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Marchés des engrais azotésAprès le boom du mois de mars, les cours à la baisse... Mais jusqu'à quand ?

Les prix mondiaux de l'urée ont augmenté en mars à cause des restrictions russes à l'export et de la production ralentie en Europe. (©AdobeStock)
Les prix mondiaux de l'urée ont augmenté en mars à cause des restrictions russes à l'export et de la production ralentie en Europe. (©AdobeStock)

Après une hausse historique au mois de mars suite à l’invasion de l’Ukraine, les cours des engrais azotés sont en baisse depuis début avril sous l'effet d'une demande internationale en net retrait. Conjugué à la baisse de la parité eurodollar et à la coupure des approvisionnements en gaz russe dans plusieurs pays d'Europe de l'Est, le retour de l'Inde aux affaires pourrait cependant changer la donne. [Article mis à jour, paru initialement paru le 29 avril.]

A près une forte croissance tout au long du mois de mars, les cours des engrais sont en décrue ces dernières semaines, en France comme à l’international.

Les prix mondiaux de l’urée avaient augmenté de façon spectaculaire en mars « à cause des restrictions russes à l’export, qui ont affecté l’approvisionnement, et de la hausse des prix du gaz naturel, qui a réduit la production en Europe », expliquait mi-avril Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre de FranceAgriMer.

Idem pour les cours de l’ammoniac. Quant au DAP (phosphate di-ammonique), « les prix ont atteint de nouveaux records en mars à cause d’une combinaison de facteurs », précise l’expert : forte demande de l’Inde et des pays d’Amérique du sud et interdiction d’exporter des phosphates de Chine, en plus des problèmes d’approvisionnements depuis la Mer noire.

Marc Zribi soulignait notamment la forte demande en engrais émanant du Brésil. Au 6 avril, ses importations annuelles totalisaient 10,43 Mt, une hausse de 27 % par rapport à l’année dernière à la même période.

« Nette correction baissière » au mois d'avril

Changement de ton en avril, marqué dès la deuxième semaine par une « nette correction baissière » sur le marché des engrais, selon les mots de notre analyste Marius Garrigue. Elle est en partie liée à la reprise de la production européenne d’ammonitrates, « motivée notamment par la redescente progressive des prix du gaz » et « relâchant la forte tension sur les prix traités en sortie d’usine ».

Autre explication majeure de cette baisse des cours : la demande mondiale en engrais azotés est en retrait. De fait, les pays d’Amérique du Sud sont entrés dans leur habituel creux saisonnier et aux États-Unis, la météo défavorable retarde les applications et les achats d’appoint.

Il souligne : « Les acheteurs européens et américains sont peu actifs », découragés par les prix hauts de l’urée : « les exportateurs n’ont réussi à traiter que très peu d’affaires ces dernières semaines ». Si bien que l’Égypte et l’Algérie, notamment, ont décidé de réduire leurs tarifs.

Cours de l'urée depuis un an
Cours de l'urée depuis un an. (©Terre-net Média)

Le marché scrute la demande indienne

Après avoir récemment conclu un achat de 78 000 tonnes d'urée originaire du Moyen-Orient pour 725 $/t (230 $ de moins que son achat de mars), l'Inde vient de lancer un nouvel appel d'offre qui se conclura le 11 mai et devrait, selon Marius Garrigue, « couvrir 1,5 Mt d’urée à chargement début juillet ».

Ce tender arrive « trop tard pour stopper le déclin » des prix, selon les analystes du groupe CRU, et suscite bien des questions : « La Russie aura-t-elle le droit de participer ? La Chine assouplira-t-elle ses restrictions à l’export ? Les producteurs mondiaux vont-ils en profiter pour liquider leurs positions avant la période calme ? », tweete ainsi Josh Linville, spécialiste des engrais pour StoneX.

Côté russe, les quotas à l’export d’engrais pourraient bien être étendus jusque mi-2023, et non plus jusque fin mai 2022. L’objectif est de maintenir des disponibilités et des prix accessibles sur le marché intérieur, selon les officiels russes.

Pour Mike Nash, analyste chez Argus Media, c’est, avec « une offre à l’export très en-deçà des années précédentes », un « signe que la Russie se retire des marchés internationaux ».

Deux autres facteurs haussiers sont cités par Marius Garrigue dans son analyse "engrais" du 3 mai : « l’affaiblissement de la parité eurodollar et la coupure des approvisionnements en gaz russes de plusieurs pays d'Europe de l'Est ».

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