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Engrais azotésInquiétudes sur les flux logistiques

Selon Céline Duroc (AGPM), l'organisation logistique française n'est pas au niveau pour assurer les approvisionnements en engrais azotés. (©Pixabay)
Selon Céline Duroc (AGPM), l'organisation logistique française n'est pas au niveau pour assurer les approvisionnements en engrais azotés. (©Pixabay)

Face à une demande importante en engrais azotés ces dernières semaines, la logistique d'approvisionnement en France peine à suivre.

Pénurie ou pas pénurie d'engrais ? C’est l’une des questions qui ont animé le webinaire consacré aux engrais azotés, organisé par Yara France le 8 décembre. « Pas de pénurie réelle, juge le président de la filiale française, Nicolas Broutin, qui explique que ses deux usines françaises dédiées à la production d'engrais agricoles tournent à 100 % et produisent les volumes habituels. »

Seulement, cette année, les prix des engrais étaient hauts dès la morte saison et les agriculteurs ont retardé le moment de s’engager. « On peut encore rattraper notre retard sur les fermes, explique-t-il. Il y a, par contre, un problème de transport en France ».

Céline Duroc, la directrice générale de l’AGPM, pointe elle aussi un manque de fluidité logistique pour les engrais : « On est inquiets sur la capacité à organiser leur arrivée effective. Si la matière première est là, mais pas là où on doit l’utiliser… il y a une pénurie ! Il faut des chauffeurs et des camions qui circulent tout le temps, à flux tendu. »

Face à un « marché des engrais tendu et complexe » et à « une demande en hausse qui crée un goulot d’étranglement », elle estime que l’organisation logistique française n’est pas à la hauteur, plombée par les contraintes administratives et par un sous-investissement collectif.

Hausse des coûts de production pour les agriculteurs

L’autre inquiétude majeure, ce sont les prix. Céline Duroc insiste sur l’impact économique de la situation sur les exploitations, d’autant plus que « le poste azote pèse déjà lourd : hors séchage, c’est 35 à 40 % des charges opérationnelles en maïs ! ». Certains agriculteurs pourraient choisir de limiter les cultures très demandeuses en azote sur la campagne en cours.

« Il faut travailler sur la structure du marché, car on est loin d’être autosuffisants en azote ! », martèle la responsable professionnelle. De fait, seulement 30 % de l’azote consommé en France est produit en France. Pour faire diminuer le prix de l’azote et ainsi fluidifier le marché, « il faut y faire entrer de l’azote ! D’où notre demande de supprimer les taxes antidumping et de revoir les droits de douane sur les importations en Europe », explique-t-elle.

« Le problème, c’est qu’on n’a pas de feuille de route sur les engrais au niveau européen, ajoute Jéremy Decerle, agriculteur en Saône-et-Loire et eurodéputé. Ça doit devenir un sujet géostratégique, géopolitique, de façon à entrer dans la danse et garantir aux producteurs les moyens d’assurer face à cette crise collective. Il reste du boulot ! »

Optimiser l'utilisation de l'azote

Ce contexte de disponibilités en engrais et de prix pousse à revoir le regard posé sur ces produits. « Il ne faut plus les raisonner comme des commodités, mais comme des denrées rares et chères », juge Nicolas Broutin. Lequel conseille aux agriculteurs de « saucissonner, découper, fractionner leurs achats. Dès qu’une tranche manque, ça pèse ! ».

Et « s’il faut produire autant avec moins d’engrais, la solution c’est de produire plus ! », lance Céline Duroc. L’optimisation de l’utilisation passe par la productivité. Plus on fait des rendements importants, moins on a besoin d’azote à l’unité produite, en maïs notamment. » Le travail sur la génétique pourrait aussi apporter des solutions.

« On doit aussi prêcher la bonne parole sur le pilotage : la bonne forme, le bon produit. Il y a 10 % d’efficacité à gagner en pilotant mieux la fertilisation ! », avance-t-il.

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