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Témoignage de Fabien Paris (03)« Je nourris mon sol et c'est le sol qui s'occupe de mes cultures »

Agriculteur au nord de l'Allier, Fabien Paris fait le constat, il y a quelques années, d'être arrivé au bout du système. Déterminé à le faire évoluer, il se tourne alors vers l'agriculture de conservation des sols (ACS). Membre de la communauté AgroLeague depuis bientôt 4 ans, il note l'importance d'être accompagné techniquement dans cette transition et témoigne des différents changements mis en place sur son exploitation.

C'

Bêche
Arrêt complet du travail du sol, couverture permanente du sol, allongement des rotations et suivi des cultures par des analyses poussées : Fabien Paris est dans sa quatrième campagne de transition. (©Terre-net Média)
est un « constat d'échec au niveau technique et financier », qui décide Fabien Paris, installé sur son exploitation de polyculture-élevage de brebis depuis 1992, à revoir ses pratiques culturales. Avec des terres à potentiel limité, il observe notamment « un climat de moins en moins tempéré, subissant les excès d'eau comme les sécheresses ». Il choisit alors l'agriculture de conservation des sols (ACS) : « désormais, je nourris mon sol et c'est le sol qui s'occupe de mes cultures  ». 

Après bientôt quatre ans de transition, Fabien Paris se dit aujourd'hui satisfait de la démarche entreprise : « il y a eu des réussites et des échecs bien sûr, mais pas d'échecs cuisants... ». Et il faut dire que le climat n'a pas beaucoup aidé avec des sécheresses à répétition depuis trois campagnes. Néanmoins, l'agriculteur observe d'ores-et-déjà des améliorations au niveau de son sol : « une meilleure activité biologique, un meilleur enracinement des plantes... Ce sont elles qui font le travail et les sols sont aussi beaucoup plus portants ». S'il fallait regretter une chose alors : « ne pas s'être lancé plus tôt », témoigne l'agriculteur.

« On s'adapte en permanence »

Si Fabien Paris avait déjà arrêté le labour il y a une vingtaine d'années, l'ACS implique d'aller plus loin : « arrêt total du travail du sol, couverture permanente des sols et allongement de la rotation ». Dans son assolement de 90 ha historiquement composé de blé, orge, colza et maïs grain, il a alors ajouté de la luzerne, de la féverole et du pois chiche. « Les cultures de printemps ont des effets positifs dans les rotations », note l'agriculteur. Il reste toutefois prudent avec les protéagineux : « cela peut être très compliqué lorsqu'on a des printemps très secs ».

Il a également introduit des prairies temporaires, qui sont valorisées par son troupeau de brebis. « Cette technique utilisée par nos ancêtres est un bon levier pour casser des cycles dans les rotations. »  Concernant le colza, il l'associe maintenant systématiquement avec des plantes compagnes, mais il a préféré ne pas prendre le risque d'en semer en août dernier, avec la forte sécheresse.. Pour la campagne prochaine, l'agriculteur réfléchit alors à semer le colza plutôt à la volée, avant la récolte du précédent : « un semis fin juin, par exemple, permettrait de profiter d'une meilleure hygrométrie et ne pas enfouir de paille dans le sol (sillons) ». Selon Fabien Paris, « il est important d'avoir plusieurs outils à disposition en fonction des conditions... »

Fabien Paris aux côtés de son troupeau
Fabien Paris élève 300 brebis et cultive 90 ha dans le nord de l'Allier. (©Fabien Paris)

Outre pour les couverts, l'agriculteur utilise aussi la technique du semis à la volée « dès que cela est possible ». Il l'a notamment fait pour ses blés derrière maïs cette année et « ce sont ceux qui sont les plus réguliers au niveau de l'implantation, en plus de gain de temps et d'argent », observe-t-il. Attention, « il faut une bonne humidité au sol, que ce dernier soit couvert et penser à augmenter la dose de semences (+ 10-20 %) ».

Des analyses de sol et de sève pour « optimiser les coûts de production »

Pour poursuivre cette démarche et optimiser ses coûts de production, Fabien Paris a également mis en place, la campagne passée, un suivi de culture précis sur une parcelle de maïs, en lien avec l'équipe AgroLeague. Compris dans l'offre d'accompagnement, « l'idée est de réaliser un diagnostic en se basant sur des indicateurs clés de performance concernant la fertilité des sols et la nutrition des plantes. Chez AgroLeague, on dit toujours qu'on peut optimiser que ce que l'on peut mesurer, explique Loan Wacker, agronome et aussi co-fondateur d'AgroLeague. Sur maïs, une analyse de sol AgroLeague, réalisée un mois avant le semis, nous a montré que le sol a une activité biologique moyenne, parce qu’il manque de carbone soluble mais il a cependant une très bonne valorisation des résidus du couvert précédent et plus de 120 unités d’azote disponible ».

Des analyses de sève pour suivre la nutrition de la plante.

Fabien Paris a alors décidé de réduire l’apport d’azote sur cette parcelle de 30 unités. « Trois analyses de sève ont ensuite été réalisées à des stades clés de la culture. Ce deuxième outil de pilotage agronomique permet de suivre la nutrition de la plante, ajoute l'expert. L'analyse à 4 feuilles a ainsi permis de remarquer des excès de phosphore et d’azote ainsi que des carences en fer, en manganèse, en molybdène, en cuivre et en bore ». En lien avec l'équipe AgroLeague, Fabien décide donc de faire une application foliaire d'oligo-éléments pour un total de moins de 20 €/ha, une bande témoin représentative n’est pas traitée. Les deux autres analyses de sève sont réalisées à 8 feuilles, puis après floraison du maïs. Loan Wacker constate alors : « le maïs est équilibré, l’efficience de l’azote est au top, on aurait encore pu réduire l'apport d’azote de 20 unités. L'apport d'oligo précédent a permis de réduire l'irrigation (10 tours d'eau, au lieu de 12-14) car le maïs était plus développé et plus sain donc avec a priori plus de photosynthèse ».

Résultat : « 92 q/ha aux normes, au lieu de 80 q/ha sur la partie témoin. Une économie de 60 unités d'azote. Après calculs, le seuil de rentabilité pour cette parcelle de maïs est évalué à 52 q/ha (frais de mécanisation compris) », précise l'agriculteur. Il compte reconduire ce type d'essai cette campagne sur blé, maïs et luzerne.

Des plantes en bonne santé, moins sensibles aux bioagresseurs 

Avec ce suivi précis, on cherche à « assurer l'équilibre nutritionnel des plantes pour qu'elles soient en bonne santé et donc moins sensibles aux bioagresseurs. Cela permet ainsi de réduire le recours aux intrants », déclare Loan Wacker. Depuis sa transition, Fabien Paris a notamment revu sa stratégie fongicide : « auparavant, le traitement contre la fusariose était systématique sur céréales à paille, compte-tenu de la présence de maïs dans la rotation. Désormais, je module selon les conditions. S'il n'y a pas de pluie, je m'en passe ! J'ai également choisi de ne plus passer d'insecticides et je me rends compte que je n'ai pas plus de problèmes que mes voisins... Contre les pucerons sur céréales par exemple, je compte sur l'action des auxiliaires de cultures. À l'automne dernier, j'ai observé des colonies de coccinelles sur céréales. J'essaye aussi de retarder la date de semis pour limiter ce problème et je m'attache à broyer les cannes de maïs plus finement pour éviter qu'elles ne servent de refuges aux pucerons. »

« Depuis que le sol n'est plus perturbé, j'observe des levées d'adventices moins importantes. Il peut rester le souci des vivaces dans certaines parcelles. L'année dernière, j'ai eu aussi un problème avec de l'ambroisie, que j'ai géré avec un gyrobroyeur pour ne pas laisser monter à graines, puis j'ai semé un couvert derrière. Le glyphosate reste d'usage contre les graminées ».

« Important d'être entouré techniquement » 

Dans toute cette démarche, l'agriculteur rappelle « l'importance d'être entouré techniquement. Le plus grand frein reste psychologique, car c'est tout le système qu'il faut revoir complètement ». Pour cela, les échanges avec les membres d'AgroLeague ont été très formateurs, assure Fabien Paris. Selon Loan Wacker, c'est d'ailleurs l'un des piliers de l'accompagnement AgroLeague. « Au premier contact, un des experts de l'équipe dresse avec l'agriculteur un état des lieux et les orientations stratégiques pour de meilleures performances et une meilleure rentabilité de l'exploitation. Le principal levier d'action reste l'agronomie. »

Chaque membre AgroLeague a un agronome dans sa poche.

« Ensuite, le suivi de groupe démarre avec deux réunions téléphoniques/semaine et des tours de plaine organisés régulièrement. Cela favorise les partages et les retours d'expérience. Une permanence est réalisée aussi par les différents membres de l'équipe pour assurer un suivi technique par téléphone, 7j/7 aux agriculteurs. On dit souvent que chaque membre AgroLeague a un agronome dans sa poche », sourit Loan Wacker. 

Journaliste cultures

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