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Congrès de l’OPLLes éleveurs laitiers de la CR reviennent aux sources de la grève du lait

Congrès 2016 de l'OPL. (©Terre-net Média)
Congrès 2016 de l'OPL. (©Terre-net Média)

Sept ans après la grève du lait de 2009, les producteurs laitiers de l’OPL, la branche laitière de la Coordination rurale, reviennent pour leur congrès, sur les terres sacrées de la contestation, au Mont-Saint-Michel.

Dans la Manche, près de 100 éleveurs de l’Organisation des producteurs de lait, la branche laitière de la Coordination rurale, se sont réunis en congrès jeudi 10 mars 2016. Pour l’occasion, les producteurs laitiers tenaient à revenir face au Mont-Saint-Michel, un lieu plutôt agréable, certes, mais hautement symbolique. Sept ans plus tôt, des producteurs de lait de l’Apli, mais aussi d’adhérents – ou déçus – de leur FDSEA, de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne déversaient symboliquement – et très médiatiquement – leur lait dans les champs.

C’est sur cette terre sacrée de la contestation laitière de 2009 que les éleveurs ont entretenu leur esprit contestataire en écoutant les exposés des différents intervenants invités. Evoquant le plan d’urgence agricole, Christian Péron, président de la Caisse de Bretagne du Crédit mutuel et Karim Ganai, responsable du marché agricole pour la banque, ont accepté de se confronter à des éleveurs mécontents quant à la faiblesse des mesures de soutien.

L’occasion pour Karim Ganai d’expliquer pourquoi la banque n’a quasiment pas concrétisé la fameuse année blanche pour les 1 000 producteurs ayant sollicité son soutien, sur les 10 000 clients sociétaires que compte la banque. « Le dispositif est trop rigide et donc inadapté à la grande majorité des producteurs en difficulté. » La banque a préféré « s’adapter au cas par cas, par des modulations d’échéances, le report de quelques une d’elles, ou la révision des lignes de trésorerie ».

Des éleveurs totalement désœuvrés face à leur collecteur

Mais les éleveurs de l’OPL ont été surtout échaudés par l’exposé de Karl Laske, journaliste à Médiapart et co-auteur du livre Les cartels du lait. Dans cet ouvrage, il y détaille notamment la grande opacité qui entoure la stratégie et les activités des deux géants du lait français : Lactalis et la coopérative Sodiaal. « En épluchant les comptes de Sodiaal, on a repéré des frais de personnel pour un montant de 13 M€ ne concernant que 61 cadres de la coopérative », explique l’auteur, citant aussi le montage juridique et financier très opaque de l’usine Synutra. Pour monter le projet, l’industriel chinois aurait multiplié les sociétés offshore installées dans différents paradis fiscaux.

« Mais à quoi servent donc les commissaires aux comptes des sociétés », demande un éleveur. « Et les pouvoirs publics ont clairement leur part de responsabilité car ils ne dénoncent pas et ne luttent pas contre cette opacité », répond Karl Laske.

De quoi donner du grain à moudre à l’OPL qui veut, plus que jamais, réclamer des comptes à Sodiaal. Et le syndicat n’a pas manqué de fustiger ceux qu’ils considèrent responsables de la situation des producteurs laitiers en difficulté. D’ailleurs, non sans une note d’humour, Yannick Bodin, président de la Coordination rurale de Normandie, leur a décerné plusieurs « récompenses ». L’OPL compte bien leur adresser par colis.

Des menottes pour Le Foll, un godemichÉ pour Phil Hogan…

Dans la liste des lauréats, l’OPL a ainsi « récompensé » Xavier Beulin, Christiane Lambert et Dominique Chargé. Des bottes sales en guise de trophée ont vocation « à leur rappeler ce que c’est de travailler dans une ferme ». Bruno Le Maire et Stéphane Le Foll ont gagné un « kit du prisonnier, avec une laisse, des menottes et un fouet », pour avoir livré les producteurs aux industriels avec la contractualisation laitière. « Il y en a marre du populisme de Bruno Le Maire qui vient passer de la pommade pendant des jours au Salon de l’agriculture. »

Le chef de l’Etat, lui, a hérité du livre « l’économie pour les nuls » annoté par le syndicat. Le premier prix, un godemiché, est revenu au commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan. « S’il ne prend pas des mesures de régulation rapidement, suite à la réunion du 14 mars, on lui mettra dans le c… », scande Yannick Bodin devant des éleveurs amusés mais visiblement désœuvrés.

Pour les éleveurs de l’OPL, ll semble de plus en plus difficile de rester optimistes et combatifs. Romuald Schäber, président de l’European Milk Board, est pourtant venu expliquer le Programme de régulation des marchés (PRM), mesure réclamée depuis des mois à Bruxelles par l’EMB, la Coordination rurale et l’OPL. Actant la fin des quotas, le PRM suggère un dispositif de limitation de la production lorsque les prix sont trop bas. Une mesure de régulation en amont d’une crise, et non a posteriori, réclamée finalement par bon nombre de producteurs.

Rédacteur en chef de Terre-net

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