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Stockage à la fermeRetour sur investissement : quatre leviers de rentabilité

Les bénéfices du stockage à la ferme diffèrent en fonction de la maîtrise des prix de revient et de la connaissance des marchés. Mais aussi de la capacité à trouver ses acheteurs et ses filières. (©Terre-net Média)
Les bénéfices du stockage à la ferme diffèrent en fonction de la maîtrise des prix de revient et de la connaissance des marchés. Mais aussi de la capacité à trouver ses acheteurs et ses filières. (©Terre-net Média)

Le stockage à la ferme donne la main pour vendre au moment le plus opportun. Mais tel n’est pas l’unique levier de valorisation d’un stock fermier !

Plus le stockage à la ferme est efficient, plus le producteur est en position de force pour activer divers mécanismes de valorisation, dont voici un aperçu.

La vente au meilleur cours et le report

C’est l’intérêt majeur du stockage : pouvoir maîtriser le timing de la commercialisation, pour jouer sur le niveau de prix. Sans forcément viser le jackpot, un écart de 15 ou 20 euros/t fait déjà une réelle différence. Un mois suffit, dans certains cas, mais une capacité de report plus étendue, pour une commercialisation d’une partie du stock l’année suivante peut s’avérer payante.

Les majorations de stockage

Des organismes stockeurs proposent des majorations incitatives pour le stockage à la ferme, qui s’élèvent suivant la durée entre 8 et 17 euros par tonne avec, parfois, l’enlèvement direct sur le lieu de stockage.

Allotements et marges

Objectif de qualité et marge augmentée. Voilà ce à quoi peut prétendre un stockeur qui prévoit suffisamment de cellules pour alloter. Les meilleurs taux de protéines, les variétés destinées à des filières contrôlées (tel les blés CRC - Culture Raisonnée Contrôlée) ou encore les productions à faible émission de gaz à effet de serre… Diviser pour mieux valoriser, tel est le mot d’ordre !

Une plus-value logistique

Les contraintes et coûts logistiques peuvent être un véritable moteur pour envisager une installation de stockage. Une fois celle-ci mise en route, l’astreinte se trouve fortement réduite, ainsi que les frais logistiques. En pleine moisson, selon la distance des champs aux silos de son organisme stockeur, il faut prévoir bennes, tracteurs et conducteurs en nombre suffisant. Et les horaires de fermeture contraignent l’avancée du chantier. Un site de stockage bien pensé permet de réaménager l’organisation et le rythme de travail.

Où chercher la plus-value ? Paroles de stockeurs

Qu’ils aient autofinancé leur installation de stockage ou emprunté pour la bâtir, nombre de stockeurs font état de résultats probants. Ils témoignent : 

  • Fabrice Martiré (43 ans), installé en 2001. 535 ha de SAU dans l’Yonne (89). Assolement : blé (200 ha), colza (80 à 100 ha), tournesol (80 ha), orge et protéagineux (pois, féverole). 1 salarié. Capacité totale : 4 500 t

« L'idéal est de stocker et vendre soi-même, en direct. Avec une capacité d'une année de production avec report de 10-15 % et une année de trésorerie d'avance, on devient maître du jeu. La bonne connaissance de ses prix de revient est un préalable essentiel. J'ai réalisé mes espaces de stockage en plusieurs fois. J'ai donc pu comparer les modes de commercialisation avec et sans stockage. Sur la totalité de l'assolement, j'ai constaté un écart moyen de 20-22 euros/t en faveur du stockage. Les mauvaises années, c'est lui qui fait le revenu. C'est mon meilleur investissement. J'ai récemment vendu un stock de colza dit "faible émission de GS" sur OleoZE. Avec 10-15 euros/t de gain sur le prix de vente comparé à un courtier et un bonus agronomique de 30 euros/t. Le calcul est vite fait. Ces 800 t nous permet de financer confortablement l'installation sur 7 ans. Nous sommes maintenant autonomes pour maîtriser le timing de commercialisation de 100 % de notre récolte, auprès des coopératives, des négociants ou des fabricants d'aliments. »

  • Nicolas Coutanceau (37 ans), associé avec son frère depuis 2012. 260 ha de SAU dans le Perche pour près de 20 000 quintaux annuels de blé-orge-colza-maïs-féverole. Capacité totale de stockage : 1 800 t.

« Avec 160 ha regroupés autour de la ferme, mon père a investi dans le stockage dans les années 1990, pour des motivations essentiellement liées aux coûts et contraintes logistiques. Il réussissait aussi à gagner 7 à 8 €/t en moyenne grâce à la maîtrise de la commercialisation. Quand nous avons repris en 2012, nous avons tiré parti de cette capacité de 10 000 quintaux en cinq cellules, sous grange, équipées d'une fosse et d'un élévateur. Avec une bonne maîtrise de la température et des ventes reportées jusqu'au printemps, nous avons obtenu des plus-value moyennes de 20 à 25 euros/t pour le colza et 10-15 euros/t pour les céréales. Nous avons donc voulu augmenter la capacité. Ce qui a été réalisé au printemps 2020, avec 2 cellules extérieures à fond plat ventilé de 400 t. Chacune est équipée d'une vis de chargement et d'une vis de déchargement. Nous étions très mobilisés sur le chantier (terrassement, dalle béton et montage des cellules), nous avons ainsi maîtrisé le coût d'installation à 80 euros/t, soit 64 000 euros. La plus-value moyenne du stockage sur ces 800 t nous permet de financer confortablement l'installation sur 7 ans. Nous sommes maintenant autonomes pour maîtriser le timing de commercialisation de 100 % de notre récolte, auprès des coopératives, des négociants ou des fabricants d'aliments ».

  • Damien Bréard (42 ans), installé en 2001. 430 ha de SAU, 250 bovins et 250 chèvres (laiterie primeur) près de Bourges (Cher) - 2 salariés. Capacité totale 4 500 t.

« Mon père stockait déjà, depuis 1978 ! Quand je me suis installé, en 2001, j'ai profité de chaque agrandissement pour augmenter ma capacité de stockage, portée à 4 500 t en 2020, avec un mix horizontal et vertical. Pour nous, le stockage a toujours primé sur l'achat de nouveaux matériels motorisés. J'ai profité d'effets de leviers successifs pour autofinancer mes installations. Aujourd'hui, je peux stocker la totalité de ma récolte, pour l'autoconsommation et la valorisation. La maîtrise de la commercialisation par le stockage représente un gain moyen de 20 euros/t environ. Sachant que ma possibilité de report est étendue. En février 2020, j'ai vendu 425 euros/t mes stocks de colza des campagnes 2016, 2017, 2018 et 2019. »

L’essentiel

- Les bénéfices du stockage à la ferme sont réels.

- Ils diffèrent en fonction de la maîtrise des prix de revient et de la connaissance des marchés. Mais aussi de la capacité à trouver ses acheteurs et ses filières.

- En combinant pratique de l’allotement et vente directe, le producteur se réserve de sérieuses marges de manœuvre pour l’avenir

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