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Témoignages d'agrisDéprimer les céréales par les animaux, une technique ancienne à se réapproprier

Si en ovin, on peut prendre tous types d'animaux pour le déprimage des céréales, Bruno Vaillant fait attention, en bovin, à prendre des animaux légers comme les génisses. (©Samuel Foubert)<br />
Si en ovin, on peut prendre tous types d'animaux pour le déprimage des céréales, Bruno Vaillant fait attention, en bovin, à prendre des animaux légers comme les génisses. (©Samuel Foubert)

Le déprimage des céréales consiste à « faire pâturer les parcelles au stade tallage par des animaux », rappelle le réseau Dephy. Selon les essais réalisés, cette pratique ancienne permet d'améliorer le tallage des céréales et leur densité. Ressource fourragère pour le troupeau, c'est aussi un plus côté fertilisation. Retrouvez des témoignages d'agriculteurs à ce sujet, avec des génisses et des brebis.

« Le déprimage des céréales s'effectue communément par des ovins sur des céréales en pur », explique le réseau Dephy dans une de ses fiches "pratiques remarquables". « C’est une pratique ancienne en Limousin, mais qui s’est perdue, donc on se la ré-approprie en faisant des essais », note Laure Crova, ingénieur réseau Dephy, de la Fédération des Civam en Limousin. 

Parmi les atouts et les contraintes identifiés par le réseau Dephy  : 

AtoutsContraintes
• Améliore le tallage des céréales et la densité de la culture.
• Permet de rappuyer le sol en fin d’hiver.
• Permet de réduire la pression des bioagresseurs : en supprimant les feuilles malades des céréales, en prélevant les adventices...
• Apporte de la fertilisation (via le pâturage).
• Ressource fourragère pour le troupeau.
• Remplace un ou plusieurs passages d’outils potentiels.
• Nécessité d’avoir un sol portant et d’être réactif.
• Retarde la récolte de la céréale d’environ une semaine.
• Les brebis trient plus les espèces à pâturer que les bovins, ce qui peut faire une pression différente sur les plantes de la parcelle.
• Ressource fourragère limitée pour le troupeau.

Faire pâturer les céréales par les bovins ? 

Polyculteur-éleveur bovin en Haute-Vienne, Bruno Vaillant a découvert cette technique lors d'une journée sur le déprimage des céréales en 2019. Quelques jours plus tard, il décide de « faire un premier essai avec des génisses sur du méteil enrubannage, explique Laure Crova. Résultats : une bonne récolte et pas d’oïdium sur les pois, comparé à la parcelle d’à côté qui n’avait pas été déprimée ! Convaincu, il a refait un essai l’année suivante, cette fois sur toutes ses céréales cultivées. Désormais, il compte pérenniser cette technique sur l’exploitation ».

« Je fais déprimer pour faire taller, enlever la battance au printemps, enlever les adventices et les feuilles jaunes malades car les vaches les mangent, témoigne l'agriculteur. Ça me permet aussi de réguler la densité de la culture dans les bouts de parcelle qui ont été sursemés. Grâce à ça, mon lot de génisses est nourrit pendant 15 jours. Et ça remplace le roulage au printemps, avec une méthode simple et sans fioul. »

« Privilégier le début de tallage »

Si en ovin, on peut prendre tous types d'animaux, Bruno Vaillant fait attention, en bovin, à « prendre des animaux légers comme les génisses. Le chargement instantané doit être faible : jusqu’à maximum 10 UGB/ha ». En 2019, il a fait « pâturer 7 génisses Limousines de 18 mois dans un champ de 0,5 ha, avec une prairie de stationnement à côté pour la nuit ». C'est un « moyen  de sécuriser la "prise de risque" », complète Laure Crova. 

Question date de déprimage, tout va dépendre de « la maturité de la céréale. Le stade à privilégier est le début de tallage, quand l’épi n’est pas trop haut (épi 1 cm) », indique l'agriculteur, qui avait fait déprimer toutes ses céréales/méteils dans les 15 derniers jours de février en 2020. Gaspard, un autre producteur du réseau, note : « j’avais fait pâturer mes brebis sur un blé où il y avait pas mal de ray-grass qui ressortait. Le problème, c’est que les brebis ont préféré manger mon blé plutôt que le ray-grass, celui-ci a ensuite pris le dessus. [...] Si on a des problèmes de ray-grass sur une parcelle, il faudrait la faire déprimer tôt, sinon ça peut le favoriser car il a une croissance rapide ».

« Il faut être opportuniste, si la portance du sol le permet il faut y aller. L’appui du groupe reste important pour échanger avec d’autres sur la faisabilité, selon le contexte de chacun, ajoute Bruno Vaillant. En tout cas, c’est une technique simple dans la mise en pratique, à la portée de nombreux agriculteurs en polyculture-élevage ». 

Un échange gagnant/gagnant 

Du côté de Rougemontiers dans l'Eure, c'est la première année d'essai de pâturage des céréales par des brebis pour Dominique Fessard et Samuel Foubert. Polyculteur-éleveur laitier (90 VL normandes et prim'holstein), Dominique Fessard travaille, depuis plusieurs années, à réduire le recours aux intrants sur son exploitation, pour aller à terme vers un système en agriculture biologique. Voulant tester le déprimage des céréales par les animaux, il a mis une parcelle d'un ha de blé tendre, à disposition de son voisin Samuel Foubert, qui conduit un troupeau de 20 brebis de race Roussin de la Hague en plein-air intégral

Le déprimage des céréales est une première aussi pour l'éleveur qui n'a pas de terres et qui emmène habituellement ses brebis dans les couverts, les repousses de colza, les chaumes de blé ou de maïs ensilage... jusqu'à 25 km de chez lui. C'est une ressource supplémentaire de nourriture pour son troupeau et du côté de Dominique Fessard, il espère, avec cet essai, « améliorer le tallage de son blé et éviter le passage d'un raccourcisseur ». « Nous avons démarré le pâturage au stade 3 talles du blé (semis de début novembre, densité de semis : 150 kg/ha, mélange de 5 variétés) et fait plusieurs essais : un paddock de 1 000 m² le premier jour, puis 1 500 m² le deuxième jour, etc. Des bandes témoins ont également été mises en place pour pouvoir faire des comparaisons. Tout ceci a été suivi avec le réseau Civam », explique Samuel Foubert. 

Pâturage ovins
Convaincus par ce premier essai, Dominique Fessard et Samuel Foubert réalisent un nouveau test depuis le 24 février 2021 dans une parcelle de blé de 70 ares. (©Samuel Foubert)
Les conditions météo ont été très changeantes durant ce test : « il a plu 11-12 mm le premier jour, il y a eu des gelées jusque - 8°C les jours suivants... Cela permettra aussi de comparer. Pour le moment, les blés repartent très bien. Nous faisons d'ailleurs un nouveau test sur une nouvelle parcelle de blé de 70 ares », note Dominique Fessard. Les deux producteurs nous donnent désormais rendez-vous fin juillet/début août pour les résultats après moisson ! 

Voir aussi l'expérimentation menée en Ile-de-France : 

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Journaliste cultures

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