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MétéoLa France entre dans le dur du nouvel épisode caniculaire

La France va entrer dans le dur du troisième épisode caniculaire enregistré depuis juin, avec des températures qui pourraient atteindre jusqu'à 40°C dans le Sud-Ouest et une sécheresse chaque jour plus marquée. (Article mis à jour le 03/08/22 à 13h54)

« La journée de mercredi sera la plus chaude à l'échelle nationale », avertit Météo-France, mais le pic de chaleur sera encore présent jeudi « en se décalant vers l'Est ». « Entre mercredi et jeudi les maximales seront souvent supérieures ou égales à 35°C avec des pointes à 39 ou 40°C sur le Sud-Ouest », précisé Météo-France, qui a placé 26 départements en alerte orange canicule.

Il fera aussi chaud la nuit et « les températures minimales supérieures à 20°C commenceront à se généraliser », a fait savoir Olivier Caumont, responsable de la permanence pour la prévision à Météo-France, lors d'un point presse mardi.

Cette vague de chaleur sera plus courte que la précédente, prévoit Météo-France, qui ne se prononce pas encore sur le moment où elle prendra fin. La dernière en date a pris fin le 25 juillet et a duré 14 jours, ne laissant que quelques jours pour respirer un peu.

« On est inquiet par ces répétitions rapprochées de vague de chaleur », qui « ne permettent pas à des organismes de revenir à un fonctionnement normal », a expliqué Isabelle Bonmarin de Santé publique France (SPF) lors du point-presse. « On s'attend à une surmortalité dès qu'on passe en canicule (...) et notamment les 75 ans et plus », a ajouté son collègue Robin Lagarrigue, indiquant qu'un « bilan sera fait à la rentrée, en septembre ».

En attendant, dans les centre-villes surchauffés, c'est la ruée sur l'eau : « on vend 100 bouteilles par jour, contre 20 d'habitude, alors que les Lyonnais sont en vacances. On ravitaille en permanence ! », relate ainsi un employé du kiosque à journaux Le Viste, en face de la place Bellecour.

Sécheresse des sols

Sur différents fronts de feux de forêt, en Haute-Corse comme dans les Alpes-de-Haute-Provence, la situation était en tout cas stabilisée mercredi matin. De même, le trafic des trains TER et TGV, interrompu mardi après-midi dans les Landes en raison d'un incendie, a repris « progressivement » mercredi matin, le feu ayant été fixé.

Cette chaleur ne fait que renforcer la sécheresse. Juillet 2022 est « au second rang des mois les plus secs tous mois confondus » en France depuis le début des mesures en 1958-1959, avec un cumul de précipitations agrégées de 9,7 millimètres, soit un déficit de précipitations d'environ 84 % par rapport aux normales, selon Météo-France. Et « on est en situation de sécheresse record pour l'humidité des sols depuis le 17 juillet au niveau national », a indiqué Jean-Michel Soubeyroux, climatologue chez Météo-France

À Gérardmer, (Vosges), le débit des sources est tellement faible que la commune va approvisionner avec l'eau du lac son réseau d'eau public. Résultat, à partir de mercredi, l'eau sera déclarée non-potable, a priori pour 48h, le temps de réaliser des tests bactériologiques. Ce n'est pas une première, mais cela n'est jamais arrivé « aussi tôt » et « on a deux mois d'avance par rapport à des étés chauds », s'alarme le maire Stessy Speissman.

En Haute-Corse le préfet a lancé un appel solennel, mettant en garde contre une « crise sévère inéluctable sans un effort collectif et solidaire de tous ».

« En ce début août, les sols sont (...) encore plus secs qu'ils ne l'étaient à la même date en 1976 et en 2003. D'ici le milieu du mois d'août, il est probable que cette situation s'aggrave encore, et que le record absolu de sécheresse des sols superficiels qui date de 2003 soit battu », précise Météo-France.

« J'ai vu mes fleurs d'olives griller », déplore ainsi Jean Berneau, oléiculteur à Lagorce (Ardèche). « Les olives noircissent, elles se rident et ont un calibre anormal », poursuit l'exploitant, 64 ans, qui, après avoir tiré 2 tonnes d'huile de ses olives en 2021, ne s'attend pas à en produire plus de 400 litres cette année. « Ça risque d'être dramatique... »

Autre conséquence de la canicule : EDF a annoncé de possibles « restrictions » de production à sa centrale nucléaire du Tricastin (Drôme), en raison des « prévisions de température élevées sur le Rhône », dont l'eau sert à refroidir les réacteurs, qui pourrait conduire « à l'arrêt d'une tranche ».

Alerte aussi sur le Rhin, où les bateaux doivent s'alléger d'un tiers en raison « des problèmes d'enfoncement », a prévenu Voies navigables de France. Près de 600 km de canaux sont également fermés, notamment dans le Grand Est et en Bourgogne, affectant les activités de plaisance.

Idem pour le niveau de la Garonne : à Toulouse, les pêcheurs à la ligne devaient se poster au milieu du lit du fleuve mercredi et des compagnies ont dû annuler de croisière reliant les quais de Bordeaux aux vignobles en amont.

« Le climat 2020 on peut l'oublier »

Sécheresse et canicule sont « la manifestation du réchauffement climatique, aujourd'hui plus personne » ne le « remet en cause », a expliqué mercredi matin la ministre de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher sur Cnews. « Le climat 2020 on peut l'oublier, et le climat 2022 est peut-être le plus frais des années à venir. »

L'hydrologue Emma Haziza va plus loin : « il va falloir réfléchir à une nouvelle forme d'agriculture », a-t-elle dit sur France 2. Et d'interroger: « peut-on encore se permettre de continuer » à cultiver du maïs « qui a besoin d'énormément d'eau en surface ? ».

« On ne voit pas de sortie dans l'immédiat à cette situation de sécheresse. (...) Il faudrait un mois de précipitations excédentaires avant de retrouver une situation normale », corrobore Jean-Michel Soubeyroux.

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