Menu

FilièresDes sénateurs s'engagent pour le développement de la filière chanvre

Parmi les atouts de la culture du chanvre : elle « restructure » et « aère » les sols, elle est aussi peu gourmande en eau et en intrants. (©Terre-net Média)
Parmi les atouts de la culture du chanvre : elle « restructure » et « aère » les sols, elle est aussi peu gourmande en eau et en intrants. (©Terre-net Média)

« Tout est bon dans le... chanvre » : au sortir d'un été marqué par la sécheresse et à l'heure des économies de chauffage, des sénateurs de tous bords s'engagent, à l'initiative du groupe écologiste, pour le développement en France de la filière chanvre, plante sobre en eau aux usages multiples.

Le chef de file des sénateurs écologistes Guillaume Gontard a présenté mercredi à la presse une proposition de résolution pour le développement économique de la filière et « l'amélioration de la réglementation des produits issus du chanvre », cosignée par plus d'une cinquantaine de sénateurs.

Pour Guillaume Gontard, il ne s'agit pas d'introduire « une plante à la mode », mais de revivifier « une pratique historique », en appelant le gouvernement à œuvrer pour que la culture du chanvre « soit facilitée et bien encadrée ». Car le développement de cette plante bute aujourd'hui sur la réglementation et des « questions de normes », selon le sénateur de l'Isère.

Intégré dans une rotation des cultures, le chanvre « restructure » et « aère » les sols, explique-t-il. C'est une plante qui pousse vite, résiste à la sécheresse parce que très peu gourmande en eau, ne réclame pas d'apports en produits chimiques...

« C'est un puits de carbone », renchérit l'écologiste Daniel Salmon, tandis que le sénateur centriste de Gironde Hervé Gillé témoigne de son intérêt dans le cadre de la reconversion des terres viticoles et d'une « remise en polyculture ».

Cultiver du chanvre, mais pour quoi faire ?

Tout ou presque, si l'on en croit Evelyne Perrot, sénatrice centriste de l'Aube, département qui abrite la coopérative « La Chanvrière ». Environ « 60 % du chanvre français » y sont produits par quelque 650 agriculteurs (28 % de la production européenne). En 1985, l'activité y a démarré avec la production de litière pour chevaux.

Dans les années 1990 est apparu « le béton de chanvre », un matériau de construction biosourcé dont les propriétés isolantes en font aujourd'hui un précieux atout. Puis les « fibres techniques pour l'industrie automobile », alternative aux fibres de verre polluantes. Pour des éoliennes vraiment écolos, les fibres de chanvre pourraient aussi être intégrées dans les pâles, aujourd'hui fabriquées majoritairement en fibre de verre, indique M. Gontard.

Des vaches « plus joyeuses »

Tee-shirts ou même slips : le chanvre est encore utilisé pour produire des fibres textiles et permet de fabriquer du papier « sans abattre d'arbres ».

Les graines riches en protéines sont utilisables dans l' alimentation animale comme humaine. Nicole Bonnefoy (PS) rapporte une expérimentation menée dans son département de la Charente avec l'introduction de graines de chanvre dans les tourteaux pour les vaches : « Les vaches étaient plus joyeuses, le lait de grande qualité ». L'huile de chanvre est aussi utilisée en cosmétique. On est loin des cordages et des voiles de bateau des siècles passés.

Les auteurs de la proposition de résolution soulignent toutefois la nécessité d'un « énorme travail de structuration de la filière » : « Créer la demande, ouvrir le marché, normer tout ça ». Avec une contrainte non négligeable : pour être transformé, le chanvre a besoin d'outils spécialisés, et donc d'investissements.

Fibres, graines... la plante a aussi des feuilles et des fleurs, et là les choses se compliquent. Le Conseil d'Etat a en effet suspendu en janvier un arrêté du gouvernement interdisant la vente des fleurs et des feuilles de chanvre qui contiennent du cannabidiol ( CBD), la molécule non-psychotrope du cannabis, censée avoir des vertus apaisantes et relaxantes. « Mais on est toujours dans un flou juridique », selon Guillaume Gontard, alors que le CBD commercialisé en France « provient d'autres pays européens, avec une qualité et une traçabilité très faibles ».

« Le kilo de fleurs de CBD peut se vendre autour de 600 euros en 2022 », contre un cours du blé dur autour de 430/450 euros la tonne, relèvent les auteurs de la proposition de résolution, pour qui « la manne financière, représentée par la culture du chanvre CBD serait une bouffée d'oxygène pour les agriculteurs français ».

Réagir à cet article

Sur le même sujet