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[Tribune] Et après les quotas ?Opl : « Nous voulons une voie différente centrée sur les intérêts des éleveurs »

Opl : « Nous voulons une voie différente centrée sur les intérêts des éleveurs »

Attendue par certains, crainte pour d’autres… La fin des quotas laitiers, c’est le 1er avril prochain. Web-agri.fr entreprend la publication d‘une série de tribunes de syndicats et d’experts sur la nouvelle organisation de la production laitière française et européenne et l’avenir de ses éleveurs. Voici la contribution de l’Organisation des producteurs de lait, section spécialisée de la Coordination rurale. Elle tient ce 4 mars son 8e congrès à Wickersheim-Wilshausen, en Alsace.

Véronique Le Floc'h – Présidente de l'Opl
Véronique Le Floc'h – Présidente de l'Opl (©Opl)

L'Organisation des Producteurs de Lait (Opl) œuvre avec la Coordination Rurale pour améliorer la condition des agriculteurs. Nous voulons être maîtres de nos exploitations et produire au juste prix pour pouvoir vivre dignement de notre activité. La fin des quotas au 1er avril 2015 ouvre de nouvelles perspectives pour l'organisation de la filière lait. En effet, les prochaines années seront décisives et ce sont les choix politiques et organisationnels qui façonneront le futur paysage laitier. Il est important pour chaque producteur de comprendre les enjeux en cours afin d'agir efficacement et écrire le scénario le plus souhaitable pour pérenniser son exploitation.

Deux chemins se profilent à l'horizon et les producteurs vont devoir faire un choix important : opter pour la compétition qui vise à l'intégration ou alors soutenir la régulation qui assurera la transmission.

La compétition et l'intégration

Pour l'Opl et la CR, la voie qui est imposée actuellement est orientée par et pour les industries laitières. Il s'agit d'une stratégie qui pousse les exploitations à s'agrandir pour bénéficier des volumes importants sans considération de prix. L'enjeu est important pour l'aval car les entreprises sont inquiètes pour leurs approvisionnements. Par contre, côté producteurs, la sélection se poursuit. La vraie question à se poser dès aujourd'hui est de savoir si les enjeux pour l'aval sont les mêmes que pour les éleveurs laitiers ? 

La croissance de la demande mondiale est un constat partagé par tous les opérateurs mais il ne faudrait pas croire qu'elle est illimitée et que tous les volumes supplémentaires trouveront un débouché sur le long terme. En effet, les estimations de la Fao montrent que les quantités de produits laitiers vendus par les principaux pays exportateurs vont augmenter plus que la demande des principaux pays importateurs à l'horizon 2023. De plus, la production laitière des pays comme l'Inde et la Chine va croître parallèlement. On va donc assister à une inadéquation avec la demande qui conduira à une forte variabilité des prix.

Au cœur de cette compétition pour les marchés, les producteurs resteront la variable d'ajustement et dépendront de la bonne volonté des laiteries à leur restituer le fruit de leurs bénéfices.

Sur cette voie, la contractualisation est présentée comme la seule option pour gérer les relations commerciales autour du lait. Raisonner individuellement pour négocier les conditions de paiement et de livraison du lait accentue encore le déséquilibre des rapports de force entre fournisseur et collecteur. Le regroupement en Organisations de Producteurs (OP) liées aux laiteries ne permet aucune négociation faute d'indépendance. De plus en plus, être producteur de lait s'apparente à être un salarié d'une laiterie sans garantie de rémunération, avec des endettements permanents et pour unique interlocuteur des clauses de contrat qui organisent l'asservissement. Là encore, l'intérêt des producteurs diverge de celui des industriels. L'attribution des volumes à produire à tour de bras qui s'opère actuellement par le biais des signatures de contrats masque un principe simple : avec plus de volume, les emprunts augmentent et les revenus plafonnent !

La régulation pour assurer la transmission

A l'Opl nous voulons prendre une voie différente, centrée sur les intérêts des éleveurs qui sont rappelons le, à l'origine de l'activité dans la filière. Le principal enjeu pour les années qui viennent c'est de garantir une situation aux jeunes générations qui s'installent dès maintenant. Pour répondre à leurs exigences nouvelles, il y a un réel besoin d'investissement dans l'automatisation de la traite et dans l'organisation du temps de travail des salariés. Seuls des revenus au niveau de leurs espérances et qualifications leur permettront de pérenniser leurs exploitations.

Permettre à ces futurs producteurs d'atteindre leurs idéaux passe par une stabilisation des prix du lait à hauteur des coûts de production. Les agriculteurs devraient pouvoir négocier leurs marges. Il y a partout en Europe des producteurs de lait prêts à s'organiser collectivement pour gérer les volumes de lait en fonction des marchés mondiaux qui nous affectent tous. Même le gouvernement belge vient de se prononcer en faveur de la régulation. L'Opl adhère déjà à ce mouvement enclenché par l'European Milk Board (Emb). C'est une opportunité qu'il faut saisir pour faire changer les règles du jeu. Les outils pour mettre en place une régulation sont déjà créés. Nous avons un observatoire européen  qui aide à anticiper les crises et des organisations de producteurs  qui regroupent les éleveurs indépendamment de leur laiterie.

Il ne manque que la reconnaissance et l'action des politiques pour faire fonctionner ce système dans les lieux de discussion tels que l'interprofession et les conférences de bassin. Tous les acteurs de la filière seraient impliqués de manière transparente pour atteindre des objectifs communs et répartir la valeur ajoutée équitablement.

En France et en Europe, nous avons encore la chance de pouvoir nous exprimer librement et prendre part aux décisions qui nous concernent par le vote. Ce sont des principes que l'Opl revendique tout particulièrement en cette période où le chemin semble tout tracé pour les producteurs de lait, entraînés par les grands responsables de la filière laitière. La vision est cependant différente si on produit du lait dans le Sud-Ouest ou en Bretagne, en montagne ou en plaine... Chacun doit avoir le droit d'exister sur son territoire et de gagner sa vie par son travail. Nous voulons pouvoir dire dans 10 ans que nous sommes toujours fiers d'être agriculteurs.

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Stratégies après quotas

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