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Filière laitièreLa Fnil acte déjà une difficile remontée des prix aux producteurs

Olivier Picot, président de la Fnil, et Gérard Calbrix, directeur des affaires économiques de l'Atla. (©Terre-net Média)
Olivier Picot, président de la Fnil, et Gérard Calbrix, directeur des affaires économiques de l'Atla. (©Terre-net Média)

Sur les marchés mondiaux, les prix des produits laitiers repartent à la hausse de manière significative grâce à une baisse généralisée de la production. Mais la Fnil, qui représente les industriels laitiers, estime que la répercussion de la hausse des cours aux producteurs français sera difficile. Le syndicat justifie ces prochaines difficultés par les négociations commerciales qui démarrent et la guerre des prix que se livrent les distributeurs.

« Il n’y a pas de crise du lait au sens étymologique du terme. Nous avons simplement traversé le point bas d’un cycle, un momentum négatif de la volatilité. » Lors d’un point presse organisé mercredi 7 novembre 2016, Olivier Picot, le président de la Fnil (Fédération nationale des industries laitières) et Gérard Calbrix, directeur des affaires économiques à l’Atla (Association de la transformation laitière française), ont dressé un état des lieux et livré leur analyse sur le retournement positif de la filière laitière depuis juin 2016.

Depuis le début de l’été 2016, de nombreux indicateurs du secteur laitier sont repassés au vert. Le niveau de la collecte européenne plonge. « En septembre 2016, l’UE a produit 300 millions de litres de moins qu’en septembre 2016. » La baisse pour le mois d’octobre est supérieure à 400 Ml, soit environ 3 à 4 % de baisse. Dans les autres grands pays producteurs et exportateurs de lait, la production diminue aussi. En Nouvelle-Zélande, les mauvaises conditions météo et l’excès d’eau qu’elles ont engendré ont fait reculer la production de 5 à 6 %. La diminution est plus importante encore en Amérique du Sud, notamment en Argentine. Seule la collecte américaine progresse de 2,5 % pour répondre à une forte demande intérieure en beurre et en fromages.

Evolution de la production laitière européenne
Evolution de la production laitière européenne. (©Fnil)

Conséquence directe : « Les prix des commodités laitières remontent comme elles ne l’ont jamais fait, constate Gérard Calbrix. La tonne de beurre, notamment, est passée de 2 400 € en avril à 4 500 € en octobre. » Si bien que, dans les rayons allemands, la plaquette de beurre est passée d’un seul coup de 3,40 €/kg sortie usine à 4,40 €/kg.

Bien plus réactifs qu’en France, les prix payés aux producteurs allemands remontent de façon spectaculaire. « Le prix payé aux producteurs était autour de 220 € en août. Il dépassera 300 € avant fin décembre. » FrieslandCampina, qui collecte quasiment tout le lait aux Pays-Bas, a annoncé un prix payé aux producteurs de 350 €.

Prix mensuels moyens du lait départ ferme
Prix mensuels moyens du lait départ ferme. (©Terre-net Média)

« La LME organise la guerre des prix »

Mais à entendre la Fnil, il ne faut pas que les producteurs s’attendent à une répercussion aussi rapide et franche de la remontée des cours sur les prix payés aux producteurs. « En France, du fait des négociations de prix annuelles avec la grande distribution qui ont démarré, les prix de vente sortie usine continuent de baisser, au détriment des producteurs », justifie Olivier Picot. Et le président de la Fnil de s’interroger sur la capacité de la filière à répercuter les hausses, et de pointer du doigt la réglementation française. « La loi de modernisation de l’économie est une spécificité française qui organise la guerre des prix en France. » Autrement dit, le bras de fer annuel entre distributeurs et transformateurs va une nouvelle fois en 2017 pénaliser les producteurs. « La loi LME a été votée pour le bien d’un seul groupe, celui de Michel-Edouard Leclerc », a martelé M. Picot. La guerre des prix fait pression sur l’ensemble de la filière et détruit de la valeur. »

Les industriels craignent de ne pas parvenir à faire passer les hausses des prix aux distributeurs. Et donc de répercuter la hausse aux producteurs.

Si le raisonnement de la Fnil peut s’appliquer aux produits laitiers de grande consommation sur le marché intérieur, la part de la production destinée au marché mondial devrait pourtant bénéficier des hausses de prix. « Oui, mais si les prix ont fortement augmenté, la production a baissé de 7 %, défend la Fnil. Ces 7 % de la production étaient destinés sur ce marché des commodités. Donc on en profite moins. »

« On peut espérer que, dans le cadre de ces négociations, les acteurs vont être responsables et qu’ils vont agir pour gérer convenablement la remontée des prix jusqu’aux producteurs. Il faut que le marché fonctionne. On peut compter sur la responsabilité des distributeurs et on espère que ces derniers vont prendre conscience de la situation. »

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