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Emmanuel PruvostRisque élevé de mycotoxines sur les ensilages et les pailles cette année

Risque élevé de mycotoxines sur les ensilages et les pailles cette année

Cela fait deux ans que les analyses mycotoxines dans les silos d’ensilage de maïs sont plus élevées qu’à l’accoutumée, ce qui peut avoir un impact sur la production et la reproduction des bovins. Emmanuel Pruvost, chef produit mycotoxines chez Provimi, explique les causes et les conséquences.

Emmanuel Pruvost Provimi Cargill
Emmanuel Pruvost, chef produit "mycotoxines" chez Provimi (groupe Cargill nutrition animale) : Il y a peu de temps encore, la communauté scientifique s’accordait à penser que le rumen constituait une "barrière infranchissable" qui dégrade tout, hors c’est loin d’être le cas. Si la recherche sur les mycotoxines est à la pointe pour les monogastriques, il reste encore beaucoup à connaître de leurs impacts sur les ruminants. (© E.Pruvost)

Terre-net Média : Les ensilages de maïs sont très hétérogènes cette année, qu’en est-il des teneurs en mycotoxines ?

Emmanuel Pruvost (E.P) : L’an dernier, les maïs étaient plutôt bons dans l’ensemble, riches en énergie, mais avec des contaminations en mycotoxines plus élevées que d’habitude. Néanmoins, ces ensilages se dégradaient bien dans le rumen et les mycotoxines n’ont pas trop affecté la production des animaux, ou de manière assez ponctuelle. Cette année, à cause des conditions climatiques, les ensilages de maïs sont très variables. Souvent pauvres en amidon, mais riches en lignine et cellulose, ils possèdent un niveau d’encombrement supérieur. Parfois, certains atteignent 40 % de matière sèche. Cependant, les teneurs en mycotoxines sont généralement élevées et il arrive fréquemment que certaines vaches laitières chutent en production. J’ai même rencontré des vaches qui se tarissent une centaine de jours après avoir vêlé. Plus le maïs est difficile à dégrader, plus les mycotoxines ont de facilité à s’exprimer dans l’animal notamment sur la flore microbienne. Quelles que soient les régions de France, bon nombre de vaches semblent avoir du mal à éliminer ces toxines.

Tnm : Quels types de mycotoxines affectent les animaux cette année ?

E.P : Suite à une saison culturale assez maussade pour les maïs fourrages, ce sont principalement les mycotoxines dites "de culture" qui se sont développées telles que la Don, la Zéa (zéaralénone) et les trichothécènes de type A. Par ailleurs, les ensilages à haute teneur en matière sèche sont plus difficiles à tasser et la présence d’air favorise le développement rapide des moisissures dans le silo. On observe des penicillium de couleur bleu-vert ou des aspergillus. Ces moisissures produiront des mycotoxines "de stockage" comme les ochratoxines. Des fusarium souvent rouge ou blanc duveteux peuvent se développer. Tous ces champignons proviennent de la plante et se multiplient en présence d’air au stockage

Tnm : Qu’en est-il pour les autres cultures ?

Carte des analyses de Don sur les blés
Carte des analyses de Don sur les blés. Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (© Provimi/Cargill)

E.P : J’observe des niveaux très élevés de fusariotoxines sur les céréales à paille également. Sur certains mois, nous avons connu le printemps le plus humide depuis 70 ans. L’humidité et le froid à la floraison ont contribué au développement des fusarium qui s’accrochent très bien sur les feuilles des céréales et les toxines se retrouvent alors dans les pailles. Le grain est plus lisse et le risque mycotoxine est proportionnellement moins élevé. L’impact de ces fusariotoxines sur les animaux qui consomment beaucoup de paille, comme les bovins allaitants, les génisses ou les vaches taries, peut être important cet hiver.

Tnm : Quel peut être l’impact des mycotoxines sur les animaux ?

E.P : Les ruminants vont résister plus ou moins longtemps, jusqu’au jour où leur rumen, leur foie et leurs reins ne parviennent plus à détoxifier ces toxines et l’on peut assister à des baisses de production allant jusqu’à -10 litres de lait par jour dans les cas extrêmes comme cette année avec des maïs de qualité médiocre. Les hautes-productrices et les animaux en limite d’acidose présentent un risque accru. Plus il y a de mycotoxines différentes dans une ration, plus il se produit d’effet synergique entre elles. Par exemple, le "cocktail" Don + Zéa amplifie la toxicité de chacune. Cette toxine affecte directement la reproduction en dégradant les follicules. Le rôle des mycotoxines dans les difficultés de reproduction est souvent sous-estimé.

Tnm : Combien coûte une analyse mycotoxines pour un éleveur ?

E.P : Il existe trois types de tests pour identifier les mycotoxines. L’analyse par Hplc (chromatographie) est la plus performante. Il faut compter un bon mois de délai et environ 180 euros pour analyser une quarantaine de mycotoxines et métabolites secondaires issus de leur dégradation. L’analyse par immuno-dosage sur bandelettes permet d’identifier et de doser plus rapidement les principales mycotoxines. Le coût varie entre 5 et 10 euros par mycotoxine analysée et il faut en rechercher quatre à cinq différentes. Le dernier est le test Elisa. Il est simple mais s’avère moins précis.

Tnm : Comment faut-il procéder pour analyser ses aliments ?

E.P : Un éleveur qui a des problèmes sur la production ou la reproduction de son troupeau peut suspecter un risque mycotoxine. Mieux vaut alors analyser la ration complète plutôt qu’un seul fourrage. Pour cela, il faut faire une dizaine de prélèvements à l’auge pendant cinq à six jours car il peut y avoir des variations liées à l’avancement du silo. On mélange bien le tout et l’on conserve 1 kg pour l’analyse. En cas de niveau élevé de mycotoxines dans la ration, nous conseillons d’ajouter un capteur de mycotoxines selon un dosage qui correspond aux valeurs analysées.

Tnm : Comment fonctionnent les capteurs de mycotoxines ?

E.P : Les capteurs sont particulièrement efficaces pour les mycotoxines de petites tailles comme les aflatoxines ou les ochratoxines. Elles sont captées par polarité dans l’additif et sont évacuées via les déjections. Pour les mycotoxines plus complexes comme les Don, les fumonisines voire la zéaralénone, nous cherchons à les bio-transformer en d’autres molécules avec l’ajout d’huiles essentielles par exemple. Ces molécules secondaires s’évacuent par l’urine ou la bile. Nous obtenons des résultats intéressants. Pour les élevages, nous proposons généralement des capteurs à large spectre alliant plusieurs de ces technologies.

Pour en savoir plus sur les mycotoxines en ruminants :

- Mycotoxines - Un risque pour la (re)production

- Journée technique Biomin le 13 mars à Ploufragan (22)

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