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Politiques publiquesQuelles mesures pour réguler la consommation de produits animaux ?

Faut-il réduire la consommation de viande ? Quels sont les leviers existants ? (©Pixabay)
Faut-il réduire la consommation de viande ? Quels sont les leviers existants ? (©Pixabay)

Doit-on réguler la consommation de produits animaux pour des raisons de santé, de réduction des gaz à effet de serre ? Si oui, quels instruments les pouvoirs publics ont-ils à leur disposition pour modifier cette tendance ?

 

Depuis les années 1960, la consommation de viande n’a fait que progresser en Europe, dépassant, à partir de 1975, la consommation de céréales (blé et riz), et si les deux courbes tendent à se rejoindre depuis 2013, on reste sur des niveaux élevés de disponibilité de viande et de produits laitiers par personne et par jour (voir graphique ci-dessous).

Evolution de la disponibilité en protéines.
Evolution de la disponibilité en protéines. (©Inrae)
 

Si la consommation de viande bovine a diminué au profit de celle de porc et de volaille, « cette consommation reste élevée » par rapport aux recommandations en matière de santé, rappelle Zohra Bouamra-Mechemache (Inrae Occitanie-Toulouse). La question se pose cependant de savoir si les évolutions sont liées à un changement de préférence ou à une évolution de prix – probablement les deux, explique la chercheuse. Néanmoins, il paraît complexe de faire évoluer les consommations dans un sens donné. « Les ruptures ne sont pas courantes sur le long terme », ajoute Zohra Bouamra-Mechemache. L’exemple des légumineuses, dont les pouvoirs publics veulent pousser la consommation depuis plusieurs années, s’avère parlant, puisque la disponibilité par personne et par jour, visible sur le même graphique, est restée stable depuis les années 1960.

Réguler la consommation, une intervention justifiée ?

Comme le rappelle Zohra Bouamra-Mechemache, l'élevage et la consommation de produits animaux apportent des bénéfices, comme l’apport en protéines de qualité. « Ce qui est néfaste, c’est surtout la consommation excessive, notamment de viande rouge et de viande transformée », ajoute-t-elle, des excès pouvant favoriser certaines maladies. Les recommandations nutritionnelles du PPNS 4 (Programme national nutrition santé) conseillent ainsi de limiter la consommation de charcuterie et de viande, à l’exception de la volaille.

L’intervention des pouvoirs publics sur la consommation est-elle pour autant justifiée ? On peut penser que oui, si l'on considère que les coûts engendrés, pour la collectivité, par les effets négatifs de cette consommation sur la santé. Par ailleurs, même avertis des risques, les consommateurs changent difficilement leur comportement, puisque les effets d’une consommation trop importante ne seront visibles qu’à long terme, et non au moment de la consommation. Enfin, si le consommateur sait que la surconsommation de viande a des impacts sur l’environnement, il est également conscient que la modification de sa seule consommation aura peu d’impact sur l’empreinte écologique globale de l’alimentation, ce qui s’avère peu incitatif.

Retrouvez l'intervention de Zohra Bouamra-Mechemache au Space, le 14 septembre :

Informer, suggérer, taxer

Reste que les instruments de politique publique existants ont un effet limité. Ainsi, les campagnes d’information et de recommandation – qui n’existent pas encore sur les produits animaux, mais sont déployées depuis plusieurs années pour promouvoir la consommation de fruits et légumes, ont un effet positif. Sur l’aspect environnemental, des modèles de simulation économique montrent que des politiques ciblées sur la viande rouge pourraient avoir un impact positif, mais limité, indique Zohra Bouamra-Mechemache. Et si certains consommateurs seraient prêts à payer pour des caractéristiques environnementales indiquées sur l’étiquetage des produits, ce critère n’est pas prioritaire par rapport à d’autres comme le bien-être animal ou l’origine France. Il paraît donc difficile d’évaluer les effets réels d’une telle mesure.

Autre levier, changer les normes à travers des initiatives, comme le « lundi vert », ou des offres végétariennes dans les restaurants, pour donner de nouveaux référentiels. « Ces politiques peuvent être intéressantes et impliquer des changements de consommation », mais pas forcément sur le long terme, indique la chercheuse.

Enfin, dernier levier, les taxes, qui par les prix élevés incitent à remplacer la consommation de certains produits animaux par d’autres types de produits avec des impacts moindres sur la santé ou l’environnement (en favorisant par exemple la consommation de volaille au détriment de la viande rouge). « Mais les effets seraient très limités, on atteindraient à peine 10 % de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, conclut la chercheuse, la complémentarité de ces leviers apparaît nécessaire pour influer sur la consommation, tout comme la prise en compte d’autres enjeux comme le rôle du bien-être animal, ou des innovations.

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