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Se reconvertir hors de l'agriculture 2/2Comment et pour faire quoi ?

Les agriculteurs peuvent se reconvertir dans de nombreuses professions. (©Terre-net Média)
Les agriculteurs peuvent se reconvertir dans de nombreuses professions. (©Terre-net Média)

Face à des difficultés économiques, mais aussi des soucis de santé, de mésentente au sein du collectif de travail, etc., certains agriculteurs envisagent d'arrêter l'agriculture pour exercer un autre métier. Pour s'y préparer, ils peuvent se faire accompagner, financièrement et humainement.

L'ARP (aide à la reconversion professionnelle), c'est quoi ?

  • Le montant : 3 100 € en une seule fois à la date de cessation d'activité (+ 1 550 € si vous êtes contraint de déménager, de façon permanente et définitive, dans les 2 ans suivant l'octroi de l'ARP). 
  • Les bénéficiaires : les chef(fe)s d'exploitation, conjoint(e)s et aides familiaux ayant travaillé pendant au moins 5 ans, avec un maximum de 2 ARP/exploitation. 
  • Les conditions :

- avoir été reconnu inapte au redressement par la CDOA ou être en redressement judiciaire par décision du tribunal de grande instance ;

- arrêter l'agriculture dans les 2 ans et s'engager à ne pas redevenir chef(fe) d'exploitation ;

- se faire radier de la MSA et s'inscrire à Pôle Emploi. Vous bénéficiez alors du statut de demandeur d'emploi et d'un Projet personnalisé d’accès à l’emploi (PPAE), avec sans doute des formations conseillées.

  • La procédure :

- retrait des dossiers de demande d'ARP à la DDT (Direction départementale des territoires), avant la cessation d'activité et au plus tard 3 mois après la radiation de la MSA ;

- examen par la CDOA qui transmet son avis au Préfet ;

- décision du Préfet.

Se former à un autre métier

Comme tout demandeur d'emploi, vous pouvez bénéficier d'un :

  • CEP (conseil en évaluation professionnelle), qui vous oriente vers les interlocuteurs et outils adaptés ;
  • bilan de compétences pour faire le point sur vos connaissances, savoir-faire et savoir-être.
  • VAE (validation des acquis de l'expérience) pour faire reconnaître et certifier vos compétences, si vous n'avez pas de diplôme et un an au moins d'expérience professionnelle.

À savoir : pour ces trois dispositifs, un financement par Vivea peut être sollicité. Les aides à la formation et à la reconversion professionnelle sont cumulables et ne peuvent pas être saisies. 

Beaucoup d'entre vous en doute, ces outils peuvent vous aider à en prendre conscience : vous savez faire plein d'autres choses en plus de cultiver des plantes ou élever des animaux ! Compta, gestion, management peut-être si vous avez des salariés, transformation de vos productions, commercialisation, communication... en tant qu'agriculteurs, vous connaissez un voire généralement plusieurs de ces domaines. Passion, courage, engagement, autonomie, prise de décisions/responsabilités, polyvalence, entraide... Vous avez également de nombreuses valeurs ou qualités. Tout cela, vous pourrez le valoriser dans d'autres professions, ce sera forcément apprécié des recruteurs/employeurs !

Et s'il vous fallait développer des aptitudes spécifiques, vous pouvez toujours suivre une ou plusieurs formations, diplômantes ou non de plusieurs jours, semaines, mois jusqu'à un an. À noter : si certains anciens agriculteurs conservent un métier en extérieur et physique, d'autres opèrent un virage à 180°. 

À savoir, les stagiaires sont :

  • rémunérés (75 % du Smic si la formation est agréée par l'État ou la Région) ;
  • disposent d'une protection sociale au titre de stagiaire de la formation professionnelle continue ;
  • et éventuellement d'une prise en charge des frais de formation (hors hébergement et nourriture).
  • une aide de l'État − 2 500 € maximum − peut être accordée, s'il n'y a pas d'autres soutiens financiers. 

Se faire accompagner

Outre l'appui financier évoqué ci-dessus, vous avez tout intérêt à vous faire accompagner dans vos réflexions et démarches par des organismes compétents. Pour aborder le sujet et sensibiliser les exploitants, les conseillers entreprise des chambres d'agriculture, qui travaillent avec eux au quotidien, sont bien placés. « Ils décèlent quand certains se posent la question de continuer ou non,  explique Christian Barbier, chef du service économie des entreprises à la chambre d'agriculture de Bretagne. Ils cherchent alors à savoir pourquoi. Souvent, des écarts se sont créés entre les projets professionnel et de vie, la charge de travail principalement devenant de plus en plus lourde. »

Projets professionnels et de vie : des écarts se sont créés.

> Des journées d'échanges/formation, collectives ou individuelles

Pour ces agriculteurs en difficultés, en plus du dispositif Area (anciennement Agridiff) qui existe depuis de nombreuses années, les chambres d'agriculture proposent des journées d'échanges ou de formation, individuelles et/ou collectives, spécifiques sur la reconversion professionnelle (telle celle mentionnée plus haut "Continuer son métier ou se reconvertir" organisée par la chambre d'agriculture et la MSA de Bretagne, NDLR).

Sont abordés :

  • les questions de chacun concernant l'arrêt du métier d'agriculteur et le nouveau projet professionnel,
  • les aspects juridiques, judiciaires, fiscaux et sociaux de la cessation d'activité,
  • les appuis financiers, juridiques et humains auxquels on peut recourir,
  • les formations, les démarches à mener et les structures à contacter, concernant notamment le devenir de la ferme (trouver un repreneur, en réorientant ou non de l'exploitation), la recherche d'emploi, etc.

Des conseils personnalisés sont apportés en plus des informations destinées à tous, et les discussions sont favorisées au sein des groupes. Sont en général présents, outre les experts juridiques, financiers, etc., des intervenants extérieurs tels que Pôle Emploi, des agences d'intérim, des psychologues, des coachs en développement personnel... Parfois, des techniques de relaxation et autres outils pour se sentir mieux dans ses bottes sont également présentés.

> La plateforme d'écoute et de conseil Tournesol

La Région Bourgogne-Franche-Comté, elle, a lancé il y a trois ans la plateforme d'écoute, de conseil et d'accompagnement Tournesol, dédiée aux exploitants agricoles.

  • C'est un service gratuit unique en France pour les exploitants agricoles se posant des questions sur leur avenir professionnel.
  • Il est géré avec la Draaf et la chambre régionale d'agriculture. Sa mise en œuvre est assurée par Ocapiat. Il est issu d'un an et demi de travail avec les organisations agricoles.
  • La porte d'entrée : un numéro unique, 09 71 04 73 79.
  • Au bout du fil : un(e) conseiller(ère) Ocapiat spécialisé(e) dans la formation et l'accompagnement des agriculteurs.
  • Avec prise d'un rendez-vous physique dans les 48 h, si nécessaire, dans l'un des lieux d'accueil mis à disposition sur le territoire régional.
  • Objectifs : « informer sur les droits, valoriser les compétences et expériences, construire le nouveau projet professionnel en mettant en place un parcours de formation et les prestations adaptés en étudiant la faisabilité financière », explique la Région sur son site internet.
  • Particularités : la démarche est « indépendante et neutre ». Elle est axée sur l'humain et l'écoute, et entend « libérer la parole sans jugement » car il est parfois compliqué de confier ses problèmes à des conseillers agricoles que l'on connaît bien.

Selon ses créateurs, il ne s'agit pas d'encourager les producteurs agricoles à quitter le métier mais d'aider ceux qui sont en souffrance, dans des situations souvent complexes mêlant l'économie et la famille. Ou ceux qui doutent simplement. Ils souhaitent doter d'un outil de reconversion professionnelle, même régional, une filière qui n'en a pas de structuré à l'échelle nationale. 

  • Résultats : en 3 ans, 53 dossiers ont été suivis. 31 ont abouti à une reconversion professionnelle (métallurgie, transports, plomberie, grande distribution, banques, services à la personne). 6 bilans de compétences ont été effectués et 5 formations ont été engagées. 2 agriculteurs ont poursuivi leur activité.

> D'autres dispositifs comme Solidarité paysan, Agri'écoute, Avenir en soi

Citons aussi l'organisme Même Pas Cap ! qui réalise des bilans de compétences en ligne, que l'on peut donc faire quand on veut, des entretiens préliminaires gratuits, plus un accompagnement de 10 semaines avec un coach pour construire son nouveau projet professionnel. Ou encore l'association Solidarité paysan, créée par des agriculteurs pour « lutter contre l'exclusion en milieu rural ». Rappelons également l'existence, pour les agriculteurs en difficulté, de la plateforme téléphonique Agri'écoute de la MSA et du guide en ligne Pass'Agri, via lesquels elle informe sur la reconversion professionnelle notamment.

Autre démarche possible au sein de la mutualité sociale : Avenir en soi pour « faire le point sur vos réussites, connaissances, compétences, passions et tout ce que vous avez acquis lors de vos expériences », écrit-elle sur son site web. 6 à 8 séances d'une journée, espacées d'une ou deux semaines, à 12 personnes maximum, vous permettront « d'identifier ce qui va pouvoir vous servir à faire face à la période de changement dans laquelle vous vous trouvez et à la réussir ».

Journaliste installation/transmission des exploitations

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