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Produire et récolter 2 cultures en 1 anLe Ceta de Romilly-sur-Seine (10) teste le relay-cropping

Le Ceta de Romilly-sur-Seine a mis en place des premiers essais en bandes (5 ha) pour la campagne 2019-2020, chez Martin Neeser, agriculteur à Droupt-Saint-Basle (Aube) et vice-président du Ceta. (©Ceta de Romilliy-sur-Seine)
Le Ceta de Romilly-sur-Seine a mis en place des premiers essais en bandes (5 ha) pour la campagne 2019-2020, chez Martin Neeser, agriculteur à Droupt-Saint-Basle (Aube) et vice-président du Ceta. (©Ceta de Romilliy-sur-Seine)

Le relay-cropping, ou culture en relais, consiste, tout comme la double culture, à produire et récolter deux cultures en un an sur une même parcelle. Mais à la différence de cette dernière, elle propose non pas d’enchaîner la moisson de la céréale par le semis d’une seconde culture mais de semer cette culture au début de l’épiaison de la céréale. Depuis la campagne dernière, le Ceta de Romilly-sur-Seine (Aube) étudie les atouts potentiels de cette pratique, notamment pour la méthanisation.

Comme le rappelle Infométha, « les cultures principales ne peuvent pas représenter plus de 15 % du volume entrant dans un méthaniseur, selon la réglementation française. En revanche, des cultures intermédiaires peuvent être employées sans limite de quantité ». C'est dans cet objectif que le Ceta de Romilly-sur-Seine s'est intéressé aux Cive (cultures intermédiaires à vocation énergétique) d'été. 

Les équipes ont toutefois rencontré de fortes contraintes avec les sécheresses récurrentes. « Un semis de Cive début juillet fonctionne environ une année sur quatre ici, quand la pluie est avec nous », témoigne Sébastien Vatin, conseiller agricole au Ceta de Romilly-sur-Seine. « Il a alors fallu chercher à anticiper la date de semis de cette Cive d'été, et le seul moyen était de faire cohabiter cette dernière un moment avec la culture précédente grâce au relay-cropping (ou culture en relais) », estime-t-il.

Une pratique qui demande anticipation et organisation

Les essais en bandes (5 ha) ont donc démarré, la campagne dernière, à la SCEA Ferme du Rhuez chez Martin Neeser, agriculteur à Droupt-Saint-Basle (Aube) et vice-président du Ceta. Comme le précise Arvalis-Institut du végétal, « le système de relay-cropping doit être réfléchi dès le semis de la céréale en anticipant bien toutes les interventions futures. L’architecture de semis de la céréale doit notamment tenir compte du matériel utilisé pour le semis de la culture d’été [...] et de la moissonneuse-batteuse, qui récoltera la céréale... ».

Ainsi l'orge d'hiver a été implantée, le 23 octobre 2019 (à 175 gr/m²) avec un semoir à céréales à écartement de 15 cm et avec 2 rangs bouchés sur 4. « Si on avait fermé seulement 1 rang sur 3, cela n'aurait pas laissé passer suffisamment la lumière », explique l'agriculteur. « Le choix d'une orge d'hiver, par rapport à un blé, permet de libérer la parcelle plus tôt, environ 15-20 jours : la plante relais a ainsi rapidement accès à plus de lumière. La bonne hauteur de tige facilite aussi la récolte de la céréale, comparé à une orge de printemps. »

Viennent ensuite les semis des Cive d'été, réalisés le 14 mai 2020. « 3 cultures ont été testées : tournesol (85 000 gr/ha), sorgho (230 000 gr/ha) et maïs (110 000 gr/ha). Compte-tenu de la date de semis, le choix s'est porté plutôt sur des variétés précoces. » Le semoir utilisé est un prototype mis au point par Horsch : « c'est un semoir porté avec des éléments Avatar modulables et mobiles sur la poutre, et on peut régler la distribution électrique », précise Sébastien Vatin.

« Nous avons rencontré quelques aléas lors de ces semis... Les sols resserrés avec les fortes pluies hivernales et la sécheresse ont rendu la pénétration des disques assez difficile. Il aurait fallu réaliser une fissuration avec des dents pour restructurer le sol avant le semis des cultures d'été », note l'expert. Ces informations ont donc été remontées à Étienne de Saint-Laumer, product marketing chez Horsch, qui travaille actuellement sur le sujet. 

Orge et maïs en relay-cropping, au 23 juin 2020.
Orge et maïs en relay-cropping, au 23 juin 2020. (©Ceta de Romilliy-sur-Seine)

Quels résultats ? 

La récolte de la céréale d'hiver nécessite également quelques points d'attention. Le dispositif doit, en effet, « éviter au maximum d'endommager la culture relais ». Plusieurs solutions sont possibles pour cela, comme le détaille Arvalis dans le tableau ci-dessous : 

Avantages et inconvénients de différents modes de gestion de la barre de coupe
Avantages et inconvénients des différents modes de gestion de la barre de coupe. (©Arvalis-Institut du végétal)

« Martin Neeser a fait le choix d'investir dans des patins Flexxifinger pour sa barre de coupe et ainsi ne pas scalper les cultures de tournesol, maïs et sorgho en place. Pour la campagne 2020, le rendement d'orge d'hiver obtenu dans cet essai (récolte le 24 juin 2020) est inférieur de 20 % environ aux bandes témoins en plein », précise le conseiller du Ceta.

« Les Cive, qui ont bénéficié de l'irrigation, ont été ensilées le 29 octobre 2020 : 9 t de MS/ha en sorgho et 6,5 t de MS/ha en maïs. » L'unique date d'ensilage de cet essai, choisie pour des raisons de simplification et de coûts (prestation ETA), était, par contre, trop tardive pour le tournesol. Selon le Ceta, ces premiers résultats sont satisfaisants et ont encouragé de nouveaux essais cette campagne, sur 38 ha et chez 2 adhérents du Ceta. « Nous allons tester les mêmes Cive d'été, avec de l'orge d'hiver, mais aussi de l'orge de printemps semée à l'automne. »

Ensilage du sorgho
Les Cive ont été ensilées le 29 octobre 2020 : 9 t de MS/ha en sorgho (photo ci-dessus) et 6,5 t de MS/ha en maïs. (©Ceta de Romilliy-sur-Seine)
Parmi les principales pistes d'étude pour 2020-2021 : « augmenter la densité de semis de la céréale d'hiver pour réduire la baisse de rendement, tester le semis des parcelles avec une orientation Est-Ouest afin de limiter les effets d'ombrage, essayer le nouveau prototype de semoir Horsch, etc. » On se donne alors rendez-vous dans un prochain article sur Terre-net pour suivre les recherches du Ceta de Romilly-sur-Seine et en découvrir davantage sur cette pratique ! 

Journaliste cultures

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