaux grands dégrade la fertilité, ces deux caractères étant corrélés négativement. C’est d’autant plus nécessaire que ce risque existe déjà par l’accroissement de la quantité de lait produite.

Depuis 2018, production en hausse et taux stables

En 2025, c’est l’heure des bilans en vue d’un nouvel Isu. Les Normands planchent sur le sujet depuis plus d’un an. L’objectif est de le valider au premier trimestre 2026 pour une mise en service en 2027. « Entre 2018 et 2023, la production par vache a augmenté de 529 kg de lait à 7 138 kg, indique Corentin Delaunay, directeur de l’Organisme de sélection en race normande. Cela ne s’est pas fait au détriment des taux, qui se maintiennent : 34,8 g/kg de TP contre 34,6 g en 2018 et 42,5 g/kg de TB contre 42,3 g. »

La morphologie est globalement stable selon les résultats de pointage rassemblés par l’Institut de l’élevage (Idele). L’effort sur la taille est atteint puisque la hauteur au sacrum n’a gagné que 1 cm en dix ans (+ 1 cm en 2021).

Des interrogations sur la reproduction

Côté reproduction, les résultats sont mitigés. L’âge au premier vêlage a diminué de 2 mois, mais reste élevé à 31,9 mois. L’intervalle entre la 1re insémination artificielle et l’IA fécondante de 29 jours est satisfaisant. « En revanche, au vu des progrès génétiques réalisés, on espérait des intervalles vêlage-vêlage et vêlage – 1re IA en recul de 7 à 8 jours », note Corentin Delaunay. Le premier se maintient entre 406 et 408 jours depuis 2020. La race normande conserve son avantage sur la holstein, mais de seulement 3 jours en moyenne en 2024. « L’intervalle vêlage-IA1 s’est allongé de 5 jours en dix ans, complète-t-il. Les éleveurs rencontrent-ils plus de difficulté à détecter les chaleurs à cause de l’augmentation de la production par vache ? Retardent-ils la mise à la reproduction pour assurer le pic de lactation ? Nous espérons des réponses de l’Institut de l’élevage sur ces questions, mais aussi sur les causes de réforme des vaches [aplombs, facilité de vêlages, reproduction, etc., NDLR] pour finaliser la révision de l’Isu actuel dans les deux à trois mois. »

Gagner encore en productivité laitière

Les grandes orientations de la race normande pour les prochaines années sont données. Il reste à bien peser le poids de chaque index de synthèse dans la formule de l’Isu et à l’intérieur des synthèses, la pondération des différents critères. Il faut en effet tenir compte des corrélations génétiques positives ou négatives qui peuvent exister entre les caractères (reproduction/production ou reproduction/taille, par exemple). l’Idele est en train de les expertiser. « La définition des grandes orientations est le fruit de la consultation de l’ensemble des éleveurs membres de l’OSN. C’est une première », insiste Corentin Delaunay. Près de 1 400 questionnaires ont été envoyés auxquels ont répondu 315 éleveurs. De plus, entre mai et juillet 2025, une réunion dans chacun des 17 départements adhérents a été organisée. « Il fallait qu’à la fin de la réunion, un Isu départemental soit proposé. Les techniciens ont également donné leur avis. » La crainte était qu’émergent des visions divergentes, avec schématiquement un accent sur l’aptitude bouchère d’un côté, et de l’autre sur la production laitière. « Ce n’est pas le cas. Éleveurs comme techniciens convergent vers une augmentation de l’index production laitière dans l’Isu et une stabilisation de l’aptitude bouchère. » Les éleveurs en race normande sont à l’image de leurs collègues du nord-ouest de la France et de la façade atlantique. Leur troupeau s’agrandit, se robotise. Ils souhaitent gagner en productivité animale pour remédier au manque de main-d’œuvre et à la saturation de leur bâtiment laitier. Dans le projet d’Isu sur la table, la production passe donc de 26 % (Isu actuel) à 34 % (voir l’infographie), avec un renforcement de la matière grasse qui serait à égalité avec la matière protéique (39 % actuellement). « Nous voulons répondre à la demande du marché et ne pas prendre de retard si le paiement de la MG est revalorisé », explique le directeur de l’OS.

Accélérer l’amélioration des aplombs

Les aplombs sont raffermis par deux biais. Leur pourcentage dans l’index morphologie monte à 40 %, contre 25 % aujourd’hui, et la « morpho » elle-même est rehaussée de 5 points dans le projet de formule (26 %, contre 21 %). « Nous estimons que la race ne progresse pas assez vite sur les aplombs. Leur synthèse modifiée il y a un an est conservée. Elle y intègre, entre autres, l’angle du pied, la qualité de son articulation, le parallélisme des jarrets. »

La santé du pied est également prise en compte mais dans l’index de synthèse des fonctionnels. Ce sera nouveau. Pour l’instant, elle fait partie de la liste des caractères qui ont enrichi, depuis 2018, les informations génétiques des animaux.

La traite robotisée prise en compte

« Les 50 éleveurs en traite robotisée enquêtés en 2024 se sont exprimés positivement sur la race normande mais ils disent avoir besoin de vaches qui se déplacent bien. Le risque sinon est une fréquentation plus faible de la stalle. » L’introduction de la longueur des trayons et de leur implantation arrière dans l’index mamelle illustre également la volonté de la race de mieux s’adapter à la traite robotisée. La vitesse de traite (VT) n’est pas non plus oubliée. Le projet maintient sa pondération dans la formule de l’Isu (4,5 %) mais dans un équilibre revisité. Les Normands estiment qu’ils ont « fait le job » sur les caractères fonctionnels. Leur synthèse recule de 10 % dans le futur Isu étudié mais sa composition évolue au profit de la traite (et de la santé du pied) grâce notamment à la santé de la mamelle qui libère un peu d’espace dans l’index fonctionnels. La réduction de la résistance aux cellules dans la STMA (50 %, contre 60 % aujourd’hui) améliore aussi indirectement la VT. En effet, les vaches génétiquement plus résistantes tendent à avoir des trayons qui réduisent mécaniquement le débit du lait. À noter que la longévité disparaît des fonctionnels. « Pour l’instant, précise Corentin Delaunay. L’impact de son abandon n’est pas encore bien mesuré. »

La musculature transformée

La suppression de la « musculature des vaches » est, elle, actée. Il ne figurera plus dans la « morpho » (15 % actuellement) en contrepartie de plus d’aplombs et d’un peu plus de format. La MU est en fait transformée. Le critère « vache de réforme » prend le relais dans la synthèse aptitude bouchère qui exprimera seul le potentiel viande de la normande. Jugé très fiable, il est publié depuis six mois et s’appuie sur les données d’abattage (poids et conformation de carcasses). « L’objectif exprimé par les éleveurs est de préserver le potentiel boucher de la race tout en augmentant ses qualités laitières », rappelle Corentin Delaunay. Rendez-vous au printemps pour connaître le nouvel Isu validé.

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