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[Reportage] Fin des quotas laitiersDans l'Orne, le Gaec de Villeplée renonce à l'Aop pour produire plus

Dans l'Orne, le Gaec de Villeplée renonce à l'Aop pour produire plus

A la Chapelle-Viel dans l’Orne (61), les quatre associés du Gaec de Villeplée souhaitent profiter de la fin des quotas laitiers pour produire 340.000 litres de lait en plus, mais sans modifier leur système, ni agrandir le bâtiment. Pour identifier les facteurs limitants de l’exploitation, ils ont réalisé un diagnostic Capacilait avec leur conseiller en élevage.

« Les laiteries devraient être généreuses sur les attributions de lait, mais nous ne souhaitons pas trop nous précipiter non plus », tempère Magalie Degand. A 31 ans, cette mère de famille vient de s’installer l’été dernier sur l’exploitation de son mari Nicolas et de ses beaux-parents Catherine et Daniel Degand. Grâce à son installation en tant que jeune agricultrice, Magalie s’est vu attribuer 90.000 litres de quota à ajouter aux 560.000 litres de l’élevage.

Renoncer à l’Aop Camembert

Le Gaec de Villeplée, à la Chapelle Viel dans l’Orne, livre quotidiennement le lait de ses 80 Prim’holsteins à la laiterie Lactalis à Orbec (14) en Appellation d’origine protégée (Aop) Camembert de Normandie, du moins pour l’instant. En effet, les producteurs de l’Aop ont jusqu’à janvier 2017 pour posséder au moins la moitié de leur cheptel en race pure normande et modifier leur système fourrager afin de ne pas dépasser 1 hectare de maïs pour 2 ha d’herbe. En contrepartie, l’Aop rétribue les éleveurs jusqu’à 30 €/1.000 l, dont 15 € /t dépendent de la qualité du lait qui doit contenir moins de 250.000 cellules/ml et être indemne de nombreux germes pathogènes pour la transformation en fromages au lait cru.

« Nous avons fait le choix de produire davantage de lait, mais de renoncer à la prime de l’Aop Camembert, reconnait Catherine Degand. Respecter ce cahier des charges nous demanderait de modifier profondément le fonctionnement de notre exploitation. De plus, il faudrait acheter des génisses normandes, ce que nous ne souhaitons pas pour des raisons sanitaires. Et en plus, ce n’est pas évident de travailler avec deux races dans le troupeau. »

100.000 litres par an

Après trente années passées sous le joug des quotas laitiers, l’objectif du Gaec sera dorénavant de produire le maximum de ce que les terres, le troupeau, le bâtiment et les hommes peuvent accepter. Leur laiterie leur a déjà proposé de produire 100.000 litres de plus sur la campagne 2015-2016. « Nous avons signé, mais nous ferons ce que nous pourrons. Si on ne parvient pas à produire la totalité de l’attribution, et bien tant pis, prévient Magalie Degand. Je préfère augmenter la production au fur à mesure, sans brusquer notre système et uniquement par accroissement interne en utilisant de la semence sexée. Il faut voir jusqu’où ça passe, et savoir stopper la progression avant que ça ne casse.»

Les 82 logettes sont réparties sur deux rangées avec couloir de paillage central
Les 82 logettes sont réparties sur deux rangées avec un couloir de paillage central (©Terre-net Média)
 

En bout de bâtiment la fumière couverte pourrait accueillir une vingtaine de logettes en plus.
En bout de bâtiment, la fumière couverte pourrait accueillir une vingtaine de logettes en plus. Mais où stocker le fumier ? (©Terre-net Média)

Davantage de lait par vache

Pour faire plus de lait, il faut soit plus de vaches, soit produire plus de lait par vache. L’arrivée de la nouvelle associée sur la ferme a été bien anticipée, et des génisses supplémentaires étaient prêtes à vêler pour l’automne. Avec 82 logettes, la capacité de couchage du bâtiment n’excède pas 85 vaches à la traite en étalant bien les vêlages tout au long de l’année. « Notre principal objectif est donc d’arriver à faire davantage de lait par vache, sans augmenter le nombre de vaches, envisage Magalie Degand. La moyenne d’étable est de 9.500 kg/VL avec une ration complète mélangée à base de maïs et d’enrubannage d’herbe. Je pense qu’en ajoutant un distributeur automatique de concentré (Dac), on devrait arriver à optimiser les pics de lactation et s’approcher des 10.000 kg. »

Quantifier le potentiel de production

L’élevage est adhérent à Prim'holstein France depuis 20 ans. « Au dernier bilan génétique, notre technicien nous a dit que la production laitière de notre troupeau est théoriquement supérieure à son potentiel génétique », s’étonne Daniel Degand, le doyen de la ferme familiale. Espérons que le potentiel génétique ne limite pas trop la hausse espérée de la production.

Magalie a appris l’existence du diagnostic Capacilait sur un prospectus d’Orne Conseil Elevage. Quelques jours plus tard, son conseiller Fabien Fauquet lui a posé différentes questions, tandis qu’il entrait les chiffres de l’exploitation sur son logiciel. L’objectif du diagnostic Capacilait est de quantifier le potentiel de production de l’élevage et d’identifier les facteurs limitants parmi la main d’œuvre, le logement, l’environnement, les fourrages disponibles et leur distribution, etc.

Environnement limitant

Le logement s’avère la première contrainte à lever. Le bâtiment en logettes paillées a été construit il y a dix ans, avec fumière couverte dans l’alignement des couloirs raclés. « Lorsqu’on l’a construit, il paraissait surdimensionné, on nous avait dit qu’on ne parviendrait jamais à le remplir, se souvient Catherine. Résultats, dix ans après, on aimerait bien disposer d’une vingtaine de logettes en plus. En mordant sur la fumière, cet agrandissement ne semble pas insurmontable. Par contre, quid des capacités légales de stockage des effluents ? D’autant que la fosse à lisier extérieure se remplit vite lors des hivers pluvieux et que les terres de l’exploitation viennent d’entrer en zone vulnérable lors de la dernière mouture de la directive nitrates.

Loger les taries, les veaux et la paille

Pour produire davantage, l’exploitation a arrêté d’engraisser deux lots de taurillons par an, jugés peu rentables et libérant ainsi de la place pour les vaches taries. Une nurserie neuve est en attente d’autorisation de travaux et l’agrandissement d’un bâtiment de stockage de la paille est prévu pour l’an prochain. De même, la salle de traite vient de doubler, passant de 2*4 à 2*8 postes double équipement et lavage manuel. La traite dure 1h15 à deux personnes et le taux cellulaire est bien maîtrisé. Tant que les parents travaillent sur la ferme, le facteur humain ne semble pas trop limitant. Mais après ? Les quatre bras du jeune couple suffiront-ils à s’occuper d’une centaine de vaches, de leurs cultures et de leurs enfants ?

Diagnostic Capacilait du Gaec de Villeplée réalisé par Orne Conseil Elevage.

 

Nombre de vaches laitières permis

Production permise (productivité initiale)

Production permise (productivité objective)

L’éleveur et le travail sur l’exploitation

  95 VL

  783.750 litres

  902.500 litres

Distribution des fourrages et concentrés

  134 VL

  1.108.800 litres

  1.276.800 litres

Couchages des VL

  101 VL

  831.600 litres

  957.600 litres

Installation de traite

  106 VL

  877.800 litres

  1.010.800 litres

Production fourragère

  111 VL

  1.057.200 litres

  1.057.204 litres

Contraintes environnementales

  100 VL

  82.000 litres

  950.000 litres

Cahier des charges

Abandon de l’Aop

Commentaire

Production maximale de 902.500 litres avec 95 vaches à 9.500 L/VL

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Stratégies après quotas

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