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Épandage de lisier sans tonnePlus respectueux des sols, l’épandage centralisé séduit les éleveurs

Un double enrouleur déployant 1 100 mètres de tuyaux souples, un tracteur Fendt 822 aux pneus basse pression et une rampe pendillard de 24 mètres complètent le dispositif d'épandage depuis la fosse ou un camion. (©Nicolas Robillard)
Un double enrouleur déployant 1 100 mètres de tuyaux souples, un tracteur Fendt 822 aux pneus basse pression et une rampe pendillard de 24 mètres complètent le dispositif d'épandage depuis la fosse ou un camion. (©Nicolas Robillard)

Finis les apports de lisier avec des machines de plusieurs dizaines de tonnes qui défoncent les sols en plein hiver. Avec l’épandage directement depuis la fosse, ou un camion garé en bord de route, la plage de réalisation des chantiers s’allonge franchement, même sur les terres fragiles.

Le problème de portance des sols se révèle un casse-tête sans nom quand vient l’heure de procéder aux épandages sur des terres parfois gorgées d’eau. Le calendrier qui s’affole, les plantes qui poussent sans vergogne, le train des nuages qui refuse de s’arrêter pour permettre d’épandre dans de bonnes conditions. En Bretagne, certains éleveurs ont fait le choix de l’épandage sans tonne pour contourner cette difficulté.

Parmi eux, Gérard Colas, installé près de Lamballe dans les Côtes-d’Armor, naisseur engraisseur : « Ça évite d’amener des engins de 40 tonnes dans les parcelles. C’est toujours délicat chez nous de les faire passer assez tôt en saison, même si les terrains sont drainés et si nous avons abandonné le labour pour améliorer la portance des sols. » Autour de sa fosse, il compte 60 ha directement épandables, plus une dizaine chez un voisin. « Le matériel de l'ETA est vraiment puissant. Il peut faire la totalité de mes parcelles en une journée et demi. » Gérard Colas reste à proximité de la fosse durant le chantier de façon à ouvrir les vannes pour nourrir le système, la pompe étant installée dans une préfosse de 120 m3. « Je ne laisse pas le lisier se déverser en continu par mesure de sécurité. Un accident serait très compliqué à gérer. »

Des terres groupées

À quelques kilomètres de là, Yvan Gauthier a intégré physiquement l’épandage sans tonne à son exploitation. Il a ainsi posé des tuyaux de façon permanente pour déployer la technique sur un maximum de parcelles. « J’ai la chance d’avoir une cinquantaine d’hectares groupés autour de l’élevage, ce qui a simplifié la tâche. » Au total, il a déroulé près de 800 mètres de canalisations au départ de la fosse. « La suite est simple. L’entreprise vient, installe sa pompe et l'ensemble du système sur le réseau. Il ne reste plus qu’à dérouler un tuyau souple sur la parcelle et à connecter l’ensemble. » Yvan Gauthier loue l’adresse du chauffeur, « un élément essentiel dans la réussite d’un épandage sans tonne. Il sait observer la parcelle, comment s’engager dedans et travailler pour ne pas perdre de temps. »

Épandage sans tonne.
Le système est alimenté directement depuis la fosse ou à partir d’un camion si la fosse est trop loin des parcelles. (©Nicolas Robillard)
Pourquoi avoir opté pour ce système ? « Ça me faisait toujours lever les bras au ciel de voir les tonnes dans les parcelles ! J’ai tout de suite vu l’intérêt d’un tel système pour les préserver. Je suis d'autant plus convaincu que la qualité d’épandage est là. » Il ajoute : « mais aussi parce que les routes alentours restent propres au moment des travaux. Et maintenant que mon installation est amortie, ça me coûte moins cher que l’épandage avec une tonne, parce que tout est plus rapide. »

Un épandage de qualité et des sols moins marqués

François Boétard, naisseur-engraisseur de la ferme des Aubiers, à côté de Dinan, dresse un constat assez similaire. Autour de l’élevage de 400 truies, l’exploitation couvre 300 ha dont 30 situés autour de la fosse à lisiers. Il a eu recours à l’épandage sans tonne pour la première fois cette année. « Auparavant, l’entrepreneur ne disposait pas d’une rampe de 24 mètres comme celle que nous utilisons pour les traitements, et je ne voulais pas multiplier les passages dans les parcelles. Mais aujourd’hui, son matériel est compatible avec nos pratiques. Nous avons eu recours à cette technique pour les parcelles les moins portantes et la première campagne nous a convaincus. C’est très bien épandu et le sol n’est pas marqué comme il l’aurait été avec le passage d’un tracteur et d’une tonne attelée. » Il réfléchit maintenant à des passages de tuyaux et un busage sous les routes alentours pour pouvoir développer le système sur une surface plus importante.

Un coût identique

Nicolas Robillard, l’entrepreneur qui réalise les travaux chez ces trois agriculteurs a conçu son propre matériel. « Il y a une dizaine d’années que j’ai développé ce type de système alimenté directement depuis la fosse ou à partir d’un camion si la fosse est trop loin des parcelles. C’était principalement pour répondre à la préoccupation de certains de nos clients soucieux de ménager leurs sols. L’année dernière, nous avions regardé pour acheter un matériel spécifique au Danemark, mais la facture dépassait les 100 000 euros. Nous avons donc apporté nous mêmes les améliorations à partir d’éléments séparés. D’un côté il y a un châssis de camion remorque, puis un groupe moto-pompe trouvé en Italie, un groupe pneumatique qui permet de faire la chasse d’air, un système de cuves avec une petite cuve de 5 000 litres, une pompe de gavage pour gérer les fluctuations… » Un double enrouleur déployant 1 100 mètres de tuyaux souples, un tracteur Fendt 822 aux pneus basse pression et une rampe pendillard de 24 mètres viennent compléter le dispositif qui offre ainsi selon les configurations de 100 à 180 m3/heure de débit « selon le dénivelé et la longueur de tuyaux déployée ». Du côté des prix, Nicolas Robillard annonce 1,9 à 2 euros le m3. François Boétard estime qu’économiquement, « ça revient peu ou prou au même tarif, mais il n’y a pas de rupture dans le chantier ». « Au lieu d’investir dans une tonne, ce système m’a permis de le faire dans du stockage », ajoute Gérard Colas, satisfait lui aussi.

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