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[Interview] Isabelle Picard« La vente directe permet d'expliquer au consommateur comment nous produisons »

Isabelle Picard conseille les consommateurs dans le second magasin "à la ferme" de Chaumontel. (©Terre-net Média)
Isabelle Picard conseille les consommateurs dans le second magasin "à la ferme" de Chaumontel. (©Terre-net Média)

Isabelle Picard, son mari Christophe Delie et leur fils Jimmy, éleveurs de Salers en Ile-de-France, s’orientent de plus en plus vers la vente directe. Ils ont déjà ouvert deux boutiques « À la ferme ». Isabelle participe à la commercialisation des produits de l’exploitation, elle explique les raisons de ce choix et la mise en place du projet.

Web-agri (WA) : Pourquoi se lancer dans l’aventure de la vente en directe ?

Isabelle Picard (IP) : Nous vendions nos bêtes à un marchand qui les envoyait en Espagne pour faire de l’engraissement, puis elles revenaient en France. Ce n’était pas logique ! De plus, cela permet d’avoir un revenu plus régulier et de moins subir les aléas des marchés.

WA : Les mairies vous ont-elles aidés ?

IP : La mairie de Chaumontel voulait ouvrir une boutique pour redynamiser le centre-ville et elle souhaitait que ce soit un magasin de producteurs. Après réflexion, nous avons proposé de nous occuper de l’ensemble du projet, car nous avions déjà tous les fournisseurs. C’était plus simple pour la municipalité et nous étions sûrs de la traçabilité des produits. M. le Maire a accepté. Il a fait rénover des locaux, installer une chambre froide toute neuve et nous a mis le tout à disposition contre un modeste loyer.

WA : En plus de vos produits, on retrouve des légumes, des conserves, des plats cuisinés, des yaourts. Combien d’agriculteurs sont devenus vos fournisseurs ?

IP : Une petite vingtaine, principalement des producteurs des départements voisins mais aussi un traiteur qui fait tout lui-même. Ce sont eux qui fixent leur prix de vente. À Asnières-sur-Oise, dans notre premier magasin de vente directe, nous faisons également dépôt de pain, mais pas à Chaumontel pour ne pas concurrencer la boulangerie.

WA : Recommanderiez-vous à d’autres producteurs de tenter l’aventure ?

IP : Oui, car cela nous change de notre quotidien. De plus, nous avons le plaisir d’expliquer aux consommateurs ce que nous produisons et comment nous le produisons.

WA : Qu’est ce qui est le plus difficile ?

IP : Passer du métier d’assistante maternelle à celui de vendeuse. Gérer les stocks et adapter l’offre à la demande de nos clients nous prend beaucoup de temps. Nous avons par exemple détecté un marché de niche : la commercialisation d’œufs bio pour les culturistes. L’un d’entre eux m’achète jusqu’à 60 œufs par semaine !

WA : Aujourd’hui vous vous considérez plutôt comme agricultrice ou comme épicière ?

IP : Je suis une épicière, mais je reste une femme d’agriculteur et j’en suis fière.

WA : N’avez-vous pas peur que la vente directe ne soit qu’une mode et ne s’essouffle ?

IP : Non. Nous commercialisons des aliments courants mais de qualité. Dans une épicerie fine, vous trouvez de bons produits mais ils sont souvent rares et très raffinés. Dans un supermarché, vous n’avez que des marchandises de base. Nous sommes entre les deux et nos clients sont fidèles.

Notre autre force : nous nous adaptons rapidement à la demande, même si ce n’est pas toujours simple. Je ne me fais pas de souci, la vente directe a de beaux jours devant elle : le consommateur préfère un choix plus limité mais des denrées de saison, plus saines.

WA : Avez-vous d’autres projets ?

IP : Oui, nous envisageons de fournir des produits fermiers à un parc d’attraction. D’autres mairies nous ont également contactés car elles aimeraient mettre en place ce type d’initiative dans leur commune.

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