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Reportage chez Fabien Pruvost (80)Des prix des coproduits déconnectés de leurs valeurs alimentaires

La région des Hauts-de-France concentre beaucoup d'industries agroalimentaires qui proposent autant de coproduits aux agriculteurs. En théorie, l'équation semble gagnante : limiter l'emprise foncière de l'élevage en donnant aux animaux les coproduits issus des cultures de vente. Cependant, avec l'envolée des cours des céréales (et des coproduits), Fabien Pruvost, éleveur à Laboissière-Saint-Martin dans la Somme (80), reconsidère son modèle d'alimentation.

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Diminuer l'emprise foncière de l'élevage avec des coproduits

Fabien Pruvost a longtemps cherché à valoriser les coproduits des industries de sa région. Par le passé, l’agriculteur utilisait de la pulpe de pomme de terre venant de chez Roquette, un des industriels leaders de l'amidonnerie, mais les fluctuations du prix de la pomme de terre en faisaient un coproduit au prix très volatil. « Lorsque j'ai commencé à l'utiliser, je l'avais autour des 17 €/t, mais le prix est parfois monté jusqu'à 30 €/t » se remémore le producteur, pour un aliment, au final assez contraignant à utiliser. « La pulpe de pomme de terre ne se conserve pas bien. Tant que l'usine tournait, il n'y avait pas de problème. Au printemps, c'était plus délicat. Les derniers camions arrivaient fin février et je réussissais à garder la pulpe jusqu'au début de l'été. Après, je devais compenser par un autre aliment et changer la ration », explique l'éleveur de Blondes d'Aquitaine.

L’abolition des quotas betteraviers lui a permis de se lancer dans la production de betteraves, et de bénéficier de pulpe surpressée pour ses vaches : un autre coproduit qui remplace maintenant la pulpe de pomme de terre. « Avec Saint Louis Sucre, je peux acheter la quantité que je souhaite au tarif producteur (30 €/t, contre 40 €/t pour les non-producteurs). Sur les 1 100 t dont j'ai besoin, ça fait une différence, c'est un peu comme si j'autoproduisais une partie de l'aliment sur la ferme. »

Ration des vaches allaitantesRation des taurillons 

18 kg de maïs ensilage
10 kg de pulpe surpressée
5  kg d'ensilage d'herbe
14,5 kg de foin 
1,4 kg de correcteur azoté
100 g de minéral 
20 g de sel

14 kg de pulpe surpressée
8 kg de maïs ensilage 
1 kg de paille de blé 
2 kg de correcteur azoté 
1,7 kg de milurex
20 g de sel
100 g de minéral 
100 g de bicarbonate

50 € de marge en moins par JB par rapport à 2020 

Pour l'éleveur de Blondes, l’augmentation du prix de la viande bovine ne compense pas celle du prix des matières premières. « Avec la hausse du prix des céréales, le prix des coproduits augmente de façon disproportionnée par rapport aux valeurs nutritionnelles des aliments. Je vends mes JB environ 250 € plus cher qu’à la fin de l’année 2020, mais j’achète les broutards 150 € de plus et mon coût alimentaire a progressé de 150 €. Au final, même avec la hausse des cotations, j’ai perdu 50 € de marge par JB. Je ferai certainement une moins bonne marge par taurillon en 2022 qu’en 2020 ou 2021 », explique Fabien qui en plus des 40 broutards issus de son exploitation, achète une centaine de bêtes pour l’engraissement.

« Ce qui a sûrement le plus augmenté, c’est la protéine », ajoute l'éleveur qui travaille actuellement avec un correcteur azoté à 42 % de protéines, composé de soja, colza et urée, à 479 €/t. « J’ai déjà travaillé avec des tourteaux, j’essaie de prendre la matière première qui me revient le moins cher au point de protéines. Généralement, je suis un peu les marchés pour faire des contrats, mais en ce moment c’est compliqué ! Cette année, les rendements en maïs ont été très bons, mais les valeurs sont faibles. Je suis obligé de mettre plus de concentré. »

Si la diminution de l’offre sur les marchés de la viande entraîne la hausse des prix, les marchands de bestiaux ont également tendance à demander des carcasses plus lourdes. Le producteur, qui vendait ses taurillons à un poids de 460 kg, les garde aujourd’hui jusqu’à 500 kg, ce qui augmente mécaniquement le coût alimentaire.  

Améliorer son autonomie alimentaire

Fabien Pruvost songe à améliorer son autonomie alimentaire. S'il produit du foin, de l’ensilage de maïs et d’herbe sur l’exploitation, il demeure dépendant des marchés pour le correcteur azoté, le milurex et la pulpe surpressée de betteraves.

Il envisage de revenir à l’aplati d’orge. S’il avait opté pour le milurex, coproduit de l’amidonnerie du blé, la flambée des cours du blé l’amène à reconsidérer ses pratiques, d’autant plus qu’il observe de moins bonnes performances de croissance. « J’ai perdu environ 100 g de GMQ/j et les carcasses sont moins belles. J’ai des taurillons blonds avec une note d’engraissement de 2 alors qu’avant, j’avais une majorité de 3. Le prix de l'aliment n'est plus proportionnel aux performances qu'il offre. »

Je veux des vaches en bon état

Pour autant, pas question pour Fabien de lésiner sur les performances : « je veux des vaches en bon état », insiste-t-il. « Les Blondes ne sont pas très laitières, c’est important de bien les nourrir car sinon on le paiera par la suite. »

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