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Témoignages moisson 2021Atypique, hétérogène et encore inachevée

Et chez vous ? Quel bilan de cette moisson 2021 ? N'hésitez pas à laisser votre témoignage dans les commentaires en dessous de l'article. (©<a href="https://twitter.com/benj_thi" target="_blank">@benj-thi/Twitter</a>)
Et chez vous ? Quel bilan de cette moisson 2021 ? N'hésitez pas à laisser votre témoignage dans les commentaires en dessous de l'article. (©@benj-thi/Twitter)

« Les années se suivent et ne se ressemblent pas » : un dicton qui se vérifie encore cette campagne. Si les récoltes avaient de l'avance l'an passé, elles jouent les prolongations cette année... En cause notamment : la météo. Plusieurs agriculteurs nous partagent leur bilan. N'hésitez pas aussi à témoigner de votre situation dans les commentaires.

La moisson 2021 se termine ici et là. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il aura fallu, pour beaucoup d'entre vous, composer encore une fois avec les caprices de la météo... 

Des récoltes qui se sont éternisées...

Polyculteur-éleveur laitier près d'Abbeville dans la Somme, Christophe B. a comptabilisé, par exemple, plus de 400 mm d'eau dans son secteur depuis le 1er juin. « Au 25 mai, la plaine était magnifique : on avait le potentiel pour faire la "moisson du siècle", témoigne-t-il. Mais les pluies successives ont fait s'éterniser les récoltes et dégradé leur qualité... On a démarré au 23 juillet avec des PS à 75 kg/hl et on termine avec des PS plutôt autour de 71 kg/hl ». Pour Christophe, cette moisson restera gravée dans les annales, mais pas de manière positive. Il considère que c'est sa « deuxième plus mauvaise récolte, après 2016... »

En termes de durée, « ce n'est pas la pire campagne. Il y a quelques années, on avait l'habitude de finir vers le 20 août dans le secteur ». Il se souvient, par contre, de 2014 : « les récoltes s'étaient étalées du 25 juillet jusqu'au 6 septembre ».

« C’est la première fois que je fais une rentrée à l’APCA sans avoir fini ma moisson... », indiquait aussi Sébastien Windsor, président de l'APCA installé en Seine-Maritime mardi 24 août

Dans l'Indre, c'est l'heure du bilan pour Alexandre de Prodealcenter : « une moisson 2021 complètement folle, avec de grosses intempéries et de nombreux arrêts. En termes de rendements aussi : en orge, on ne pensait pas faire de gros rendements et finalement la moyenne est de 80 q/ha, ce qui est très bon pour le secteur. En général, on est plutôt autour de 50 q/ha, explique l'agriculteur. Par contre, les pois, semés dans d'excellentes conditions et qui avaient un potentiel à 40 q/ha, ont subi les fortes averses... ». Il a fallu les récolter au ras du sol et « on est plutôt autour de 30 q/ha ». 

« En blé également, on s'attendait à un meilleur potentiel. Les résultats sont très hétérogènes : cela va de 55 à 75 q/ha et de 70 à 78 kg/hl de PS selon les précédents et les types de sols. » Outre les fortes précipitations de l'été 2021, Alexandre met aussi en cause le printemps : il a fait très sec après le premier apport d'engrais, cela a peiné à se dissoudre et à minéraliser, et a impacté la croissance des cultures... On fera mieux l’année prochaine », espère l'agriculteur. Pour cette campagne, il reste encore les tournesols à faucher. « Ils sont beaux pour le moment, mais tant que ce n'est pas dans la benne, on ne fait pas de plan sur la comète.  »

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Retrouvez, en vidéo, la récolte d'orge chez Thierry agriculteur d'aujourd'hui, qui a repris dans le Pas-de-Calais après 15 jours de pluie : 

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 ... et entrecoupées par les semis 

Autre particularité de cette campagne : encore plus qu'habituellement, il a fallu jongler entre les différents travaux des champs. En effet, dans les secteurs où les récoltes se sont éternisées, les semis de colza notamment ont été réalisés avant même que la moisson ne soit terminée. Comme nous le confie Thibaut Lhermey, agriculteur dans la Meuse, qui a vécu une moisson compliquée entre intempéries et panne. « La récolte des lentilles a été achevée samedi dernier, il ne reste plus que l'avoine désormais », explique-t-il.

Même situation pour les semis de colza chez David Forge et Guillaume Hemeryck, respectivement en Indre-et-Loire et en Seine-Maritime : 

Des inquiétudes concernant la qualité des grains

Pour leur premier bilan avant la fin de la moisson, FranceAgriMer, Arvalis et Terres Inovia évoquent des rendements plutôt satisfaisants en moyenne mais très disparates selon les zones. Concernant la qualité des grains, a priori on évite la catastrophe, même si l’hétérogénéité domine là aussi. Au 11 août, François Berson, directeur collecte chez Soufflet Agriculture, expliquait, par exemple, qu'en « orge de printemps, le calibrage est resté stable malgré les pluies, autour de 80 %, et le taux de protéines toujours satisfaisant. Les rendements se situent globalement dans la moyenne quinquennale. » 

La situation est plus compliquée pour le blé :  « on avait des doutes, au départ, pour les temps de chute d'Hagberg, mais ce sont surtout les poids spécifiques qui inquiètent. Ils ont subi de fortes dégradations avec les pluies », précise le directeur collecte. Avant de recevoir les 10 % restants, Soufflet comptabilisait « 35 % de blés collectées avec un PS supérieur à 76 kg/hl, 50 % avec un PS compris entre 72 et 75,9 et 15 % en dessous de 72. Les derniers blés rentrés devraient être en dessous et modifié cette distribution. Les barèmes ne peuvent être établis car les marchés sont en train de se caler entre les industriels, amidonniers, meuniers et fabricants d'aliments du bétail. Le marché se cherche... »

Lors de la conférence de presse des chambres d'agriculture, Christophe Hillairet, secrétaire général de l'APCA et céréalier dans les Yvelines, a notamment partagé son expérience : « un camion parti de mon exploitation a été vendu 235 euros la tonne. La décote a été de 30 euros la tonne » à son arrivée au port de Rouen. Son blé, initialement destiné à la meunerie, a finalement été déclassé en blé fourrager pour l'élevage... Selon Agritel, honorer les débouchés traditionnels en blé meunier nécessitera « un important travail du grain en amont cette campagne, tandis que des aménagements de cahier des charges devront être âprement négociés ». À suivre donc...

Journaliste cultures

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