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GéopolitiqueEn Ukraine, avancée fragile sur l'export de céréales

Depuis le début de la guerre, les exports sont bloqués depuis les ports ukrainiens de la Mer noire (ci-dessus celui d'Odessa). (©Pixabay)
Depuis le début de la guerre, les exports sont bloqués depuis les ports ukrainiens de la Mer noire (ci-dessus celui d'Odessa). (©Pixabay)

L'avancée diplomatique pour relancer les exportations de céréales ukrainiennes restait incertaine mercredi au lendemain d'une médiation turque, alors que l'armée russe continue de bombarder l'est et le sud de l'Ukraine.

Mardi, des frappes de missiles ont touché plusieurs villes de l'est, faisant un mort à Kramatorsk, grande ville du Donbass que la Russie cherche à conquérir. Au sud, dans la région d'Odessa, le grand port ukrainien de la mer Noire, il y a eu au moins six blessés dont un enfant, selon la présidence ukrainienne.

A Téhéran, où il avait été convié pour des pourparlers avec ses homologues iranien Ebrahim Raïssi et turc Recep Tayyip Erdogan sur la Syrie et l'Ukraine, Vladimir Poutine a affirmé mardi soir qu'il y avait un progrès sur la question de l'exportation par mer des millions de tonnes de céréales ukrainiennes, qui manquent à l'équilibre alimentaire mondial.

« Grâce à votre médiation, nous sommes allés de l'avant », a-t-il dit à M. Erdogan, dont le pays, membre de l'Otan et puissance régionale en mer Noire, entretient un équilibre délicat entre Moscou et Kiev. « Toutes les questions ne sont pas encore réglées, c'est vrai, mais il y a du mouvement et c'est une bonne chose », a ajouté le maître du Kremlin.

Dans la soirée, M. Poutine a toutefois jeté un doute sur ces avancées, en liant l'exportation de la production agricole ukrainienne à une levée des restrictions occidentales sur les céréales russes. « Nous faciliterons l'exportation des céréales ukrainiennes, mais en partant du fait que toutes les restrictions liées aux livraisons aériennes à l'export des céréales russes soient levées », a affirmé le président russe, à l'issue des pourparlers.

Au lendemain de ce sommet à Téhéran, la Syrie, alliée de la Russie, a rompu ses relations diplomatiques avec l'Ukraine. Le régime de Damas avait reconnu fin juin l'indépendance des régions séparatistes ukrainiennes prorusses de Donetsk et de Lougansk et Kiev avait déjà réagi en coupant les ponts.

Débloquer « certains fonds »

La Russie a soufflé le chaud et le froid ces dernières semaines sur ces exportations cruciales notamment pour le continent africain, affirmant ne pas s'y opposer tout en accusant les sanctions occidentales et en posant des conditions que l'Ukraine refuse en l'état, comme le déminage de ses rades et couloirs maritimes.

Pour Washington, la rencontre de Téhéran prouve l'isolement croissant de la Russie. « Cela montre à quel point M. Poutine et la Russie sont de plus en plus isolés. Ils doivent maintenant se tourner vers l'Iran pour obtenir de l'aide », a déclaré John Kirby, qui coordonne la communication de la Maison Blanche sur les questions stratégiques.

M. Kirby a également accusé la Russie de « travailler à l'annexion des territoires ukrainiens » passés sous son contrôle ces derniers mois en utilisant le même « mode d'emploi » que pour la Crimée en 2014. L'ambassade russe aux Etats-Unis a réagi à ces propos en affirmant sur Telegram : « C'est un pur mensonge d'affirmer que l'opération militaire russe vise à conquérir. Nous ramenons la paix dans des territoires libérés ».

Dernier épisode de cet immense bras de fer : la Commission européenne a proposé aux Etats membres de débloquer « certains fonds » de banques russes gelés par les sanctions de l'UE pour aider la reprise du commerce des produits agricoles et alimentaires, y compris le blé et les engrais, selon un document consulté mardi par l'AFP.

L'UE « veut qu'il soit parfaitement clair que rien dans les sanctions ne freine le transport de céréales hors de Russie ou d'Ukraine », a déclaré à l'AFP un diplomate européen sous couvert d'anonymat.

A propos du gaz, autre sujet de tension entre Moscou et les Européens, Vladimir Poutine a assuré que le géant russe Gazprom « remplirait pleinement ses obligations » au moment où baissent les livraisons vers l'Europe. « Gazprom est prêt à pomper autant que nécessaire », a-t-il déclaré, indiquant que les Occidentaux étaient en difficulté car ils avaient pris des sanctions contre Moscou et « fermé » des canaux de livraison d'hydrocarbures.

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