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Crise de l'énergieLa Coopération agricole craint des arrêts de production

Entre la flambée de l’énergie, qui fragilise économiquement les entreprises, et la diminution de la matière première liée aux accidents climatiques, la Coopération agricole craint pour la continuité de la production et demande aux pouvoirs publics des mesures conjoncturelles de soutien face au coût de l’énergie mais également, à plus long terme, un pacte de souveraineté alimentaire pour asseoir la pérennité de la filière.

Dominique Chargé, président de la Coopération agricole, le 21 septembre.
Dominique Chargé, président de la Coopération agricole, le 21 septembre. (©Terre-net Média)

Si la conjoncture n’était déjà pas très bonne en 2021, la situation cette année s’avère encore plus dégradée, regrette Dominique Chargé, président de la Coopération agricole. Car ce ne sont plus les capacités d’investissement qui inquiètent, mais bien « la continuité de notre activité de production », a-t-il expliqué lors de la conférence de presse de rentrée de l’organisation, le 21 septembre.

Les accidents climatiques, notamment la sécheresse et les canicules de l’été, diminuent en effet les disponibilités en matières premières agricoles, avec un recul plus marqué de la production laitière (- 4 %), et une décapitalisation en viande bovine qui se poursuit (- 6 %). Selon les filières, les coûts de production agricoles ont flambé de 25 à 30 %. « On n’avait pas connu pareille situation d’inflation galopante sur tous nos postes de coûts depuis 40 ans », estime Dominique Chargé, pour qui « l’on bascule dans un monde marqué par l’instabilité géopolitique, économique, et la fin de l’abondance quant à l’approvisionnement des matières premières et la fluidité de leur circulation », ce qui doit entraîner des adaptations à l’échelle de la filière.

Le coût de l’énergie, un « mur infranchissable »

Et si ce nouveau modèle doit être inventé il faut avant tout permettre aux entreprises de surmonter la crise de l’énergie, alors que le surcoût généré peut parfois être trois à cinq fois supérieur au résultat net de certaines d’entre elles. Une situation qui constitue un « mur infranchissable, dans le sens où en l’état actuel des choses, la situation conduira à l’arrêt de nos unités de production », prévient-il. Pour l’éviter, la Coopération agricole demande donc la révision rapide des critères d’éligibilité –décidés au niveau européen- pour la prise en charge de la facture énergétique, car aujourd'hui, sur les 3 milliards d’euros de cette enveloppe, seuls 50 M€ ont été dépensés.

« Il faut nous aider aussi sur le coût même de l’énergie », insiste Dominique Chargé, qui demande un bouclier énergétique, et la possibilité de répercuter le coût vers les clients. Pour le président de la Coopération agricole, il est également nécessaire de découpler l’indexation du prix du gaz et de l’électricité. Sans aide supplémentaire, les entreprises devront réaliser des arbitrages, arrêter des lignes de production, et probablement supprimer des références, prévient le président de la Coopération agricole.

En parallèle, la question de la disponibilité de l’énergie constitue également un sujet d’inquiétude. « Les coopératives, nous avons la charge de 70 % de la production agricole française, que nous devons collecter et stabiliser. Si on interrompt les chaines, on aura du gaspillage de matière agricole », explique Dominique Chargé qui demande une reconnaissance de ces métiers comme répondant à l’intérêt général, et préserver le secteur des rationnements d’énergie.

Un pacte de souveraineté alimentaire entre les acteurs de la filière

Face à cette situation inédite, mais amenée à se reproduire, la Coopération agricole demande également une adaptation des relations commerciales et surtout, une responsabilité collective des acteurs. « Je ne demande à personne de faire du caritatif. C’est d’abord un problème de comportement des acteurs et de prise de conscience des enjeux », insiste Dominique Chargé. Dans ce contexte, la Coopération agricole demande une plus grande réactivité sur les rediscussions de tarifs, la mise en place d’un moratoire sur les pénalités logistiques, et la prise en compte des matières premières industrielles dans l’évolution des prix des produits alimentaires, aux moyens d’indicateurs sur les divers postes de coût.

Plus globalement, la Coopération agricole défend la mise en place d’un « pacte de souveraineté alimentaire entre les acteurs de la filière », en complément de la loi d’orientation agricole qui sera davantage ciblée sur l’installation. Ce pacte devra être bâti autour de quatre piliers, détaille ainsi Dominique Chargé : l’orientation, l’organisation, la planification, et la rémunération.

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