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Suicides en milieu agricoleLa réponse unifiée des organisations agricoles face au mal-être des agriculteurs

Face au flou dans lequel se trouvent souvent les agriculteurs en difficulté, les quatre organisations du conseil de l'agriculture française veulent unifier, amplifier et rendre plus lisibles les actions de prévention et d'accompagnement (©Pixabay)
Face au flou dans lequel se trouvent souvent les agriculteurs en difficulté, les quatre organisations du conseil de l'agriculture française veulent unifier, amplifier et rendre plus lisibles les actions de prévention et d'accompagnement (©Pixabay)

Sujet d’attention de la part du gouvernement, le mal-être des agriculteurs est également pris à bras le corps par les représentants du monde agricole qui veulent définitivement briser un tabou et donner davantage de visibilité, de lisibilité et d’efficacité aux nombreuses initiatives existantes. Dans la lignée du rapport du député Olivier Damaisin, rendu en décembre, la FNSEA, JA, l’APCA et la MSA ont formulé le 30 juin des propositions communes pour un meilleur accompagnement des agriculteurs en difficulté.

 

Chargé par le ministre de l’agriculture d’une mission sur le mal-être des agriculteurs, le député Olivier Damaisin a rendu en fin d’année dernière un rapport riche de recommandations pour prévenir et éviter les suicides d’agriculteurs. Des propositions complétées par le travail de la Commission des affaires économiques du Sénat qui a présenté ses réflexions en mars.

De son côté, le monde agricole n’a pas chômé pour élaborer des propositions concrètes contre ce fléau sur lequel la parole peine encore à se libérer dans les campagnes. Le 30 juin, la FNSEA, Jeunes agriculteurs (JA), les chambres d’agriculture et la MSA ont ainsi présenté toute une série de mesures pour améliorer les dispositifs déjà existants sur le terrain et mieux cerner les facteurs de fragilité. La profession agricole recense en effet 30 % de suicides supplémentaires par rapport aux autres professions, rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

Agri’collectif, une bannière commune

Après avoir réalisé l’inventaire de toutes les initiatives existantes, les quatre organisations du Caf veulent renforcer la lisibilité et la visibilité de l’accompagnement. Le site Agri’collectif, remis à jour, permet à l’agriculteur qui le souhaite d’obtenir toutes les informations nécessaires pour être accompagné.

Il s’agit surtout de renforcer les dispositifs existants et de mieux les déployer. Ainsi, le numéro de téléphone Agri’écoute reste d’actualité et doit devenir un réflexe, même quand les agriculteurs doivent de l’argent à la MSA (qui finance le dispositif), un blocage souvent cité par les agriculteurs en difficulté, relève Olivier Damaisin, présent lors de la conférence de presse. Les organisations espèrent aussi que ce numéro pourra devenir un numéro à trois chiffres, plus facile à retenir que l’actuel 09 69 39 29 19.

Aide à la relance des exploitations, aide au répit

Les organisations demandent par ailleurs à rendre opérationnel le dispositif d’aide à la relance des exploitations agricoles, encore sous exploité, comme l’avaient d’ailleurs relevé les sénateurs.

L’aide au répit pourrait également être renforcée avec une durée allongée. La prise de recul doit être encouragée pour mieux prévenir le suicide. Si le problème du revenu est central dans le mal-être des agriculteurs, « l’importance des vacances, du repos » doit absolument être prise en compte, insiste Olivier Damaisin. Pour Jean-François Fruttero, administrateur à la MSA, l’aide au répit « est un outil extrêmement pertinent pour prendre du recul, souffler, se repositionner dans sa vie professionnelle et familiale, et repartir dans les meilleures conditions possibles ».

Un sujet à aborder de front pour favoriser la transmission

Pour Samuel Vandaele, président de JA, le sujet du mal-être doit être abordé pour favoriser le renouvellement des générations : « apporter des réponses fortes au mal-être dans nos campagnes, c’est aussi une opportunité pour mieux transmettre son outil », explique-t-il. En parallèle, il est indispensable d’accompagner et de sensibiliser davantage les porteurs de projet à la prise de fonction, à la gestion d’entreprise, une réalité parfois floue pour les jeunes installés.  

Par ailleurs, 60 % des suicides d’agriculteurs concernent la tranche d’âge 55-70 ans. Conscient de la fragilité des retraités et des agriculteurs en fin de carrière, les organisations proposent de mettre en place un dispositif "Passage de relais" pour faire le lien entre activité et retraite. Destiné aux 57-62 ans, cet accompagnement serait conditionné à l’installation d’un jeune.

Des cellules mieux identifiées dans les chambres d’agriculture

Si les chambres d’agriculture sont déjà très actives sur la question du mal-être et de l’accompagnement, « nous devons être moins discrets sur l’action que l’on mène pour être mieux identifié par les agriculteurs », souligne Sébastien Windsor, président des chambres d’agriculture.

Les cellules, qui existent dans toutes les chambres, n’ont pas toujours le même nom. Elles auront désormais une appellation unifiée, les « cellules Réagir », et proposent un accompagnement personnalisé dans les départements : diagnostic et bilan technico-économique, secours d’urgence, médiation, soutien administratif ou juridique, etc.

Suite aux travaux parlementaires, le ministre de l’agriculture a prévu d’annoncer des mesures à la rentrée, indique Olivier Damaisin. Les quatre organisations vont, de leur côté, continuer leur travail collectif pour apporter des solutions plus concrètes sur le terrain.

Journaliste politique et économie

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