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Union européenneBruxelles détaille son plan de réduction des produits phytosanitaires

La Commission européenne présente mercredi ses propositions pour la réduction des produits phytosanitaires. (©Pixabay)
La Commission européenne présente mercredi ses propositions pour la réduction des produits phytosanitaires. (©Pixabay)

Bruxelles a détaillé mercredi sa feuille de route pour préserver la biodiversité et réduire drastiquement l'usage des produits phytosanitaires dans l'UE, alors que les Vingt-Sept s'inquiètent de voir leur productivité agricole affectée, dans le contexte de la crise alimentaire due à la guerre en Ukraine.

Ces propositions de la Commission européenne, qui seront discutées par les Etats et eurodéputés, déclinent la stratégie « De la ferme à la fourchette », avec des objectifs contraignants pour réduire de 50 % d'ici 2030 l'utilisation à l'échelle de l'UE de « pesticides chimiques dangereux » et pour mieux protéger, notamment, les colonies de pollinisateurs. Le texte propose que les produits phytosanitaires soient complètement interdits dans les « zones sensibles » (espaces verts urbains, aires de jeux, écoles, terrains de sport, zones naturelles protégées...) pour limiter l'exposition des populations.

Tenir compte des spécificités nationales

Dans les champs, tous les agriculteurs devront privilégier « des méthodes alternatives écologiques de prévention » contre les insectes et maladies, les pesticides chimiques ne pouvant être utilisés qu'en « dernier recours », et les professionnels devront tenir des « registres » détaillant leurs pratiques.

Pour tenir compte des spécificités nationales (climat ou reliefs particuliers, efforts déjà accomplis...), chaque gouvernement pourra fixer « ses propres objectifs de réduction des pesticides, dans le cadre des paramètres européens » mais devra en rendre compte à la Commission.

En contrepartie, l'UE ajustera la Politique agricole commune (Pac) « pour garantir que les agriculteurs soient indemnisés de tous les coûts liés à l'application des nouvelles règles pendant une période de transition de cinq ans ».

La Commission lancera également un « plan d'action » pour développer les alternatives « durables » et technologies d'« agriculture de précision » (pulvérisateurs de pesticides utilisant la géolocalisation, etc.), et afin d'éviter toute concurrence déloyale, elle pourrait bannir les aliments importés contenant des résidus de substances interdites dans l'UE.

« L'ambition des objectifs contraste avec le manque d'informations sur les solutions et alternatives techniques », a réagi la puissante confédération agricole Copa-Cogeca, réclamant des périodes de transition d'au moins une décennie et pointant « la nécessité de maintenir des rendements stables dans le contexte géopolitique actuel ».

À l'unisson, les États membres avaient récemment réclamé à l'exécutif européen de faire preuve de « réalisme », face au blocage des céréales ukrainiennes par la Russie, qui exacerbe les risques mondiaux de famine.

Plusieurs pays, dont la France et l'Italie, redoutent qu'une baisse drastique des pesticides et engrais, tout comme l'objectif de consacrer un quart des terres au bio, ne provoquent l'effondrement des rendements européens - un scénario que Bruxelles réfute.

« Les préoccupations sur la sécurité alimentaire ne rendent pas moins urgente l'action contre les pesticides ! L'usage excessif de pesticides constitue un risque majeur pour la santé humaine et tue les pollinisateurs responsables de la majeure partie de la nourriture que nous consommons », a plaidé la commissaire à la Santé Stella Kyriakides.

« Invoquer la guerre en Ukraine pour édulcorer nos propositions, c'est franchement irresponsable », a lancé Frans Timmermans, vice-président de la Commission.

Les nouvelles règles « tiendront compte des points de départ différents », a aussi rassuré Mme Kyriakides, alors que l'Irlande faisait valoir son taux d'usage de pesticides déjà extrêmement bas.

Par ailleurs, les Vingt-Sept « seront bientôt consultés sur une mesure réduisant à zéro les résidus de deux substances du groupe des néonicotinoïdes », accusés d'accélérer le déclin massif des colonies d'abeilles, mais que onze pays de l'UE, dont la France, avaient autorisé la réintroduction temporaire en 2020-2021.

Les ONG environnementales saluent « une étape importante » mais restent vigilantes : « Les propositions mettent trop l'accent sur "l'agriculture de précision", et pas assez sur les pratiques agroécologiques », avertit Clara Bourgin, des Amis de la Terre.

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