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Pac après 2020La « Pac-Momagri » permettrait des hausses de revenus agricoles de 23 %

Président d'Euralis et du think tank Momagri, Christian Pèes défend une nouvelle politique agricole commune, plus protectrice envers les agriculteurs, mais aussi moins coûteuse. (©Terre-net Média)
Président d'Euralis et du think tank Momagri, Christian Pèes défend une nouvelle politique agricole commune, plus protectrice envers les agriculteurs, mais aussi moins coûteuse. (©Terre-net Média)

Dans un livre blanc de près de 100 pages, le think tank Momagri détaille ses propositions pour redonner « un cap stratégique à la Pac », associant une approche contracyclique et mécanismes de gestion de crise. Avec à la clé une meilleure performance des soutiens versés et une hausse sensible des revenus moyens des agriculteurs.

Après plusieurs mois de travaux et de simulation, avec notamment la FDSEA de la Marne, le think tank Momagri a présenté, mardi 30 août 2016 à la Foire de Châlons, son livre blanc « un nouveau cap stratégique pour la Pac », un programme complet d’une centaine de pages, détaillant une nouvelle approche de la politique agricole commune.

 Pour son président Christian Pèes, par ailleurs président du groupe coopératif Euralis, « la Pac est dans un cul-de-sac stratégique ». Selon lui, le démantèlement des mécanismes de gestion de crise n’est plus justifié. D’une part, l’OMC n’intègre pas, à tort, la sécurité alimentaire et d’autre part, les autres grandes puissances agricoles contournent ses règles. Par ailleurs, il n’est plus crédible, selon Momagri, de garder la foi en des prévisions de cours agricoles haussiers, sans tenir compte de la volatilité accrue des prix. Troisième argument d’un nécessaire changement de cap : considérer le verdissement comme la seule voie d'évolution possible est une erreur, « alors même que le changement de pratiques agricoles nécessite de sécuriser les agriculteurs ».

Face à l’échec – ou du moins aux insuffisances - de la Pac actuelle, Momagri prône l’application d’un système d’aides contracycliques sur les productions de céréales, d’oléagineux et de lait à l’échelle européenne, avec la définition d’un prix d’équilibre évolutif pour chaque production. Le dispositif se baserait sur un tunnel de prix dans lequel, lorsque les prix sont compris dans ce tunnel, il n’y aurait plus d’aides versées aux agriculteurs.

En dessous d’un prix plancher, un dispositif de soutien contracyclique serait engagé, avec la mise en oeuvre d’un stockage public limité à 4 % de la production annuelle et, pour les oléagineux, l’activation de mesures de production de biocarburant et autres valorisations non alimentaires. A l’inverse, au-delà du tunnel de prix, un « prélèvement sur les transactions serait opéré pour éviter qu’une spéculation trop forte ne s’installe et les stocks publics seraient progressivement libérés »

Avec la Pac-Momagri, une aide unique de 75 €/ha subsisterait – dénommée « aide qualité Europe », pour « compenser les efforts demandés aux agriculteurs en matière environnementale et de gestion des territoires ».

Assurer une moindre volatilité à moindre coût

Les hypothèses de prix de référence, en céréales, oléagineux et lait, conduisent Momagri à définir des prix d’équilibre bien supérieurs aux cours observés ces derniers mois. Ainsi, les prix d’équilibre seraient de 215 €/t en céréales, 425 €/t en oléagineux, et 370 €/t en lait !

Avec la Pac actuelle sur la période 2015-2020, Momagri et la FDSEA de la Marne estiment le revenu courant moyen d’une exploitation type laitière du Grand-Ouest à 68 €/t de lait. Avec la Pac-Momagri, grâce au tunnel de prix et l’activation des aides lorsque les prix sont en dessous, il aurait été de 83 €/t, soit 22 % de plus. Et dans le pire scénario, il se maintiendrait à 80 €/t au lieu de 33 €/t.

D’un point de vue budgétaire, le think tank a procédé à de multiples simulations pour permettre des comparaisons avec la Pac des périodes 2011-2015 et 2016-2020. « Sur la période 2011-2015, les coûts budgétaires de la PAC-Momagri auraient été inférieurs à la dépense réelle à raison d’environ 10.4 Mds€ en moyenne par an, soit 18 % du budget de la Pac. Sous les hypothèses de prix présentées, les économies budgétaires atteignent 11 Mds€ sur la période 2016-2020, soit 2,2 Mrds par an. Au total, c’est près de 63 Mds€ d’économisés sur la période 2011-2020. »

Le think tank entend maintenant promouvoir ses propositions auprès de tous les acteurs en France, mais aussi multiplier les relais d'influence dans les autres pays européens.

A lire aussi >> [Tribune] Christian Pèes, Momagri - « Le rapport du CAE sur l’agriculture est d’un rare défaitisme ! »

Rédacteur en chef de Terre-net

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